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tuga). Mais les chants sans art, dans lesquels se dépose tout ce qu'il y a d'émotions exaltées ou rêveuses en ces contrées, ne sont confiés que bien rarement à récriture.
Quoique José de Santa Rita nous assure dans sa préface que l'amour de la patrie l'a seule engagé à écrire; quoique, dans son poème et dans les notes qui l'accompagnent, il fasse de louables efforts pour mettre en lumière tout ce qu'il a pu apprendre sur les mœurs, les croyances et les traditions des nombreuses tribus brésiliennes, il est généralement loin de nous satisfaire, et même d'égaler le peu que les voyageurs nous ont appris sur ces sujets. Conçoit-on qu'ayant vécu (s'il faut en croire M. de Montglave) toute sa vie au Brésil, ce bonhomme n'ait recueilli lui-même presque aucun fait, et appuie tout ce qu^il avance d'une érudition de seconde ou de troisième main? Dans ses notes (que le traducteur a bien fait de supprimer le plus souvent) on voit que Bruzen de la Martinière ( i ) est sa grande autorité. En vérité, nous avons quelque peine à concilier cette absence de presque toute observation personnelle avec ce que M. de Montglave nous raconte de la vie de Santa Rita Durâo. Nous savions^ et lui-même nous l'apprend, qu'il faisait
(4) José de Santa Rita appelle, on ne sait pourquoi, cet auteur o Padre de la Martinière. M. Bruzen de la Martinière, géographe de S. M. C. Philippe V, est mort en 4749, âgé de quatre-vingt-trois ans, après avoir été marié trois fois.
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partie de Tordre des ermites de Saint-Augustin. M. de Montglave ajoute que cet ordre portait les lumières de TÉvangile dans les profondeurs du désert. Cela est possible; mais^ s'il en est ainsi, comment se fait-il que Durâo ne consigne ni dans ses notes ni dans son poëme les choses merveilleuses et pleines d'intérêt qu'il n'a pu manquer d'apprendre au milieu de tant de courses ? Pourquoi s'en réfère-t-il toujours à l'article espagnol inséré dans la Martinière ? Cela rend un peu suspecte, nous devons le dire, la source où M. de Montglave a puisé ce qu'il nous apprend sur la vie de son auteur. Aucune histoire littéraire, aucune biographie que nous connaissions, n'adonné de notice sur José de Santa Rita, et le peu de faits rapportés par son traducteur est d'une nature assez extraordinaire pour faire naître quelque doute. Nous supposons que M. de Montglave doit cette notice à des renseigne ments oraux ; mais il devait alors le dire , ou , dans le cas contraire , citer ses autorités. Après avoir métamorphosé en roman et coupé en chapitres, à la Walter Scott, la languissante épopée de Santa Rita Durâo , il pourrait bien être soupçonné par quelques lecteurs peu crédules d'avoir étendu ses libertés romancières jusqu'à la biographie de son auteur.
' A vrai dire, si l'on jugeait du poète seulement par son ouvrage, on serait tenté de refaire sa vie tout autrement que ne nous la donne M. de Mont- U. 29
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glave* Suivant lui, Durâo aurait eu k combattre In passions les plus fougueuses et à lutter contre un amour que la religion et la prière purent à peine dompter. Espèce de Fénelon plein de tendresse, Durâo montrerait dans tout le cours de son livre, et même dans les nombreux sermons qu'il a lais» ses (i), un goût faiblement réprimé pour les peintures voluptueuses; et ce combat perpétuel de ses inclinations contre ses devoirs serait, suivant M. de Montglave, un des attraits les plus piquants descwi poème. Nous ne savons si c'est là une illusion de traducteur; mais nous n'avons rien aperçu de semblable dans le Caramurd. Au contraire, les amours de Paraguaçu et l'épisode des Brésiliranes qui suivent Diogo à la nage npus paraissent ce qu'il y a de plus faible et de plus glacé dans le poème. Les ' simples chroniques, où est rapportée la mort de la jeune sauvage qui se noie en suivant le vaisseau qui emportait son amant, sont plus touchantes que le froid narré du poète. Il nous semble évident que le bon ermite de Saint-Augustin a fait et voulu fi^ire un poème théologique ; c'est toujours à l'explication des vérités mystiques et à l'enseignement
(4) Nous ne voyons indiqué qu'un seul sermon de cet auteur, prononcée Leiria à Toocasion de raUentat commis sur la penonne du roi Dom Joseph en M%%. Comment M. de Moatslave, qui eftoon- «fltt un grand nombre , ne nous apprend-il ni le Keu ni la dair dt l'iSipreiston?
ET BRisILIERS. 4^1
des dogmes du christianisme qu'aboutit le trèspetit nombre d'intentions qu'il se permet. Et œ n'est pas à la façon de Dante, de Hilton et de Klopstock, que Durâo fait de la po<teie théologique t c'est à la manière^ et à la manière très-affaiblie, de saint Grégoire de Na^ianze et de saint Paulin, des exemples desquels il s'autorise dans sa pré&ce. Ce* pepdant il lui est arrivé de trouver dans une tradi* tion populaire l'idée d'un épisode religieux qui ne manque ni de poésie ni de grandeur. Il raconte qu'avant la découverte de l'Amérique un moine a été transporté miraculeusem^it au Brésil. Ce messager céleste arrive au moment de l'agonie d'un vieil Indiaa. Par un second miracle, cet Indien aveugle comprend les instructions du missionnaire et reçoit pieusement le baptême avant d'expirer. Changé en une statue de pierre, le sauvage prédestiné est transporté dans l'ile du Corbeau , une des Aiçores» Cette figure placée sur un roc soKtaire, la main étendue v^!*s le Brésil, semblait, avant la dé* couverte de l'Amérique, avertir les Européens qui naviguaioit dans ces parages qu'il existait par*delà l'Océan un monde qui attendait la lumière de l'Évangile (i).
(4) Il existe, dilron, dans la bibliothèque d'un grand seigneur portagaîA un fragment manuserit du eélèbre historien Jean de BarroB sur la découTerte de eette ataine.
{Note deM.de Monlgkwe.)
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Le premier chant, d'où M. Ferdinand Denis avait déjà extrait cet épisode, contient les aventures d'un jeune Portugais qu'une tempête a jeté sur les côtes du Brésil. Menacé d'être dévoré comme ses corn* pagnons par les Indiens , tantôt il les charme par les sons nouveaux de sa guitare, tantôt il les terrifie par le bruit de son mousquet, double prodige qui porte bientôt Diogo Correa à la souveraineté de toutes les tribus sauvages. Le récit de ses dangers, de ses amours et des guerres qui suivent son élévation, excite dans la première partie du poème un intérêt vif et romanesque. Mais dans les chants suivants, le voyage du cacique en Europe avec la jeune Brésilienne qu'il a choisie pour femme, leur présentation à la cour de France, le baptême de Pa* raguaçu, à laquelle Marie de Médicis sert de marraine, tout ce texte, £écond en contrastes si bien saisis par l'auteur des Natchez^ n'inspire que fort peu de traits piquants ou profonds au narrateur brésilien. Le retour de Diogo à la Bahia, comme celui de Robinson dans son île, n'est qu'un horsd'œuvre froid et fastidieux. Il est vrai de dire qu'à défaut 4'incidents et d'action, cette dernière partie abonde en renseignements sur les mœurs, la géographie, l'histoire civile et naturelle du Brésil. Si les premiers chants ont Tiutérêt d'un romau, les derniers ont celui d'im voyage. Mais d'intérêt poétique il n'y en a malheureusement nulle part. Durâo n'est pas seulement dépourvu du génie qui invente
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et qui ordonne; il manque même du talent d'écrire qui rajeunit ce qu'on imite; son style n'a ni la pureté, ni l'harmonie, ni l'éclat qui pourraient seuls faire pardonner des inventions aussi médiocres ; la diction es^ lâche et incorrecte; les vers hérissés d'élisions choquantes. M. de Montglave a donc pu sans scrupule tailler à sa guise dans cette étoffe , qui n'a par elle-même presque aucune valeur. Il a su la rendre quelquefois moins pesante , et lui imprimer une sorte de grâce par des coupures fûtes avec goût. Quelquefois aussi il enjolive son auteur et le surcharge d'une broderie un peu commune.
PosT-scRiPTDM. Gc qui précède était imprimé, quand nous sommes parvenu à nous procurer la BibUotheca historica de Portugal e seus dominios ultramarinoêf nova ediçdo, Lisboa^ 1801, in-4^y dans laquelle nous avons trouvé une notice sur Frei José de Santa Rita Durâo. Cette notice a confirmé pleinement nos conjectures sur la vie fort peu brésilienne de cet auteur. José de Santa Rita, selon le biographe portugais, naquit à Cata Prêta, d'une famille originaire de la Rahia. Il fut reçu docteur en théologie à Coimbre, ce qui prouve qu'il quitta fort jeune son pays natal. Il prêcha en 1758, â LiCiria, se rendit à Rome en 176a, puis revint en Portugal en 1777. L'année suivante , il prononça à l'université de Coimbre un discours, qui fut imprimé celte même année (1778) in-4*. Enfin,
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en 1781, le Caramuni psûtut k Lisbonne. Il nous semble que depuis son arrivée à Coimbre jusqu'à la publication de son poème, il a eu assez peu de temps à donner aux courses apostoliques que son traducteur prétend qu'il a fiaites dans iesprqfbn^ deurs du désert.