‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 63 sur 109 · II. n · texte numérisé non relu

II. n

a 58 PIZARRO ,

oublient assez niaisement leur enfant dans un bois, et un parti espagnol l'enlève. Aussitôt RoUa, qui mériterait, à plus juste titre que Bolivar, le nom de [ libérateur, implore à genoux, dePizarre, la liberté

du petit innocent; mais, refusé par l'inflexible Espagnol , le Péruvien , d'un bras d'Hercule, enlève tout à coupfrenfant^ traverse avec lui un pont étroit qu'il coupe à grands coups de sabre, et, blessé à mort, il vient avec peine déposer son fardeau aux pieds de la mère, où il expire comme Jocko.

Le dialogue est à la hauteur de la conception. Nous en citerons un échantillon pris au hasard. Au premier acte, un prisonnier péruvien est amené devant Pizarre. Celui-ci lui offre de l'or, s'il veul lui indiquer un chemin par où il puisse aller sw^ prendre l'armée ennemie. Le sauvage lui répond fièrement qu'il porte avec lui ses richesses : < Et où sont-elles cachées? — Au fond de ma conscience pure et sans reproche. » Pizarre lui demande ensuite quelle est la partie faible du camp péruvien : a II n'a pas de partie fsiible ; il est fortifié de toui côtés par la justice. — Et où avez-vous caché vos femmes et vos enfants? — Dans le cœur de leurs maris et de leurs pères. » La pièce offre une série non interrompue de pareilles niaiseries qui laissent à cent lieues derrière elles le style prétentieux des Incas.

Il est assez difficile d'apprécier le talent d'un acteur dans un rôle aussi complètement absurde

TRAGI^DIE DE KOTZEBUE. aSg

que celui du romantic savage RoUa. Quand il n*y a ni sens ni vérité dans un personnage, comment Facteur qui le représente se montrerait-il intelligent et vrai? Nous ne savons donc trop que penser du savoir faire de M. Wallack. Tout ce que nous pouvons dire, c^est que son organe est sonore et sa pantomime quelquefois expressive, quoique généralement trop académique. Sa manière, dans ses bons moments, nous a rappelé celle de Marty, Fanden tyran de \ Ambigu. Au fait, cette manière est peàt*étrela meilleure, quand on est obligé déjouer le mélodrame.

Mistriss West a été moins courtoisement accueillie que son compagnon. Ses traits agréables, mais dénués de mobilité et d'expression, son défaut de naturel et de sensibilité, ses grâces étudiées et mignardes, ont été jugés avec une excessive sévérité. Dans la petite comédie The Dajr after the (vedding, imitation de ia Jeune femme colère^ de M. Etienne, quelques spectateurs ont usé et même abusé de leur droit de juges. Le silence eût été aussi significatif, «t n'eut pas donné l'air d'une cabale à une improbation méritée.

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