DANS GUILLAUME T£LL. ^[^J
chaumière.' Cependant l'enfant tombe entre les mains du gouverneur, dont il sauve la vie, par suite d'un incident des plus romanesques. Il est retenu , parce qu'il refuse de livrer le nom de sonpère. Tell, de son coté, est arrêté, pour avoir soutenu les habitants , qui refiisaient de saluer le chapeau du gouverneur. Gésier soupçonne que ce mo&tagnard est le père du jeune obstiné : il les confronte. C'est là que commence ime suite de scènes qu'il &iut avoir vues, pour savoir jusqu'où peut aller la puissance de la pantomime , et qudle foule de sentiments profonds, tendres, véhéments, il est donné à Macready d'exprimer. D'abord l'enfant feint de ne point reconnaître le prisonnier ; mais le père , à la vue de son fils , ne peut maîtriser son émotion : il lui jette un coup d'œil de tendresse et d' intelligence. Lui qui tout-à-l'heure écrasait Gésier de son regard, le voilà tremblant , inquiet, sans contenance. Condamné à mourir, il demande à charger ce jeune homme de ses derniers conseils à son fils. Il lui parle, il l'embrasse. Alors voyez quelle expression de paternité souffrante dans tous ses traits! et comme des bras dont il le presse , il semble le vouloir cachera ceux qui l'entourent! Il est impossible de trouver une voix , un geste ,. un regard plus profondément passionnés. La vérité de son jeu dans la scène suivante , celle de Tare, est au-dessus de nos éloges. Son indignation , sa douleur, ses combats, sa résignation , sa force
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d'âme, qui, au milieu des plus vives angoisses , ne lui laissent négliger aucun de ses avantages; son refus de tirer en Ëice du soleil ; le choix qu'il hàt des flèches , de la pomme ; le soin qu'il pr^id de mesurer la distance; l'attention avec laquelle il bande l'arc , et la manière dont deux fois ses bras retombent ; enfin , après le coup parti , la déiisûllance , dont à p^e le tirent la voix et les caresses de son fils , tout cela est d'une vérité par&ile , et nous n'avons jamais vu peut-être , dans une situa*» tion si peu variée , toute une salle éprouver une suite d'émotions plus vives et plus prolongées.
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MACREADY DANS HAMLEÏ.
Nous ne dirons rien de la pièce; la clôture est prononcée. Nous n'avons pas dessein de rentrer dans la discussion. D'ailleurs les critiques les plus habiles de l'Angleterre et de l'AUemagney Hazlitt, Schlegd , Goethe^ Tieck, n'ont presque rien laissé à dire sur ce curieux et poétique monument de la tragédie populaire au xvi* siècle. Mais le jeu d'un grand acteur estaussi un commentaire. C'est même le plus clair, le plus animé, le plus frappant qu'on puisse consulter. L'acteur n'en est pas réduit, comme le critique, à confier à une feuille muette SQQ opinion pâle et glacée ; il la colore, la vivifie, la soumet aux impressions du parterre, et le silence ou l'émotion de l'assemblée décide aussitôt de sa valeur. Le public parisien s'est montré très-em* pressé de jouir du commentaire de Macready. On savait, d'ailleurs, que l'Angleterre a particulièrement applaudi à la manière dont cet artiste a recréé ce rôle ; et recrier est bien ici le mot , car , sous la nouvelle physionomie qu'il lui prête ^ à
abo MACREADT
peine Hamlet est-il reconnaissable. C'est iine autre pièce, mais , à notre avis, bien moins vive, bien moins originale^, bien moins poétique que l'ancienne. Cest un drame plus rapproché du goût français; c'est comme une sorte d'imitation de Y Hamlet du bon Ducis. N'y cherchez pas cette haute ironie 9 cette profonde amertume, cette anxiété du doute , cette fièvre de la pensée , qui percent dans chaque mot du poète anglais. Tout cela disparait sous le jeu sentimental et larmoyant deMacready. Son Hamlet, honnête et solennel , ne ressemble en rien à celui de Charles Remble. Pas une inflexion, pas un trait ne s'en rapprodient. U semble que ce soit une gageure, et que Macready ait juré de parcourir ie même clavier que son émule, sans mettre une seule fois le doigt sur les mêmes touches. Mais, dans cette lutte fatigante et puérile, l'œuvre de Shakspeare périt. Habitué à accommoder à sa taille les pièces de MM. Shiel et Knowles, Macready a cru pouvoir ai user sans plus de façon avec Shakspeare ; il a cru, par deux ou trois tableaux où sa pantomime est fort belle, pouvoir suppléer à la poésie qu'il efface : il s'est trompé. Doué de Theuneuse faculté d'exprimer dans toute leur pureté et toute leur force les plus intimes sentiments de la nature, il a voulu ofiFrir un nouveau type en ce genre et représenter un modèle de piété et de douleur filiales : soit; mais n'aurait-il pas pu alors prier M. Knowles de lui bâtir un canevas ad
VHNS HAMLET. ïiS I
hoc? Na voir dans Hamlet qu'un fils pieux, un Oreste pleureur, une belle figure de catafalque, c' est tomber dans le système d^abstraction classique qui ne s'attache qu'à la peinture des sentiments et dédaigne tout ce qui a rapport au caractère et à l'esprit. Or, dans Hamlet l'esprit est mis en jeu autant et plus que le cœur. C'est la tragédie delà pensée, bien plus que celle de la passioo.
On sent que, le rôle ainsi conçu à la française^ il y a beaucoup plus de points de comparaison possibles avec Talma. Mais dans aucune partie du rôle Macready ne nous a paru s'élever à la hauteur de notre grand tragédien. Cela peut venir de ce que Talma trouvait tous les éléments de ses effets dans son auteur, tandis que Macready est en lutte continuelle avec le sien. Le pis est que la majeure partie de la pièce ainsi jouée devient complètement inintelligible. Il n'y a plus moyen, de rien comprendre à la conduite d'Hamlet avec Ophélia, à la bouffonnerie cruelle qui amène la mort de Polo* nius, à la scène des deux écoliers : c'est une suite de non-sens intolérables. Il faut, en vérité, que le sentiment de Shakspeare et de son drame soit entièrement perdu en Angleterre pour que l'on puisse y risquer avec succès un pareil travestissement d'un caractère qui naguère encore y était si populaire. Notre public a montré plus de tact. Il est resté froid devant cette fausse conception d'un artiste que, d'ailleurs, il apprécie si bien. Macready, malgré la
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supériorité de ses moyens, n'a pas obtenu la moitié du succès de Charles Kemble.
Miss Smithson a été très^applaudie dans les scènes de folie. Nous avons pourtant remarqué quelques changements dans sa manière, et nous ne pouvons dire que ce soijt en mieux. Elle donne à présent, ce nous semble, à cette folie d'une jeune fille un caractère trop fort et trop prononcé. Il n'y a plus assez de ce vaporeux si poétique et si gracieux qui avait enlevé les suffrages aux premières représentations. Il ne faut pas vouloir faire trop bien. Il y a des rôles, comme Jane Shore, où tout doit être arrêté et dessiné ; il en est d'autres à qui un peu de vague sied mieux et que l'acteur, comme le poëte, doit laisser dans le demi-jour. Ophélia est de ce nombre. Cette réflexion, que nous soumettons à miss Smithson, c'est elle-même et son jeu d'autrefois qui nous la suggèrent.
SMM