‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 64 sur 109 · CORIOLAN · texte numérisé non relu

CORIOLAN

TRAGÉOBS TIIIÉE DB SHAKSPRARE ET I^B THOHSON, ^AH THOMAS BUERIDAli. - UN DERNIER MOT SUR LE DRAME RE

SHAKSPRARE.

(G'/tft«. S M>ai iSty.)

Coriolan est , avec Jules César et Jtniêàie et Cléopâtre, une des trois seules tragédies dans lesquelles Shakspeare se soit propœé de peindre des mœurs romaines. Il est curieux de voir coHUttOit la puissante et gracieuse imagination de l'autiear de tant de drames passionnés , terribles ou fantastiques, s'est pliée à la gravité un peu sèche et au génie tout positif de ce peuple sérieux qui ne sut que vaincre et gouverner le monde. Dans ces trois ouvrages^ qui forment un groupe à partdw son théâtre, l'auteur du Ré^e dune nuit détè^ de la Tempête ne se permet aucun brillant écart d'imagination. La stricte réalité est sa muse; il anime les caractères et met en action les récits de Plutarque , mais sans quitter sa trace et sans le pe^ dre de vue. De cette retenue pleine de force il est résulté dans Coriolan un tableau de la vie romaine

GORIOLikJf. à6l

d'une vérité fraj^nte et qui a'a depuis f oe me semble , été ni surpassé ni même atteint.

Nous n'ignorons pas que les admirateurs de Shakspeare sont peu d'accord sur cette extrême fidélité que nous croyons repvmaitre dans Corio^ Ion et dans Jules César. Tandis que M. de Schlegel avance sans hésiter que ces pièces sont la chose même, d'autres critiques , dont l'avis mérite aussi d'être pesé, ne voient dans Caius Marcius qu'un Hotspurj un héros du moyen âge , et dans le peuple romain que la populace de l'Angleterre. Et nous aussi, nous croyons que Shakspeare a bien pu ramasser dans les carrefours de Londres quelques-uns des quolibets qu'il prête à ses Romains. Mais n'est-ce pas s'être déjà beaucoup rapproché de la véritéquedenousavoir montré dans l'exercice delà vie politique cette populace qui fait des cou* suis? N'y a-t-il pas quelque chose qui rappelle l'an-* cieune ItaUe dans cette action qui se passe presque toujours en plein air? Et puis, ne peut-on pas supposer qpie les charpentiers, les forgerons , les taBueurs de Rome, ressemblaient en beaucoup de points à ceux de Londres ? Mais, sans nous arrêter à cette fin de non-recevoir, il nous est facile de prouver que Shakspeare a peint des couleurs les plus nettes et les plus tranchées la populace des deux pays. Relisez les scènes de sédition dans la ^onde partie de Henri VI. Jacques Cadej le drapi^9 et Dick, le boucher, ces vrais types des sans-

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culottes anglais au quinzième siècle , ont -ils les mêmes passions , les mêmes vues , le même langage, que les deux tribuns Brutus et Sicinins? Cette troupe de forcenés en guenilles , qui va disant main-basse sur les riches et les clercs , et pend, le cornet au cou, quiconque est convaincu de savoir lire et écrire, ressemble^t-elle à ce peuple de Rome qui s'insurge avec concert et mesure pour le soutien ou le recouvrement de ses droits? Shakspeare n'a certes pas flatté le peuple romain ; il l'a montré sot et crédule, parce qu'il est peuple; mais il a distingué, comme il le devait, par les traits les moins équivoques, les libres mouvements qui sont la vie d'un état populaire, de cette fermentation putride qui agite si souvent la lie des gouvernements absolus. Quant à Ck>riolan, on aperçoit dans sa fierté patricienne, dans sa valeur, dans sa modestie, et jusque dans son respect filial, quelque chose de si rude et de si malaccointabley commedit Amyot, qu'il est impossible de ne pas reconnaître en lui lé vrai Goriolande Plutarque. Qu'est-ce donc qui a fait prendre le change ? Quelques fautes de costume, à la vérité, fort étranges. Shakspeare avait reçu du ciel un admirable talent pour saisir et deviner les caractères. Il les discerne au milieu des longs récits de l'histoire, comme dans une courte ballade, comme dans le monde. Mais il était loin de posséder au même degré les qualités d'un érudit et le savoir d'un antiquaire. Il n'y a pas de jeune

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