EN PORTUGAL
On sera atissi surpris qu'épouvanté de la fin tragique d'Antonio Joze, brûlé dans Fauto*da-fé de 1745, quand on saura que ce malheureux ne se livra dans ses écrits ni dans sa conduite à aucun écart répréhensible, et ne se départit même jamais de la précaution alors en usage de joindre à ses œuvres une profession de foi, où il déclarait formellement ne pas croire aux divinités païennes qu'il mettait en scène.
Ce restaurateur du théâtre national eut, comme Gil Yicente, son Ferreira. Garçao donna une petite pièce intitulée le Noui^eau théâtre, qui est une critique des pièces irr^;ulières d'Antonio Joze. Il la fit suivre d'une comédie classique en un acte , r Assemblée^ dont le sujet a quelque ressemblance av^c celui d'une comédie jouée récemment en France Luxe et indigence.
Après la mort d'Antonio Joze, les poètes de son école tracèrent de nombreuses esquisses de mœurs nationales, sous le nom ai intermèdes {\\ sorte de pièce dont malheureusement M. Denis ne nous a fait connaître que quelques titres; de leur côté, les classiques ne mettaient pas moins d'activité dans leurs publications érudites. D'une part, ils traduisaient les ouvrages bons et médiocres de notre théâtre, et, d'une autre, ils imitaient la manière de nos grands maîtres dans de pâles copies, qui ne valaient
(4) Voyez CoXUnçào de entremez^s escolhidos, 4816.
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pas leurs traductions. L'Académie des sciences de Lisbonne, dans un but fort louable et surtout fort patriotique, offrit ime prime d'encouragement à ce genre de travail, et couronna, en 1788, OsmàUj tragédie dont madame la comtesse do Vimieiro était l'auteur, et qui rappelait assez exactement la coupe et la facture des pièces de Voltaire. Viriez de Joâo Baptista Gomes , la Conquête du Pérou et le A7riate de Manoel Caetano Pimenta de Âguiar, ont au plus haut degré ce mérite ou ce défaut
On voit que le véritable théâtre portugais, le théâtre indigène , est tout entier dans Gil Yicente et les poètes de son école , recueillis par AflFonso Lopes da Costa (i), et dans Antonio Joze et les intermèdes de ses successeurs. C'est là qu'il Ëtut le chercher et l'étudier. Il est fâcheux que l'excessive rareté des premiers^ et peut-être aussi la difficulté de tous, aient réduit les personnes qui se sont livrées à cette étude à ne nous donner de ces auteurs que d'insuffisants extraits. Cette partie peu connue de la littérature romantique est une terre presque vierge, que nous essayerons d'exploitor un jour, et qu'il nous suffit pour aujourd'hui d'avoir indiquée.
(4) Ce recueil est très-rare.
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( 6M« , «1 infllM i8t7- )
Les vies des prosateurs portugais n'ont été ni moins aventureuses, ni mêlées de moins de vicissitudes romanesques que celles des poètes; les mêmes causes développèrent en eux les mêmes qualités. Aussi peut-être , n'existe-t-il aucune littérature où la différence des deux genres soit aussi peu marquée. On pourrait même affirmer que , jusqu'à ces derniers temps, les Portugais n'ont pas eu , à proprement parler, de prosateurs. Tant que dura le souvenir des victoy;x^ i*emportées sur les Maures et celui de la période encore plus mémorable qui étendit si loin le nom et la puissance du Portugal, romanciers, historiens, orateurs, en un mot, tout ce qui usa de la parole ou de la plume , fut poète.
Tel a été ce Yasco de Lobeyra, auteur d'un des premiers et des plus célèbres romans de chevalerie. On ne doute plus aujourd'hui que Lobeyra n'ait composé , au milieu du quatorzième siècle , les quatre premiers livres de YAmadiSj qui traduits dans presque toutes les langues , et notamment en italien , par Bemardo Tasso, père de Torquato , exercèrent une remarquable influence sur
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les destinées poétiques de Fltalie. Pendant les deux siècles suivants, le Portugal fut inondé, comme r Espagne , d'une foule de suites ou de copies de ces ingénieuses fictions. Il ne nous siérait pas de nous montrer plus sévères que le curé de don Quichotte, qui y livrant aux flammes }a bibliothèque chevaleresque de son extravagant paroissien, fit non-seulement grâce à XAmadU , comme au meilleur et au plus ancien livre de ce genre, mais refusa encore d'abandonner au bras séculier, je veux dire à la colère de la gouvernante du bon hidalgo, Th» toire de Palmerùi d^ Angleterre : «< Ce livre, dit le curé à maître Nicolas , est considérable par deux raisons : l'une , qu'il est excellent de lui-ménie; l'autre qu'on le croit composé par un savant roi de Portugal (i). Il est plein d'imagination et d'art , et mériterait ( ajouta^^t-il avec pi^sque autant d^ei9* phase qu'en aurait pu déployer sur ce sujet le possesseur lui-même) d'être conservé dans un cofire aussi précieux que celui qu'Alexandre trouva dans les dépouilles de Darius et où il renferma les œuvres d'Homère. »
On a vu que sous l'influence de BERKAanni BiBfiiRO , une sorte de manie bucolique s'empara au XV* siècle du pâmasse portugais : la prose s'as-
(4) Soares de Brito , biographe fort exact , rejette , ainsi qoe Barbosa , la tradition populaire que parait adopter Cervantes. Franciioode Mbraes est Fauteur de Falm«r<ii d^ Angleterre.
soda à cet engouement. BemanHn Ribeiro, après aYoir rimé cinq églogues d'une mélancolie un peu monotone , composa un roman pastoral en prose , iiititiilé Menina e Moça ^ où il raconte, en les déguisant , tes propres aventures; Ce roman, qui ne fut imprimé qu'après la mort de l'auteur , servit de modèle à la Diane de Montemayor et donna plus tard naissance à VÀstrée t^t à sa nombreuse postérité. Dans quelque juste discrédit que soient tombés, de nos jours, les romans de chevalerie et les romans pastoraux , il n est pas moins remarquable que l'on doive au Portugul les premiers modèles de ces deux genres de composition , qui, quoi qu'on puisse dire ^ ont fait pendant deux siècles, en Europe, les délices de tous les esprits délicats et polis, depuis l'aimable et surprenante Diane de Poitiers, à qui Nicolas d'Herberay dédia la premièfe traduction française de \Amadis^ jusqu'à madame de Sévigné, dont on connaît le faible pour les grands coups d^épée, et qui ne savait pas se déprendre de la glu de CUepàtre et de Cyrus.
Les historiens eux-mêmes ne se sont pas toujours garantis en Portugal de la contagion poétique. On serait tenté quelquefois de les prendre pour les continuateurs dâ romanciers ou pour les émules des poètes épiques. Ce brillant dé&ut a, jusqu'à un certain point, sa raison dans la nature vraiment merveilleuse des faits qu'ils avaient à raconter. Les Maures chassés de l'Europe, des mers inconnues
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traversées, des empires immenses découyerts, quel- (ques soldats opposés à des nations et ces natiom soumises , les richesses des deux Indes s'accumu' lant dans Lisbonne ; enfin, des succès inouïs, des climats nouveaux, des actes de courage et de désintéressement incroyables : voilà ce qui s'ofiîrit à la plume des historiens portugais ; voilà ce qui passionna l'imagination brillante de Jean de Barros et ce qui imprime à ses récits un caractère si imposant d'exaltation et de grandeur.
A l'élé^^ance de son langage, qui fait encore aa* jourd'hui autorité en Portugal, Barros joignait ce tour d'esprit enthousiaste , si conforme au gkât de sa nation. Il révéla le premier aux Portugais d'Europe les merveilles que leurs compatriotes opéraient en Asie. Le commencement de ses ZMcaiies parut un an avant le départ de Camoens pour Goa (i), et il est permis de croire que dfettele& ture ne fut pas sans influence sur l'âme ardente du poète. Un des plus judicieux critiques portugais, Francisco Dias Gomes^ pense même que le grand nombre de locutions heureuses dont Barros enrichit la langue, prépara ce haut style épique dont se servit bientôt après le chantre des iMsiades.
Barros n'aurait été ni de son pays, ni de son siè" cle, s'il eût fait profession de cette impartialité qui est devenue l'honneur et le caractère de notre
(4) 4553, voy. plus haut , page 304.
âge. Malgré ses préjugés, et peAt-étre même à cause de ses préjugés, cet écrivain mérite une confiance entière. « Comme il partage, dit M. de Sismondi, toutes les passions de ses compatriotes^ ce qu'ils ont fait, il Teùt fait lui-même, et il se plait à le conter. » Aussi peint-il involontairement, avec une và^té frappante, et en se comprenant lui-même dsuis le tableau, les vices et les vertus des conquérants de l'Inde. Leur indomptable courage, leur amour pour la gloire, pour la nouveauté, pour les périls, ne se montrent pas dans ses récits avec une plus naïve évidence que leur cupidité, leur férocité et leur aveugle fanatisme. Ces nègres qu'on enlève pour les faire esclaves, ou qu'on massacre sans provocation ; ces Maures que l'on va traquer dans des climats ignorés, pour les détruire comme des bêtes fauves ; ces Indiens qu'on noie par milliers dans lesmersdeCalicut et de Cochin, ne croyez pas qu'il les plaigne : ce ne sont que des infidèles, des musulmans, des idolâtres. Il ne trouve ni une larme pour de telles victimes, ni un cri d'indignation contre leurs bourreaux. Les Fénelons sont rares dans tous les siècles , et c'était apparemment assez de gloire pour le Portugal d'en avoir déjà produit im au milieu de l'intolérance de cette époque. Le vénérable évêque de Sylves, Hierohtmo Oso- Rio, historien latin du grand roi Dom Manoel , mérite ce beau titre de Fénelorij ou plutôt de Las Casas du Portugal. Comme le vertueux prélat es-*
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pagnol, Osorio De ftit pas tout-À-£Giit exempt des préjugés de son siècle. Maia l'humanité recomnaiftsante n'oubliera pas qu'il sut décrire et pUiiidt« avec un cœur d'homme les eff roy ables soufirances des Juife bannis de leurs foyers et séparés de leurs en&nts, qu'il exhorta constamment le peuple à la tolérance, et qu'il osa dire k vérité aux rois.
La vie de Dom Manoel avait été écrite um peu auparavant et en portugais;^ par Damiâo de Goes, gardedelaTorredoTombo. M. Ferd. Draisi^'a extrait de la chronique de cet auteur qu'un passage de peu de lignes, mais qui peint d'une manière frappante l'époque où s'introduisit à Lisbonne le fiisie oriental. Damiâo de Goes décrit de la manière suivante le cortège qui acoon^gnait Dom Manod, quand il se promenait dans la ville :
< Ce roi fat le premier de l'Europe qui possédât des éléphants d'Asie. Il en avait cinq , quatre mâles et unafemaUe. Quand 0 cfae* ▼auchait ou ae promenait à pied dans la cité y œs apimauT marchaient devant lui ; ils étaient précédés eux-mêmes d'un ganga ou rhinocéros , assez éloigné d'eux pour qu'ils ne l'aperçussent poinL Derrière les éléphants , on voyait marcher immédiatement devant le roi un cheval persan caparaçonné et monté par ^n chasseur du même pays, lequel portait en croupe une once dressée à la chasse ; cet animal avait été envoyé par le roi d'Ormus au monarque portugais. Celui-ci en fit présent depuis au pape Léon, en y joignant un éléphant et le rhinocéros. C'était avec cette pompe, des timbales M des trompettes faisant retentir les airs, que le roi traversait fort souvent la ville. » .
Il ne faut pas. oublier, en lisant les détails de cette pompe un peu puérile, que c'est sous le règne et
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grâce au génie actif de ce grand homme que furent changées les voies du commerce et que se renouvela la face de FEurope.
Les prosateurs de Tépoque suivante (le xvii* siècle) se trouvèrent placés dans des conditions beaucefup moins favorables. Asservi au dedans par TEspagne ^ mai défendu au dehors par ce suitre jaloux, le Portugal vit peu-à-^peu lui échapper toutes sas conquêtes. La décadence des lettres suivit de près la perte de TindépendaDce et de la liberté. Nous av^is vu la poésie portugaise ne se releva* qu'à peine, même après la restauration de x64o. Les historiens seuls, à cette époque de renaissance, retrouvèrent une partie de leur enthousiasme, comme s'ils devaient former à eux seuls toute la littérature d'un peuple qui n'existait plus que dans ses souvenirs. Le style delà plupart d'entre eux est plein de noblesse et de pureté. Nous distinguerons plus particulièrement Frei Luiz de Souza , et Duarte Nunes de LiSo , auteur estimé d'une Description du Portugal et des Chroniques des rois ( i ). Mais la palme dti genre historique, pendant le xvii' siècle, appartient à Jaciwto Freib k JDB Ajtdrada , biographe de Dom Jean de Castro ,
(1) Je ne sais d*après quelle autorité M. Ferd. Denis arance qu*it n*a paru de ces cfcromgues que la première partie. J'ai sous les yeux la seconde , qui comprend les règnes de dom Jean I , de dom Duarte et de dom Alfonse V ; cette suite a été imprimée à Lisbonne en 4760 , ^ vol. in-i. Barbosa indique une édition in-folio de 4646;
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quatomème vice-roi de l'Indei Jamais plus mj fique sujet ne fut plus dignement traité. Quelqi critiques ont reproché à cet écrivain l'abus couleurs brillantes. Mais quand il y a tant d\ et, pour ainsi dire, tant d'exagération dans le rage, il faut bien que le style de l'historien se tei{ en quelque sorte, d'héroïsme, sous peine d'infii lité et presque de sacrilège. Nous allons citer d( morceaux de cette histoire qui nous paraissent pi près à donner une idée de l'écrivain et du héros. La forteresse de Diu était détruite : il fallait rebâtir; mais l'argent manquait. Dom Jean Castro écrivit à la ville de 6oa une lettre dont voici quelques passages :
« Seigneurs magistrats , juges et peuple de la très-noble et toojours loyale ville de Goa , je vous ai écrit, ces jours passés, par Simon Alvarès, les nouvelles de la victoire que Notre Seigneur m'i accordée sur les capitaines du roi de Gambaya. Je ne vous ai ria dit des peines et des grands besoins dans lesquels je me trouvais, pour que vous pussiez jouir sans mélange du plaisir de la victoire- Maintenant il est nécessaire de ne vous rien dissimuler. . . La forteresse de Diu est renversée de fond en comble. . . Il faut la rebâtir, sans qu*on puisse profiteml'un seul palme de mur. . . De plus , 1^ Lasquerins se mutinent pour obtenir leur paie. . . Je vous deouiode donc avec instance de vouloir bien me prêter vingt mille pardaos [4)- Je vous promets comme chevalier , et vous jure sur les saints évangiles, devons les rendre avant un an, lors même qu'il me sur>ieD' drait de nouvelles peines et des besoins plus grands que ceux qui
(4) Cinquante mille francs, qui en feraient aujourd'hui environ deux cent cinquante mille.
m'assiègent aujoard'hoi. J'ai fait déterrer Dom Femaiid , mon 61s , que les Maures ont tué dans cette forteresse , où il combattait pour le service de Dieu et du roi notre maître. Je voulais vous envoyer ses ossements pour gage. Mais ils se sont trouvés dans un tel état <|u*on ne pouvait enoore les tirer de terre. Il ne me restait donc que mes propres moustaches, et je vous les envoie par Diogo Ro* drigues de Azevedo. Vous devez déjà le Savoir , je ne possède ni or , ni argent , ni meubles. Je ne possède aucuns fonds de terre sur lesquels je puisse assurer mon emprunt. Je n'ai qu'une sincérité sèche et brève que Dieu m'a donnée , . . . etc. . . »
Est-il besoin d'ajouter que sur ce noble gage Dom Jean de Castro obtint l'argent qu'il demandait? Ce grand homme, se sentant atteint de la maladie dont il mourut, fit appeler les principaux habitants de Goa^ et leur parla en ces termes :
« Seigneurs, je vous dirai sans honte que le vice-roi de l'Inde manque, durant sa maladie , des choses que le t)lus pauvre soldat trouve dans un hôpital. Je suis venu dans l'Orient pour servir ; je ne suis point venu y faire le commerce. C'est à vous-mêmes que je Youhis donner les ossements de mon fils; c'est à vous que je remis ma moustache. Je n'avais rien à vous offirir comme gage de ma parole , ni tapisseries , ni vaisselle précieuse. Aujourd'hui il n'y a pas dans cette maison assez d'argent pour acheter une poule : car dans les diverses expéditions que j'ai faîtes, avant de dépenser l'argent de leur roi, les soldats trouvaient le salaire du gouverneur, et l'on ne doit pas s'étonner que le père de tant d'enfants soit devenu pauvre. Je vous demande donc que , tant que durera cette maladie , vous m'assigniez sur les revenus royaux une honnête pension, et que vous nommiez quelqu'un qui m'alimente au moyen d'une taxe modeste.»
Puis, demandant un missel , il jura sur les évangiles que jusqu'au moment présent il ne devait pas au trésor royal une seule creusade; que jamais il
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n'avait rien reçu de chrétien , juif, maure ou idolâtre, et que, pour soutenir Thonneur de son rang et de sa personne, il n'avs^it jamais eu d'autre mobilier que celui qu'il avait apporté d'Europe; que l'argenterie qu'il avait Êiit venir de Portugal était depuis longtemps dépensée, et qu'il n'avait jamais eu le moyen d'acheter un autre matelas que celui que l'on voyait à son lit. Seulement il avait fait £siire à son fils Dom Alvaro une épée garnie de quelques pierres de peu de valeur pour passer en Portugal. Il pria les assistants de prendre acte de ses paroles, pour que, si l'on venait à lui trouver quelque chose de plus, le roi le fit punir comme un parjure. Ce discours fut inscrit dans les registres de la ville de Goa, et c'est sur ce document authentique et sur d'autres ^ tirés de la même source , qu'a travaillé Jacinto Freire de Andrada.
Il n'y a pas jusqu'aux orateurs chrétiens qui, habitués à évangéliser les tiibus errantes de la cote d'Afrique et du Para, n'offrent dans les hardiesses de leurs prédications , remplies d'allégories et de paraboles, plutôt la marche poétique et turbulente de Job et des prophètes que la gravité didactique qu'on exige, en d'autres pays, de l'enseignement religieux. Qu'il nous suffise de rappeler ici le nom, déjà connu de nos lecteurs, du plus éloquent prédicateur portugais, du père Antonio Vieyra.
Enfin, quand le Portugal, qui s'était répandu dans toutes les parties du globe, fut rentré sans
retour cUqs les limites que la diplomatie européenne lui fixèrent à la fin du xvii* siède, un en* gourdissement profond et léthai^ique succéda à ces grands mouvements. Les historiens portugais d^ cette époque brillèrent du dernier reflet de la gloire nationale ; mais le xviii* siècle fut terne et silencieux. I..es encouragements prodigués aux lettres par le marquis de Pombal, et la création de l^Àcadémie des Arcades firent bien éclore artificieUement quelques fleurs po^ques ; mais la prose, qui est l'expression de la vie réelle et l'interprète véritable de la pensée sociale, resta muette. Après les plus brillantes prémices, après les songes dorés d'une jeunesse aventureuse, il fallait, en quelque sorte, au génie portugais un intervalle de repos, pour se résigner à prendre une direction nouvelle, direction modeste désormais, comme la destinée du pays lui-même.
En contact continuel de négoce et d'amitié avec l'Angleterre et la France, ces deux patries ducom* merce , de la science et de la liberté , le Portugal résolut d'entrer dans la voie du perfectionnement intellectuel , qui , comme la force physique au moyen âge et la navigation au xv* siècle, est aujourd'hui le grand instrument de la richesse et de la puissance. A Lisbonne, comme partout, la cause du progrès social rencontra des antagonistes, et, comme partout, elle en triompha. I^ reine Marie respecta les établissements fondés par son pèit^.