LECTURE
sa manière de lire donnait une idée de leur débit et de leur jeu. Nous n'avons pas été frappés de cette flexibilité qui eût été si intéressante. La déclamation de M. Bail mérite beaucoup d'éloges. Il fait sentir le mouvement de chaque phrase et presque la nuance de chaque mot. Mais ces qualités précieuses sont accompagnées d'une gravité et d'une froideur de débit qui sont loin d'aider Tintelligence aussi bien que l'action et la vérité théâtrales. U y a, sans doute, une extrême difficulté à représenter seul dans un salon des fi^ments de rôles tragiques. Cette difficulté, que Talma a souvent surmontée, s'accroît encore quand il faut employer une langue qui n'est pas celle de l'auditoire. Un exemple célèbre prouve cependant qu'un talent de premier ordre peut triompher de ces obstacles. Parmi les morceaux récités par M. Bail , s'est trouvé l'étonnant monologue de Macbeth apostrophant le poignard fantastique qu'il voit , dans son délire, voltiger devant ses yeux et qui le guide à la couche où il doit frapper Duncan. Le professeur a exposé la façon toute différente dont les grands acteurs de Londres disent ce morceau. Luimême l'a dit ensuite, mais d'une manière plus propre à en £uire ressortir l'harmonie poétique que le grand effet théâtral. Cependant Garrick , dans un voyage qu'il fit en France, en 1751 , récitant ce même morceau dans un dîner où se trouvait Collé, produisit sur les auditeurs, dont le plus grand