‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 81 sur 109 · RÉSUMÉ DE L*UISTOIRB LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE L*UISTOIRB LITTÉRAIRE

du Saint-Office et des flammes de Fautoda-fé de 1745 ; c'est un Manœl Maria Barbosa du Bocage, parent de la femme célèbre de ce nom, poète, guerrier, voyageur, qui s'éteignit à trente-cinq ans, comme notre. Millevoye; c'^^ un Maximiano Torrès, persécuté comme afrancezàdo et mort au lazaret da Trafaria , en 1809; enfin, c'est un Francisco Manoel do Nascimento, qui est venu vivre et mourir au milieu de nous, pour échapper aux derniers bûchers des inquisiteurs.

On pense bien que quelque chose de l'espril aventureux et romanesque de ces écrivains a dû passer dans leurs ouvrages. Toutes les productions de la littérature portugaise se distinguent par un enthousiasme guerrier, par une ardeur mélancolique propre au climat, en un mot, par une couleur à demi orientale qui forme, en quelque sorte, la transition de la poésie européenne avec la poésie arabe, et &it confiner ces deux littératures, comme les deux idiomes et les deux rivages.

Les premiers monuments de la poésie portugaise , les cancoes de Gonzalo Hermiguès et d'Égas Moniz , comme plus tard les vers du roi Dom Pèdre , le justicier , semblent déjà dénoter la Xextdance^que les poètes de cette contrée devaient avoir un jour à exprimer les sentiments chevale* resques et les plaintes de l'amour malheureux (i).

(4) S*il faut en croire la tradition, Égas Moniz mourut de douleur de rinfidélité de la belle Violante , à qui ses vers sont adressés.

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La triste aventure d'Inès, qui a fourni tant de touchantes inspirations aux muses du Tage, qui a été chantée en romances, en vers héroïques, en tragédies, a été pour le Portugal ce que furent pour la Grèce les malheurs de la famille d'Atrée. Dom Pèdre lui-même exhala en vers ses regrets , que de sanglantes représailles devaient seules ap.iiser. Voici une complainte que l'on attribue à ce prince, et dont M. Balbi a publié le texte (i ).

c Celui qui vous a tuée, madame, a besoin de la protection puissante du sort et des astres , puisqu*il n'a pas craint de nous causer tant de tristesse et tant de douleur à vous et à moi.

« Et puisque je n'ai pu arriver pour empêcher votre triste fin , je vous reçois , ma vie , comme maltresse et comme reine de ce» royaumes et de moi.

« Ces blessures mortelles qu'on vous a faites à cause de moi ^ eDes n'ont point terminé une seule vie , elles en ont frappé deux.

« La vôtre , qui ne fut point coupable , est déjà achevée , et la nyenne , qui demeure encore, sera pour jamais remplie de l'ang0Îs8e des tristes souvenirs.

« Oh! cruauté afift*euse, injustice énorme 1 vit-on jamais dans les Espagnes une mort si cruelle et si triste?

« On contera comme une merveille la sincérité de mon cœur. Puisque vous êtes morte de cette manière, je serai la tourtereilo qui est veuve de sa compagne.

« Soyez en repos , madame , puisque je vous reste en ce monde ; votre mort , si je vis , sera bien vengée : c'est pour cela que je veux vivre ; si ce n'était pas ainsi , il me vaudrait mieux , madame, mourir tout de suite avec vous.

(1) StaUsUque du Portràgal , t. U ; Appendix , p. vu.

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a Qu*esi-ce que j'ai? où me suis-je ensanglanté , madame? Je vous ai donné la mort et vous me Tavez donnée. Sang de mon cœur, cœur qui m*appartenait et que Ton a frappé , qu*estr-ce qui a pu vous déchirer sans raison ? À celui-là , je lui arracherai le sien. » (4)

Les chants de ces trouvères et surtout ceux de Macias (a) , tous consacrés à Famour , comme Findiquent assez son genre de mort et sa simple épitaphe ( Aqui y ace Macias el enamorado , Ci-git Macias , celui qui aima) , imprimèrent le caractère de Félégie amoureuse à toutes les compositions qui suivirent. Cette première impulsion , jointe à la beauté du sol et du climat portugais , porta bientôt vers le genre pastoral une nation chez qui U poésie était plutôt le résultat d'un instinct phy* sique qu un calcul de la volonté ou un acte de réflexion. Bernardin Bibeiro acquit le premier une j grande renommé^ dans Féglogue à la fois descrip- à tive et passionnée , et il ne fut peut-être surpassé dans ce genre que par Diogo Bemardès, qu'cm sur* nomma le Théocrite portugais. On sera peut-être

(4 ) Je me suis permis de ch3nger quelques mots à la traduction l de M. Denis. Voy. Rimmi de Vhistùire littéraire du Portugal , p. 43 et U.

(2) Ce poëte , né en Galice , est compté parmi les fondateurs de la poésie espagnole , ainsi que pjirmi ceux de la poésie p<ntugiuaB. n a écrit dans l'idiome galicien , que l'on regarde comme le tfpe du portugais. — Lope de Vega a tiré de la tragique aventure de Macias le sujet d'une pièce intitulée Porfiar hasta morir (persévérer jusqu'à la mort) , qui a été traduite dans la collection des dkefu \ d'ctuvre du théâtre étranger.

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surpris de trouver déjà dans Bernardin Ribeiro, qui écrivait à la fin du xv*' siècle , cette teinte mélancolique et rêveuse qui fait le caractère de la poésie anglaise et de quelques écrivains firançais de notre siècle.

La gloire de Sa de Miranda et d'Antonio Ferreira fut d'avoir su polir le langage et d'avoir fixé les règles métriques de la poésie ; leur tort fut d'avoir introduit l'imitation des anciens dans la littérature portugaise, jusque là moderne et naïve. Camoens vint ensuite et put réunir en un seul faisceau toutes les qualités éparses dans ses devanciers. Il apprit à ses contemporains et à ses successeurs à joindre les peintures guerrières et les plus hautes conceptions épiques aux chants d'amour et aux descriptions champêtres. Habile, également dans la poésie élégiaque, lyrique, iépique, satirique, pastorale et dramatique, il couvrit son fi:*ont de tous les lauriers, et il offre dans ses œuvres comme un abrégé de toute la littérature de son pays.

Depuis Camoens, la poésie épique fiit cultivée à l'égal de la poésie élégiaque et bucolique. Un grand ^ nombre d'épopées parurent. Le Naufrage de Sepulifeda et le Second siège de Diu de Corte Real; YSlegiaday où Luiz Pereira déplore la catastrophe d'Alcacer-Kébir et la disparition du Charles XII portugais; XAffonso A f ricana deQuebedo; XUlyssea de Gabriel Pereira de Castro ; la Conquête de Malaca de Sa de Menezes, premier poème où Ton

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ait osé se passer des fictions mythologiques ; le f^iriato de Braz Mascarenhas; YHeniiqueida du comte da Ericeira, élève de Boileau, dont il n^apprit pourtant pas, sans doute, à faire, comme on k raconte, quatre mille vers en vingt-quatre heures; enfin F Oriente, où un auteur vivant, M. Jozé Agostinho de Macedo, a eu la témérité de repasser sur les traces des Lusiades^ prouvent une grande fkcondité, sinon une grande richesse.

La plupart, cependant, de ces compositioDS renferment des beautés du premier ordre. Rien n'est plus touchant que l'endroit du Naufrcige de Sepulpeda où le poète nous montre cet infortuné enterrant de ses mains, dans le sable, le corps de sa femme et de son enfant. Peu de morceaux même de Camoens sont plus pathétiques, et nous ne connaissons que les funérailles d' Atala qui soient d'un effet plus déchirant que celles de Lianor.

A cette école épique succéda l'école à la fois philosophique et lyrique de Diniz da Cruz e SÂva, auteur de YHyssope (le Goupillon), poème satirique imité du Lutrin ^ et dont Fapparition doit étonner plus que la vogue en pays d'inquisition (i).

(4) M. Balbi se trompe en avançant que cet ouvrage ne fut publié que vers 4847. Nous avons sous les yeux une édition de U»dres (Paris) 4 S02. Ce poëme parut ensuite à Lisbonne en 4 SOS, puis en 4847 et 4824 à Paris. Il a été traduit très-élégamment en français par notre plus savant helléniste , dont nous ne nous erofons pas permis de lever plus ouvertement Tanonyme.

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Diniz excella principalement dans le genre lyrique, et fut suivi dans cette carrière par presque tous les poètes modernes. Un des plus célèbres, et qui a droit d^intéresser plus particulièrement la France en sa qualité de traducteur des Martyrs de M. de Chateaubriand, est ce Francisco Manoel do Nascimento, qui vécut longtemps parmi nous, et dont la dépouille mortelle repose non loin de celle de Fabbé Delille. La cause de son exil et de ses malheurs est écrite dans chaque page de ses ouvrages; t0U8 sont empreints d'une verve excessive d'indé<* pendance et de philosophie. Il salua d'un chant généreux le triomphe de la hberté américaine; et certes c'est une mélodie aussi douce qu'inattendue que d'entendre un hymne en l'honneur de Guillaume Penn, de Franklin et de Wadiington, sortir d'une lyre portugaise.

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