‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 84 sur 109 · SANCHO · texte numérisé non relu

SANCHO

Grand bien me fasse 1 Huissier , soyes attentif. Vous saura d'abord que la justice est une chose peinte, qu'il n'existe pas une femme semblable dans le monde , et qu'elle n'est pas plus de chair et d'os que madame Dulcinée du Toboso, ni plus ni moins. Cependant, coDune il était nécessaire d'avoir cette figure sur la terre pour foire peur aux grandes personnes comme l'ogre e£Qraie les petits enfants , on représenta une femme vêtue à la Melpomène , parce que la justice s'achève toujours par une tragédie. On lui mit un bandeau, parce qu'en dit qu'étant louches , ses yeux sont sujets à ne diasser que d'un cété. Et comme la Justice doit être sans défaut , pour qu'on ne s'aperçût pas de celui-là , on lui banda vilement les yeux. Le glaive à sa main signifie qu'elle doit tout enlever à la pointe de l'épée , c'est-à-dire à tort ou à raison. Les docteurs qui parlent sur cette matière ne déclarent point si c'était un glaive flamboyant, un espadon ou un fleuret , mais je comprends de moi-même , et pour moi , que la lame était de papier , la croix comme celle des sbires, la garde de verre, le pommeau d'épices et la poignée de métal (4 )... Il y a quelque temps , j'étais ferré sur cet article ; mais les chevaleries errantes du seigneur Don Quichotte m'ont obligé à fermer mes livres et même à en déchirer les feuillets (2). »

(4) Le texte contient ici une suite d'équivoques à peu près intraduisibles.

(2) L'expression portugaise signifie pncore metire flamberge au vent.

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