‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 96 sur 109 · CHRONIQUE DE GUINÉE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE GUINÉE

PAR GOMBS EANNES DE AZURÀRA (4).

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Malgré les malheurs qui ont progressivement amoindri la fortune du Portugal, ce royaume n'est pas resté en arrière des efforts tentés depuis un demi-siècle, par tous les États européens, pour tirer de la poussière des archives les documents inédits relatifs à leurs annales. Depuis j 779, l'Académie des sciences de Lisbonne a mis et continue à mettre en lumière, avec le plus grand zèle, une série de monuments qui ne sont ni moins nombreux, ni moins importants que ceux qu'ont publiés les diverses compagnies chargées de recherches analogues en

(4) Voioi la traduction complète du titre : Chnmique de la découverte et de la conquête de la Guinée, écrite par Gomes Eannes de Azurara , pabUée pour la première fois par M. le V^* da Garréini » précédée d'une introduction et accompagnée de notes par M. le y** de Santarem , avec un g^lossaire pour l'éclaircissement deâ mots hors d'usage (par J. I. Requête); Paris , Aillaud , 4 844 , 4 vol. in-S».

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France, en Belgique, en Piémont, etc. Il est vrai que, dans aucun autre pays peut-être, la matière de ces publications n'était aussi abondante qu'ai Portugal. Ce nid de hardis marins, qui s'est maintenu, pendant près d'un siècle, au rang de puissance de premier ordre; ce petit et glorieux royaume, qui a passé aux yeux des peuples de l'Orient pour la capitale de rEurope, arrêté dans le cours de ses prospérités par le désastre d'Alcacer-Kébir, alors qu'une foule d'historiens éloquents achevaient à peine de tracer le tableau de ses yictoires d'Afrique et d'Asie, se trouva, depuis i58o jusqu'à la restauration de 1640, condamné, par la conquête espagnole, au silence aussi bien qu'à l'inaction. De là ces nombreuses relations historiques des xv" et xvi*' siècles, restées forcément manuscrites, et qui n'ont pu voir le jour que longtemps après leur composition.

La chronique de la découverte de Guinée, que M. le vicomte da Carreira, ambassadeur de Portugal en France, vient de transcrire et de publier à Paris, où se trouve le manuscrit original, est une de ces précieuses reliques du xv* siècle. Composée en i45!2, elle éclaire d'un témoignage contemporain un des plus importants chapitres de l'histoire de la navigation moderne. Cette chronique contient le plus ancien récit des expéditions dirigées par les caravelles portugaises sur les cotes occidentales de l'Afrique, depuis l'année i4i8 , et , plus spéciale-

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ment, depuis i433 jusqu'à 144^ (i). Or ces expéditions, inspirées et conduites par le génie de l'illustre infant dom Henri, ouvrent la série de découvertes qui nous ont enfin appris à mieux connaître l'étendue de ce globe que nous habitons et sur la configuration duquel on n'avait encore acquis, au milieu du xv* siècle, que des notions fort impar£aites.

Le manuscrit d'Azurara, que possède la Bibliothèque royale, est un petit in-folio, sur vélin, de j 59 feuillets à deux colonnes, d'une belle exécution calligraphique. Les premières pages contiennent une lettre datée du !à3 février 1 4^3, et qui porte pour suscription : « Lettre que Gomes Ëanes Dazu* rara (a), commandeur de l'ordre de Christ, a écrite au seigneur roi , en lui envoyant ce livre. » Suit la table des chapitres, au nombre de quatre-vingtdix-sept. Ici se trouve placée une grande miniature représentant l'infant Dom Henri. M. AiUaud , en éditeur soigneux, a eu l'heureuse idée de la faire lithographien mais, quoique cette copie soit satisfaisante, on ne peut, cependant, à la vue de l'original, s'empêcher de souhaiter que le burin, et surtout le pinceau, se hâtent de reproduire complètement

(4) Cadamoeto n'entreprit, avec les vaisseaux de Tlnfani, i'ez* pédîtion dont il nous a laissé le récit , qu'en 4 455.

(2) Dans le dernier chapitre de la Chronique, l'auteur se nomme une seconde fois , mais avec une varinote qu'il faut noter, Gomes Banes de Zfirara.

cette excellente peinture, avant que le temps et les mains profanes aient achevé d^en effacer la vie qui semble encore Faniraer. Vient ensuite le corps de Touvrage, précédé d'une rubrique ainsi conçue : « Ici commence la chronique où sont écrits tous les faits notables qui se sont passés en la conquête de Guinée par ordre de très-haut et très-honoré princeet très-vertueux seigneur TinfantDom Henri, duc de Viseu et seigneur de la Covilhàa, grandmaître et gouverneur de Tordre de Christ, etc.. » Tje volume se termine par les lignes suivantes : « Cette œuvre a été achevée le dix-huitième jour de février, dans la bibliothèque (liffrarya) que le roi Dom Alfonse a faite à Lisbonne. Ce premier volume a été écrit par Jean Gonçalves, écuyer, et écrivain des livres dudit seigneur roi... Tan du Christ

HCCCCLIII. »

On voit que ce volume n'est que la première partie de l'histoire de la conquête de Guinée. Le chroniqueur déclare, en effet, dans son avant-dernier chapitre, que, s'il a cru devoir terminer le premier livre à l'an 14489 époque de la majorité du roi Dom Alfonse, il se propose d'en composer un second, et de conduire son récit jusqu'à la fin des découvertes. L'auteur des excellentes notes historiques et géographiques qui accompagnent le texte imprimé, M. le vicomte de Santarem, expose (page 456) les raisons qui le portent à croire que la continuation promise par Azurara n'a point été écrite.

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Cependant y les mêmes circonstances singulières qui ont ^ comme nous allons le dire ^ dérobé jus-^ <]u'à nosjoursy le premier volume de cette histoire aux regards du monde savant, ne peuvent-elles pas tenir cachée au fond de quelque bibliothèque la seconde partie de l'ouvrage, que Fauteur, encore vivant et garde des archives de Lisbonne en 1 47^9 a eu tout le loisir de composer?

La destinée du manuscrit qui nous occupe est vraiment surprenante. Exécuté avec beaucoup de luxe, et déposé dans la bibliothèque d*Alfonse V, ce livre ne se trouvait déjà plus en Portugal au milieu du xvi"* siècle. L'illustre Jean de Barros, qui transait souvent dans ses Décades des passages de cette chronique, se plaint de n'en avoir possédé que des fragments sans suite et sans ordre (i). Damiào de Goes n'a même pu se procurer ces lambeaux informes dont Barros s'était servi (2). Enfin, les hommes les plus versés dans la littérature de la Péninsule avaient perdu les traces et presque le souvenir de cet ouvrage. L'Académie des sciences de Lisbonne elle-même, dans la notice qu'elle a consacrée à Azurara, au tome second de sa collection des livres inédits relatife à l'histoire du Portugal, ne cite point la chronique de Guinée dans la liste qu'elle donne des œuvres de cet écrivain. Ce

(4) Barros, Dec. I, liv. II, c. 4.

(f) Damifto de Goes, Ckron. do prine. D. Joào , e. vi , p. 9.

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n'est que vers la fin de Tannée 1 837, que M. Ferdi* nand Denis, feuilletant le supplément du catalogue des manuscrits français et étrangers de la Bibliothè.-» que royale, remarqua un titre ainsi conçu : « Chronique de la conquête de Guinée, in-folio, en portugais, n^ 236. » Il eut la curiosité de voir ce livre et trouva, dans les premières lignes du premier feuillet, le nom de Gomes Eannes d'Âzurara. Grâce aux informations qu il donna sur-le-champ, et qu'il a depuis consignées dans un livre intitulé Chro» niques chevaleresques de V Espagne (i), la littérature portugaise est rentrée en possession de ce précieux document.

n serait difficile de tracer avec certitude F itinéraire que ce beau volume a dû suivre pour arriver , de la librairie d' Alfonse Y, dans la Bibliothèque royale de France. Il fut acquis le la août 1 740 par cet établissement, avec d'autres manuscrits qui avaient appartenu au maréchal d'Estrées (a). On lit, sur une des pages restées en blanc au commencement du volume, le nom de Francisco de Solis, et, à la fin du volume, la note suivante écrite en espagnol : « Cette chronique de Guinée a fait partie de la bibliothèque du seigneur Dom Juan Lucas Cortes (que Dieu ait son âme), membre du conseil royal de Castille, l'an \^o%. » Nous

(4)T. II,p. 42 6tsuiv.

(2) Voy. /iM;u6 deHihliographUanaXyHq^^^yàiiym 1842.

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