DE MACBETH. I
nombre, sans doute, entendait peu l'anglais, une de ces impressions qui sont le triomphe de l'art scénique. Voici comment Collé, dans son Journal historique y raconte cette anecdoteassez curieuse :
« J'ai dîné hier, 42 du courant (juillet 4751), avec Garrick, le comédien anglais. Il nous joua une scène d'une tragédie de Shakspeare , dans laquelle nous aperçûmes facilement que ce n'est point à tort que cet homme jouit d'une aussi grande réputation. Il nous esquissa la scène où Macbeth croit voir un poignard en l'air qui le conduit à la chambre où il doit assassiner le roi. D nous inspira la terreur; il n'est pas possible de mieux peindre une situation , de la rendre avec {dus de chaleur et de se posséder en même temps davantage. Son visage exprime toutes les passions successivement , sans faire aucune grimace , quoique cette scène soit pleine de mouvements terribles et tumultueux. Ce qu'il nous joua était une espèce de pantomine tragique , et , par ce seul morceau , je ne craindrais point d'assurer que ce comédien est excellent dans son art. n a trouvé tous les nôtres mauvais, du plus au moins; et, à cet égard , nous avons fait chcfnàs avec lui. i>
Pour revenir à M. Bail , nous l'engageons à modifier son système. Sa manière grave et professorale est excellente pour des Anglais ; mais elle nous parait un peu sévère pour des étrangers. Nous avons bien pu être émus par le jeu de Charles Kemble et de miss Smithson , et par des beautés d'art trèsprononcées; mais nous ne sommes pas encore de force à prendre intérêt aux fines et délicates discussions de la critique? Ce sont encore nos sens , plus que notre intelligence, qu'il faut frapj^er. M. Bail , il est vrai , ne vise pas à un succès d'enthousiasme ni à une vogue populaire; il s'adresse aux sincères^
igO LECTURE DE MACSETH.
et par conséquent: peu nombreux amateurs de la littérature shakspearienne. Ses lectures seront-elles aussi suivies qu'elles le méritent ? Nous le souhai* tons. Cela prouverait que nous commençons à étudier sérieusement les littératures étrangères.
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