‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 80 sur 109 · L'HISTOIRE LITTÉRAIRE DU PORTUGAL · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE LITTÉRAIRE DU PORTUGAL

SUIVI DU RÉSUMÉ DE L*HI8T0IIIB LITTÉRAIBB DU BBÉSIL, PAR M. FERDINAND DENIS (4).

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Nous faisons sonner bien haut nos progrès dans l'étude des littératures étrangères. La vérité est qu'au moins en ce qui concerne le Portugal, notre érudition n'est encore que bien peu profonde. De tous les écrivains de cette nation , nous ne connaissons guère que Camoens , et, de tous les ou* vrages de ce poète, on ne lit à-peu-près que les Lusiqdes. Ce serait , cependant, un étrange phénomène qu'une littérature composée d'un seul ouvrage. Le temps n'est plus où un grand écrivain pouvait dire, en résumant dans une tranchante épigramme une opinion qui était alors partagée par tout le monde : <c Le seul bon livre espagnol est celui qui montre le ridicule de tous les autres (a). » On sait à présent que des productions aussi éminentes que celles de Cervantes ou de Ca-

(4) Unvol. in-48.

(2) hfXirt&ferfiaiMs^.

RÉSUMÉ DE l'u18T01R£ LITT. DU PORTUGAL. SgS

moens supposent avant elles des essais multipliés et après elles des efforts non moins nombreux. Les littératures, dont il n'est parvenu jusqu'à nous qu un ou deux chefs-d'œuvre 9 ressemblent à ces pays lointains dont nous connaissons les capitales par des plans plus ou moins fidèles et dont nous ignorons tout le reste , bien que rempli d'une foule de lieux intéressants encore, mais moins considérables et moins célèbres. C'est à l'histoire littéraire , qui procède par analyses et par extraits , qu'il appartient de nous faire connaître peu-à-peu ces lieux ignorés. L'histoire de la httérature portugaise a été écrite par l'abbé Ândrès, Sané, Bouterwek et Sismondi, sans compter les ouvrages nationaux de fiarbosa, de Soares de Brito, et l'introduction du Dictionnaire de T Académie. Malheureusement, Fouvrage italien de l'abbé Andrès, ainsi que la partie relative au Portugal dans celui de Bouterwek , nont point été traduits en français; le livre trèsestimable, d'ailleurs, de M. de Sismondi n'est pas, en ce qui touche le Portugal , aussi complet qu'il pourrait être , et la mort a empêché M. Sané de continuer la série d'articles intéressants qu'il avait commencé d'insérer dans le Mercure étranger. On voit que M. Ferdinand Denis s'est trouvé avoir plutôt à composer une histoire nouvelle qu'à résumer Jcs travaux de ses devanciers.

Une chose nous a frappé surtout dans l'examen des richesses poétiques , historiques et oratoires du

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Portugal; c'est moins encore le mérite et Totigina-' lité des œuvres que la romanesque et aventureuse destinée des écrivains. On retrouve avec surprise dans la vie de chaque auteur portugais le mélange d'infortunes extraordinaires et de talent qui émeut si vivement dans l'histoire de Camoens. Ce qui nous avait jusqu'ici paru dans ce grand homme une réunion de malheurs exceptionnelle , est, pour ainsi dire , la vie commune et habituelle de ces gé-^ nies entreprenants et inquiets. Le même enthou* siasme , la même fougue de passion et de courage, qui ont signalé les découvertes , les conquêtes et jusqu'à la chute du Portugal , se retrouvent dans le caractère , la conduite et le tour d'esprit de la plupart des écrivains de cette nation.

Aussi, que d'aventures romanesques, que d'histoires tragiques! C'est Macias frappé , en chantant sa maîtresse, par le fer d'un mari jaloux ; c^est Bernardin Ribeirô, amant hardi de la fille du grand roi Dom Manoel ; c'est Christophe Falcâo, emprisonné pour s'être marié contre la volonté de sa Êunille; c'est Diogo Bernardès, qui combattit à Alcacer-Kébir et survécut si peu à ce désastre; c'est Rodriguès Lobo , englouti dans le Tage, qu'il avait si souvent chanté; c'est Francisco de Moraes, assassiné à la porte d'Évora; c'est Bandarra, saveiier-poête , qui ne fut pas moins maltraité par l'inquisition que par la fortune ; c'est Joaquim de Foyos, amant d'ime Laure , comme Pétrarque, et.

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comme Abeilard^ séparé d'elle par le cloître; c'est un Jean de Barros, un Damiâo de Goes, un Femand Lopès de Castanheda, historiens qui se préparèrent à lour gi*ave mission par de longs et laborieux voyages et dont le dernier surtout fut si peu récompensé, qu'il était , quand il mourut , bedeau dans une pe» tite église de Coimbre; c'est un Pedro Antonio Correa Garçao, mort en prison , persécuté par le ministre Pombal, qui protégeait les lettres à la façon de Richelieu; c'est un Mendès Pinto, voyageur passionné qui, dans le cours de sa vie errante, fut treize fois captif et vendu dix-sept fois; c'est un Corte Real, un LuizPereira Brandâo, tous deux poètes et guerriers comme Camoens , et tous deux faits prisonniers à la bataille d'Alcacer-Kébir; c'est un Braz Mascarenhas, défenseur intrépide du Brésil contre les Hollandais , et qui , pour toute récompense , fut jeté dans un cachot ; c'est un Francisco Manoel de Mello, accusé d'assassinat et renfermé pendant neuf ans dans la Torre VeUia ; c'est une Marianne d'Alcoforada , religieuse dans un couvent de l'Alem-Tejo , d'où eJle écrivit à un officier français ces lettres si passionnées et si touchantes , que son indigne amant eut l'infamie de faire traduire et de publier; c'est un Francisco Diaz Gomès, mort dans toutes les douleurs et tout l'héroïsme de la pauvreté; c'est un Antonio Joze, que sa verve comique , le charme et l'innocente vivacité de son esprit ne purent préserver de la main

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