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« Gupaïba , qai porte une redoutable massue , Gnpitiiba gakle cette nation cruelle. Dans Tardeur de la bataille , le maOïenieux qu'il embrasse est presque dévoré vÎTant. Autour de sa poitrine on voit suspendus de longs colliers formés des dents de ses victimes; dans leurs tours nom&reuz , ils lui iieninent lieu de vêlement. . .
« Sambambaia conduit une autre troupe. Les siens sont si habiles à lancer ta flèche , que l'oiseafa traversant les airs ne pent Féviter. Le manteau qui couvre ce chef est tissu de plumes, uneceioture de plumes entoure ses flancs; des plumes , enfin , fixées sur son visage , lui donnent l'apparence d'une nouvelle espèce de monstre.
a II est suivi de dix mille Bfaques^ C'est une nation endurcie , aussi utile à l'agriculture que vaillante dans une bataille. Ces Indiens ont pris soin de fournir des vhrres aux autres guerriers. Les uns rôtissent Taipi; d'aulreS apprêtent le manioe ; ceux-ci cuisent sous la cendre les blanches pipocas.
« Dix mille Petiguares suivent le brave Sergipe. Ds portent des massues tranchantes, de bois de fer; ils lancent des balles an moyen de l'arc à deux cordes (4). . .
« Grand Pécicava , tu ne manquais pas au rassemblemeot. On te voyait guider le Garijo , venu des pays aurifères ; et ces feuilles d'or qui te servent d'ornement , tu les aft recueillies sur les rives de ton fleuve. . .
« La renommée a dit qu'au pied des hautes montagnes qu'ils habitaient autrefois, ces guerriers, parmi les pierres qui ornaient leurs lèvres, portaient de brillants diamants. Les uns les remiilaçaient par des topazes à la couleur d'or ; les autres se paraient de saphirs ou de rubis enflammés. Ces pierres, ils les dédaignent, et nous les aimons. Je ne sais qdi se trompe. . .
(4) L'usage de cette arme est généralement répandu au Biésl. Voyez le V&yagê du prince de Newied, et leBréfil^ auMœunel eouiwM$ de$ habitants de ce rayamne; par MM. Hipp. Tàunay et Ferd. Denis.
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c Venait ensuite un guerrier redoutable qui avait tracé avec le feu sur sa poitrine hideuse deux tigres combattants. C'est le brave Tatou , qui remplit ses ennemis d'épouvante lorsqu'il combat avec sa redoutable taeape (4 ).
t Sous ses ordres on voit marcher douze mille Itatès , formant dix lignes séparées. Habilants des bords des cataractes, le bruit des eaux les a assourdis. Leurs maracas '(2) suspendus à de longues piques , leur servent de drapeaux; ils les agitent dans les airs, et leur retenttesement remplace le roulement des tambours (3). »
Nous nous arrêtons, dans la crainte de fatiguer les lecteurs. Mais nous ferons remarquer combien ces peintures sont variées. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter, avec M. Denis, qu'il ne se soit pas encore trouvé au Brésil un romancier tel que Cooper, qui ait fait revivre dans des récits animés toutes ces tribus, dont les restes errent encore dans les déserts du Mato Grosso et sur les bords de l'Amazone.
Après la victoire, qui reste à Diogo Correa, le jeune Européen veut rendre la liberté aux prisonniers, qui sont menacés d'être dévorés. Mais ceuxci repoussent cette ofifre comme une insulte. Un d'eux, qui se dispose au sanglant sacrifice, est en proie aux insectes. Diogo lui témoigne de la com-
(4) Sorte d'épée brésilienne.
(2) Le maraca était un instrument sacré , formé d'une coloquinte creusée ou d'un coco , dans lequel on introduisait des graines retentissantes ou des cailloux.
(3) Carcmaru , ch. nr, oct. 1 5 et suiv. — Nous avons employé la traduction de M. Denis, avec quelques changements.
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passion ; mais Je sauvage écarte de son front avec sa main Fessaim qui bourdonne, et répond avec un sourire : « D'où vient ta surprise, Européen? Pourquoi donner à ces membres misérables une condi tion plus douce? Ce corps ne m'appartient plus. Je l'anime, il est vrai; mais il est àtees ennemis. »
Ce poëme est rempli de pareils contrastes entre l'humanité européenne et l'héroïque barbarie de ces peuplades. Bientôt même, comme Fauteur HAtala et dès ISatchez, José de Santa Rita renouvelle la source de ces oppositions en reportant la scène de son poème dans notre hémisphère. Dévoré du désir de revoir l'Europe, Diogo s'embarque, avec sa compagne américaine, sur un vaisseau français. L'auteur conduit les deux voyageurs à Paris. L'étonnement delà jeune sauvage, jetée brusquement dans le centre de la civilisation la plus raffinée, est assez bien peint; mais dans cette seconde partie, comme dans la première, l'originalité, l'intérêt, la poésie manquent trop à l'ouvrage. La prolixité d'un style sans nerf et sans art détruit presque tout ce qu'il y a de nouveauté réelle dans le sujet, dans les caractères et dans Faction.
La seconde épopée brésilienne qui nous semble digne d'attention est le poëme de WragMÂqj dirigé contre les jésuites , et que pourtant un jésuite , Basilio da Gama , a composé. Le sujet est la guerre des missions, qui eut lieu vers 1 710, par suite de la cession que l'Espagne fit de ces pro-
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vinces au Portagal, cession à laquelle, comme on sait, ces religieux ne voulurent pas se soumettre. Le but de Tauteur est de perpétuer la mémoire de l'audacieuse théocratie qu'avait voulu fonder dans les déserts cette conquérante Société. La partie polémique de l'ouvrage, qui descend quelquefois à la satire, n'est aujourd'hui d'aucun intérêt, malgré la demi-résurrection de la Société. Trop préoccupé de sa haine, l'auteur a malheureusement négligé de jeter du jour sur l'organisation intérieure de ces missions, et d'éclaircir le mystère de cette civilisation improvisée, qui brilla si promptement et fut encore plus promptement éteinte. Mais on remarque dans le poëme brésilien quelques caractères bien tracés et surtout quelques peintures heureuses de cette partie du Nouveau-Monde, où des plaines incultes et monotones s'étendent au loin et où d'uniformes pâturages couvrent l'espace que les forets n'ont pas envahi.
Nous avons été paiticulièrement frappé d'un passage où Basilio da Gama représente la manière dont un chef indien incendie le camp ennemi. L'armée portugaise campait au bord d'un fleuve, au mi« lieu d'une vaste plaine. On était parvenu au temps de la sécheresse, et les roseaux légers que l'humidité du sol fait croître couvraient une étendue de plusieurs lieues. L'Indien pasteur est dans l'habitude de mettre le feu à ces plantes : les roseaux brûlent tant que le vent favorise F incendie , et l'herbe
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qui renaîtsou3 leur cendre nourrit une multitode de bestiaux. C'est Taspect présenté par le désert au moment de l'ipœndie, que le poète va peindre. U avait dû plus d'une fois être témoin de œ spectacle. La nuit est triste; le ciel est chargé de nuages ; on entend au loin le murmure du fleuve et le bruit du vent. Cacambo, le héros indien du poême|.cherdie vainement le sommeil; l'.ombre de G^ y son compagnon, guer^er mort récemment, lui j^parait :
c Fuis dans nos forêts, s'écrie rombre , si ta n'as pas dOB&L de courage pour résister; mais s'il te reste quelque valeur, inoendîe auparavant ces tristes plaines. Que les Portugais paient ton sang et le mien . » D dit et disparaît dans les nuages; il secoue au-dessus des lentes une torche fumante , et signale ainsi son passage par un'sillon de lumière. Llndien courageux s'éveille; il saute hors de son hamac; il saisit sans retard son arc et ses flèches. U foule d^à la terre d^ son poids rapide ; il veut affronter le trépas sur le laige fleuve et le combattre corps à corps. Il a devant lui l'image de son ami , dont il entend la voix. Il suspend à un arbre les plumes qui forment sa parure , son arc, ses flèdies et son carquois retentissant, n se dirige vers l'endroit où le fleuve tranquille étend ses oodes sur l'arène rougeâtre ; il entre dans l'eau jusqu'à la poitrine , lève les mains et les yeux vers le ciel , que la nuit l'empèGhe de vok, et livre son corps aux vagues. Le fleuve de la patrie sait déjà, dans sa grotte limoneuse, quel est le dessein du guerrier : il reldveson urne et veut queses eaux coulent plus lentement. Enfin l'heureux Indien a touché l'autre rive sans être aperçu, n dierche avec précaution l'endroit d'où vient le vent; puis, selon l'usage du pays, fl frotte deux morceaux de bois l'un contre l'autre; il exdCe la flamme, qui bientôt s'attache aux feuilles légènâs et se propage en on moment. Gacambo laisse aux vents le soin de faire le reste. Il fuit celte lumière dangereuse ; mais dès que la flamme commence à édairer la nuit ohscure , il est aperçu par les gardes. Il ne s'en effiraie pas : du haut d'un rocher, il se précipite de nouveau dans l'onde , et va.
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ju4JVft*aia Bables , vigitsr te profondeurB du fleuve. Bn vam dei caris s'élèvent-ils du côté dee Portugafei en vaiii la foule preBsée court-elle au bord du fleuve : l'Indien étend ses bras nwveux ; il fend, en soufflant, les vagues écumantes et, s'arrètant un instant sur les eaux au moyen de ses mains qu'il agite , il tourne le visage , contemple, dans les eaux tremblantes» l'image du furieux incendie et s'applaudit de son ouvrage (4 ). »
Quoique Ton reconnaisse dans ce morceau plus d'une imitation maladroite des anciens poètes épiqnes, il y a cependant dans l'action du sauvage, et dans le paysage sur lequel le récit se dessine , une teinte 4'origipalité que la rhétorique de l'ex-jésuite n'a pu tout-à-fait effacer.
Au reste, il ne Êiutpas croire que ces déserfs incultes et ces inunenses plaines couvertes de roseaux arides «oient un spectacle absolument particulier au Nouveau-Monde. La guerre, l'oppression, la barbarie, ont, à diverses époques, donné la même physionomie à pli^iejurs part;^es de l'Europe. On est frappé de surprise en songeant qu'il y a peu de siècles, les campagnes aujoiutl'hui si riches qui avoisinent Paris offraient un aspect presque aussi sauvage. On peut en juger par un passage du onzième chapitre du livre I*' des Mémoires de Philippe de Comynes que nous allons transcrire en l'abrégeant. Nous espérons qu'on nous pardonnera cette digression, en faveur de la singularité du récit de l'historien. Yoici d'abord le titre :
(4) C<mio Urceiro, v. 63 et suiv.
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c Comment les Bowrguignom, esiomt près de Paris^ attmdtms la bataille, [cuyderent des chardons qu'ilz veirent que ce fussent lances debout. »
. ... « Sur la fine poincte du jour , vint messire Poncet de Rivière devant ledict pont de Charenton , et monseigneur Du Lau d'autre part , devers le bois de Vincennes jusques à notre artillerie , et tuèrent ung canonnier. . . Tost fut armé monseigneur de Charolois. . . Ce bniict d'artillerie faisoit croire de tous les deux oostez quelque grant entreprinse. Le temps estoit fort obscur et trouble , et nos chevaulcheurs , qui s'estoient approchez de Paris , veoient grant quantité de lances debout , ce leur sembloit , et jugeoient que c'estoient toutes les batailles du Roy qui estoient aux champs et tout le peuple de Paris. . . Les chevaulcheurs sailliz de Paris s'approchoient tousjours, pourcequ'ilz veoient reculer les nostres , qui oncores les faisoient mieulx croire. Lors vint le duc de Calabre , là où estoient Testendart du conte de Qiarolois, et la plupart des gens de bien de sa maison pour Taccompaigner, et sa banière preste à déployer...; et là, nous dicta tous ledict duc Jehan : « Or çà , noas sommes à ce que nous avons tous désiré; voylà le Roy et tout le peuple sailly de la ville^ et marchent, comme dient nos chevaulcheurs; et pour ce^ que chascun ait bon vouloir et cueur. . . » Nos chevaulcheurs avaient ung petit reprins de cueur voyans que les aultres estoient foibles : si se raprocherent de la ville et trouvèrent encores ces batailles au lieu où ilz les avoient laissées , qui leur donna nouveau pensement. Hz s*en approchèrent le plus qu'ilz peurent ; mais estant le jour ung peu haulsé et esclarcy, ilz trouvèrent que c'estoient grans chardons. Hz furent jusques auprès des portes et ne trouvèrent riens dehors ; incontinent le mandèrent à ces seigneurs , qui s'en allèrent ouyr messe, et disner: et en furent honteulx ceuix qui avoient dict ces nouvelles j mais le temps les excusa... »
N'esMl pas curieux de retrouver, au temps de Louis XI, entre Paris et Charenton, F image des savanes américaines ?
«OOBOQOOOOOBOOOOOOOOBnOQQOBOOflOOOQOGOGBOOOaOOOMOOOOOOBOOOOOOQOOOOQOOQPOO