‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 62 sur 109 · MACREADY DANS OTHELLO · texte numérisé non relu

MACREADY DANS OTHELLO

(Gt9^e, %i }oinet i8t8.)

Le théâtre anglais vient de clore ses représentations , comme il les a ouvertes , par un succès éclatant. Cette dernière soirée ne laissera pas de moins mémorables souvenirs que l'inauguration faite l'an passé par Charles Kemble. L'^immense succès que Macready a obtenu et mérité dans Othello doit le flatter d'autant plus que le pu*blic , qui vient de l'applaudir si vivement , a vu ses deux rivaux dans le même rôle. Pour nous , que ni le jeu de Kemble , ni celui de Kean , si original d'ailleurs et si profondément passionné dans le troisième acte de cette pièce , n'avaient pas complètement satisfait , nous avouerons que Macr^dy, à cela près de quelques poses trop académiques, nous a fait voir, pour la première fois , ce que nous souhaitions si ardemment , un Othello véritable. U est impossible de faire plus habilement ressortir toutes les nuances de ce caractère à la fois si violent et si tendre ; de mieux allier l'amour ^ la fureur, la force à la faiblesse , l'énergie du crime à l'abattement des remords. Admirable dans

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les scènes avec lago , Macready surpasse , à mon sens, ses rivaux et lui-même dans le cinquième acte , où il réalise tout ce que l'imagination peut rêver de plus pathétique et de plus déchirant. Les scènes qui suivent celle du meurtre , ces scènes si variées et si vraies à la lecture, mais jusqu'à présent si froides et si monotones au théâtre , offrent à Macready l'occasion d'exprimer avec la plus poignante vérité toutes les tortures qui déchirent l'âme bouleversée du Maure. Nous le voyons bien cette fois, comme les damnés de Milton, qu'une main vengeresse plonge du feu dans la glace, passer successivement par la frénésie, le doute, la surprise, le désespoir, la pitié, la tendresse , l'horreur de luimême, et arriver enfin à la ferme et profonde résolution du suicide. U est impossible de se montrer peintre dépassions plus exact, plus énergique. Dans cette longue crise, ses moindres mouvements ont un sens et un sens terrible. L'âme d'Othello, cette âme agonisante, se peint à chaque instant dans les traits et les regards) de Macready, avec une expression ton* jours nouvelle et toujours juste : il ne se peut rien voir de plus savant ni de plus tragique. C'est à la fois de la psychologie et de la statuaire.

Des transports d'enthousiasme ont éclaté à la chute du rideau et ont succédé bruyamment à la muette émotion de l'assemblée. Le grand artiste qui venait de faire de si admirables adieux à la France a été redemandé à grands cris par toute la salle.

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Abbott est venu rappeler au parterre la bizarre ordonnaBce de police qui ne permet plus au public d'émettre un vœu dans une enceinte où , de temps immémorial, sa volonté a fait loi; mais le public a protesté. Tingt minutes d'attente , au milieu du bruit, n'ont pas lassé la persévérance des récla* mants. Enfin cette scène, * vraiment dramatique , et dont il commençait à devenir difficile de pré* fdir le dénoûment , s'est terminée par un coup de théâtre. Macready, entraîné par de jeunes députés du parterre , a paru dans l'orchestre et s'est trouvé porté par eux , en un cUn d'oeil , sur Tavant-scène , où une couronne est venue tomber à ses pieds. Jamais hommage rendu à un grand talent ne nous a paru plus mérité.

Mademoiselle Snrithson a beaucoup perfectionné son jeu dans le rôle de Desdemona. La vérité de sa pantomime y au cinquième acte , ajoute infiniment au pathétique de la situation. Seulemeiit ce serait à eUe, ce nous semble , et non pas à Othello , à fermer les rideaux du lit et à s'en faire comme vu rempart. Othello, dans cette chambre où il est sans témoins , ne peut évidemment prendre cette précaution que dans l'intérêt des spectateurs. La variante que nous proposons donnerait plus de vraisemblance à cette délicatesse d'ailleurs louable.

PiZARRO, TRAGÉDIE DE KOTZEBUE,

IMiréB PAB SHBftIDAN.

{ GMt y aC {ofllei 18*9. )

Les comédiens anglais sont de retour à Paris pour quelques jours. Ik viennent de donner la première des six ou huit représentations qu'ils nous promettent. M. Wallack et madame West, artistes distingués deDrury-Lane, ont débuté dans iP/zamt> , devant une assemblée assez clair-semée et, nous regrettons de le dire, moins bien disposée que les années précédentes. Notre curiosité pour le théâtre de nos voisins est-elle épuisée, et, après la salutaire révolution produite dans nos idées théâtrales par la vue de quelques drames de Shakspeare, croyonsnous n'avoir plus rien à apprendre à cette école? Il se peut : cependant, il ne parait pas que telle soit la cause unique de l'abandon qui menace cette année la troupe anglaise. Nous sommes loin de connaître tout Shakspeare, et nous ne croyons pas qu'il manquât de spectateurs pourvoir représenter Henri IV^ la Tempête^ les Joyeuses commères de fTindsor on Jules César; mais Pizarro, bon Dieu! qui pourrait, pour un pareil fatras, braver vingt-cinq degrés de

PIZARRO , TRAGEDIE DE KOTZEBUE. aSy

chaleur? Cette insipide rhapsodie, à laquelle Sheri* dan a eu le tort d'attacher son nom, n'a point de rang dans la Uttérature anglaise. Cette pièce n'a du son succès dans les premières années du siècle qu'à des circonstances toutes politiques. Son apparition à Drury»Lane coïncida avec des bruits de débarquement et d'invasion. John Bull se plut à insulter dans Pizarre le vainqueur des Pyramides et d'ÂrcoIe. Les critiques les plus bienveillants ont baptisé cette pièce de well timed (venue bien à propos) : c'est tout l'éloge qu'ils en ont fait^ et le seul, en vérité, qu'elle mérite. Pour trouver chez nous quelque chose d'aussi faux, il faudrait chercher parmi nos mélodrames de la même époque. Rdla, le héros de la pièce, est. un sauvage sentimental et généreux, qui joint l'emphase philanthropique de l'abbé Baynal à toute la subtile délicatesse des parfait^ amants de mademoiselle de Scudéri. Il a commencé par céder la main de la bdie Gora qu'il aimait, à un transfuge espagnol. Roila, apr^ ce début, poursuit son héroïque carrière. D'abord, le roi du Pérou, devisant incognito dans une foret avec un vieil aveugle, se laisse prendre par trois Espagifiols : vite, Rolla se met en campagne et jle délivre. Alonso, l'époux ^e Cora, tombe entre les mains des ennemis : c'est encore Rolla, déguisé en ermite, qui s'introduit dans la prison, et le sauve. Il n'y a pas jusqu'à Pizarre dont il ne préserve les jours. Ce n'est pas tout : Cora et Alonso

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