‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 98 sur 109 · DE GUINÉE · texte numérisé non relu

DE GUINÉE

sur la foi de Marc Paul, on supposait exister dans rinde, et qui préoccupait toutes les imaginations sous le nom de royaume du Prêtre Jean (1). Sans doute^ des pensées moins désintéressées, des espérances moins chimériques agissaient sur les intrépides et grossiers marins qui servaient les desseins de l'Infant ; une passion effrénée du gain fiit trop évidemment, comme nous le verrons, presque leur seul mobile ; mais il n'en était pas ainsi des principaux chefs, ni surtout de Dom Henri. Il est impossible de ne pas reconnaître dans l'âme de ce grand homme le plus admirable assemblage des lumières du savant, de l'énergie du patriote et de l'ardente charité du missionnaire chrétien .

Je ne crois pas pouvoir mieux faire connaître cette époque singulière de progrès scienti&que et de foi naïve, qu'en traduisant quelques pages de cette chronique, qui feront apprécier, d'ailleurs, autant que le peut une traduction, le mérite de Gomes Eannes d'Âzurara comme écrivain.

comEifT l'auteur donne les raisons de la pitié qu'il éprouva POUR les captifs, et comment se fit le partage. (2)

c 0 toi , père célesto , qui , de ta main puissante et sans mouvement de ta divine essence, gouvernes Tinnombrable population de ta cité sainte; toi, qui tiens immobUes tous les essieux des mon-

(4) Chronicade Guini, cap. vu, p. 46 et 47. . (2) Une partie de ce morceau a été traduite par M. Ferdinand Denis dans ses Chronique$ chevaleresques de V Espagne et du Por-

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des supérieurs , qui sont séparés en neuf sphècas: toi , qui «llcmges ou abrèges à ton gré le cours des âges ; que mes larmes , J9 t*en supplie , ne pèsent point comme une faute sur ma conscîeDoe , car ce n'est pas à cause de la loi qu'ils suhrent, mais à cause de leur condition d'bommesque je me senscoitbrainl déverser despleon sur leurs peines. Certes^ si les animaux^ dans leur sentiment brutal , compatissent, par un instinct naturel, à la souffrance de leurs semblables, que veux-tu que je fesse, moi, avec mes sentiments d*homme , lorsque j'ai devant les yeux cette troupe misérable , el que je me rappelle qu'elle est de U génération des fib d'Adam? « Le lendemain , huitième jour du mois d'août (4 iii) , de grand matin à cause de la chaleur, les marins commencèrent à préparer leurs bateaux et à y faire descendre les captifs , comme il leur avait été ordonné. Quand ils forent tous rasaemUéadansle diamp qui eat hors de la ville , ce fut un merveilleux spectacle ; car, s'il y avait parmi ces Maures quelques hommes d'une raisonnable blancheur, beaux et bien proportionnés , il y en avait de moins blancs , d'autres presque mulâtres ; et même il y en avait plusieurs ausâ noîn que des Éthiopiens et d'une si affreuse difformité tant de visage que de corps , que ceux qui les regardaient pouvaient penser qu'îb avaient sous les yeux des images de l'hémisphère inférieur (de l'enfer). Mais quel eût été le cœur assez dur pour n'être pas touché de compassion à la vue de cette troupe? Les uns avaient la téta basse et leur visage était baigné de lames quand ils se regardaient; les autres gémissaient douloureusement, et, levant les yeux au ciel et les y tenant fixés, jetaient des cris i^aintiis , comme 8*ils avaient demandé du secours au père de la natore ; d'autrea se frappaient le visage avec leurs mains et se jetaient à plat sur la terre ; plusieurs se lamentaient en manière de chant , suivant l'usage de leur pays ; et , bien que leurs paroles ne fassent pas inl^

tttgal, t. II, p. 44-49. Je me suis cru obligé d'adopter dans plusieurs passages , un sens différent du sien. J m exposé mes raisiMis dans des notes ûu Journal des Savants, que je ne crois pas nécessaire de reproduire ici, non [dus que diverses observations sor le texte.

ligiUeB peoT nous , eUeà eoEprimaieiit bien dairemeit FeKcès do leur UÎBteiBe. Mais vrâci que , pour mettre le comble à leur doiilear , surviennent ceux qui étaient chargée de faire le partage. Ils commencent à les ékrigner leeuns des autres, car, pour rendre les parts égales , il était indispensable de séparer les fils des pères , les femmes des maris , les frères des frères. On n'avait point égard aux heos qui unissaient les parents ou les amis; il fallait que diacun allât où renvoyait le sort. 0 puissante fortune , qui diriges ta roue dans tous les sens et qui donnes aux choses de ce monde la mesure qu'il te plaît, (mets, du moins, devant les yeux de ces pauvres créatures quelque connaissance des choses dernières, pour qu'elles puissent recevoir un peu de consolation dans leur détresse I Et vous qui travaillez à ce partage , jetez un regard de pîtié sur tant de misères 1 voyez comme ils se serrent les uns contre les autres , de sorte que vous pouvez à peine les désunir ! Qui pourrait accomplir cette séparation sans une extrême douleur ? Car, dèe qu^on avait mis les pères d'un côté et les fils d'un autre , ceux-ci s'élançaî«it de toute leur force et couraient vers eux. Les mères serraient leurs enfants entre leurs bras et se jetaient contre tare pour les couvrir de leurs corps. Elles allaimit au-devant des blessures sans pitié pour leur chair, afin d'empêcher qu'ils ne leur fussent arrachés. Aussi eut-on grand'peine à finir le partage j parce que , outre le travail que donnaient les captife , le champ était rempli de gens , tant du lieu que des villages et des districts voisins , qui laissaient ce jour-là reposer leurs bras , où réside ,' cependant , tout leur espoir de gain , uniquement pour voir cette chose si nouvelle , devant laquelle les uns pleurant , les autres élevant la voix , faisaient un si grand tumulte qu'ils jetaient le trouble parmi ceux qui s'occupaient du partage. L'Infoit était là , monté sur un poissant dieval et accompagné de ses gens , répartissant ses grâces comme un homme qui , pour sa part , ne s'embarrassait guère d'amasser un grand trésor. En effet , il distribua sur4e-champ les quarante-six âmes qui lui étaient échues pour son cinquième. On voyait bien que sa principale richesse était en sa volonté accomplie. C'était , effectivement, pour lui une ineffable satisfaction que de contempler le salut de ces âmes , qui , sans lui , auraient été à jamais perdues. Et, certainement, cette pensée n'était pas vaine ; car, comme nous l'avons

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dit , dès que ces étrangers avaient acqais la connaissance de notre langue , ils se faisaient chrétiens sans eiforl. Et moi , qui ai réuni ces histoires dans ce volume, j*ai vu , dans la ville de Lagos, de jeunes hommes et de jeunes filles , fils et petits-fils de ces capli& , venus au monde dans ce payd-ci, aussi bons etaussi véritables chrétiens que s'ils descendaient , depuis le commencement de la loi de Jésus-Christ, de génération en génération , de ceux qui les premiers reçurent le baptême.

« Cependant les larmes que versaient alors les captife étaient très-abondantes , surtout quand le partage fut achevé , et que chacun prit possession de son lot. Quelques-uns vendirent leur part d'esclaves , que les acquéreurs emmenèrent dans d'autres endroits. Il arriva de là que le père restait à Lagos , pendant que Ton conduisait la mère à Lisbonne et le fils dans un autre lieu. Cette seconde séparation doublait leur désespoir. Ceux, au contraire, qui restaient ensemble se trouvaient moins malheureux , car le proverbe a dit '.'SokUio est miseris socios haberepoenairwn. Cependant ils ne tardèrent pas à acquérir la connaissance du pays et à y trouver une grande abondance. Comme ils se mcmtraient beaucoup moins endurcis dans leur croyance que les autres Maures, et qu'ils venaient de bon gré à la loi de Jésus-Christ , on les traitait avec douceur, et Ton n'établissait aucune difiérence entre eux et les serviteurs hbres nés en Portugal. Il y a plus : on faisait apprendre des métiers à ceux qu'on adietait dans un âge encore tendre ; on mei-> lait en liberté et on mariait à des femmes du pays ceux en qui Ton avait reconnu de l'aptitude à gérer les biens, et on leur donnait une bonne dot, comme si ces esclaves eussent été remis par la propre volonté de leurs père et mère à ceux qui les mariaient ainsi , ou que les maîtres se crussent obligés à cette libéralité , pour reconnaître ce qu'ils devaient â leurs bons services. On vit des veuves honoraUes , qui avaient acheté de jeunes captives , les traitocomme leurs £lles , et leur laisser par testament une partie de leur fortune ; de sorte qu'elles purent faire , par la suite , de très-bons mariages , étant considérées absolument comme des femmes libres^ Qu'il me sufBse de dire que je n'ai jamais vu mettre à aucun de ces captifs des fers conmie aux autres esclaves, et que je n'ai connu aucun d'eux qui ne se soit fait chrétien , et qui n'ait été très-dou-

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€8inent traité. Plusieurs fois, j'ai été invité par des maftres à assister au baptême et au mariage de ces étrangers, et , dans ces occasions , ceux dont ils étaient naguère les esclaves ne déployaient pas moins d'appareil que ^'il se fût agi de leurs fils ou de leurs parents. Aussi ces captifs se trouvèrent-ils bientôt dans une situation >ien différente de Tétat de perdition de l'âme et du corps où ils vivaient dan| leur pays. Leurs âmes , quand ils étaient païens , étaient privées de la clarté de la sainte foi ; vivant comme des brutes, leurs corps étaient dépourvus des avantages dont jouissent les créatures raisonnables. Us ne savaient ce que c'était que le pain et le vin ; ils ne connaissaient ni les étoffes pour se vêtir, ni l'abri des maisons; et, qui pis est, leur ignorance était si profonde, qu'ils n'avaient aucune notion du bien , et ne savaient que vivre dans une oisiveté bestiale. Lorsque, à leur arrivée dans notre pays, on leur eut fait prendre des mets artificiels , et qu'on leur eut donné de quoi se couvrir, leur ventre se mit à enfler, et ils devinrent souffrants et malades jusqu'à ce qu'ils se fussent habitués au climat. Quelques-uns , cependant, ne purent supporter ce changement de régime et moururent, mais chrétiens. Quatre choses dis» tinguaient ces captifs des Maures pris dans nos parages. La première , c'est qu'une fois arrivés en Portugal , jamais ils ne cherchaient à s'enfuir. Au contraire , ils ne tardaient pas à oublier tout à fait leur pays , à mesure quMls apprenaient à mieux connaître la bonté du nôtre. La seconde , c'est qu'ils se comportaient en serviteurs loyaux y soumis et sans malice; la troisième , qu'ils étaient moins enclins que les autres à la luxure ; la quatrième ,* enfin , qu'après avoir pris l'habitude de se vêtir, ils mettaient dans leur toilette une grande recherche , au moins intentionnelle. En effet , ils aimaient beaucoup les habits de couleur tranchée ; et telle était leur passion pour la parure, qu'ils ramassaient les franges qui tombaient des vêtements des habitants de ce pays , et les cousaient aux leurs , comme si c'eût été la chose la plus élégante du monde. Enfin , le mieux était qu'on pouvait , onnme je l'ai dit , les diriger facilement vers le chemin de la foi ; et que, après y être entrés , ils s'attachaient à la véritable croyance , dans laquelle ils finissaient leurs jours. Or voyez quelle récompense doit être celle de Tlniant en présence de notre Seigneur Dieu , pour avoir amené ainsi au H. 34

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véritable salut non-seulement ces captifs , mais une foule d'autres , dont il sera fait mention dans la suite de cette histoire ! i>

La chronique de Guinée est écrite presque tout entière de ce ton simple, grave, quelquefois pittoresque. Ce qui ajoute à l'intérêt des récits, c'est qu'en beaucoup d'occasions, et particulièrement en ce qui se rapporte à l'Infant, l'historien peut dire, j'ai entendu, j'ai vu. Il était notamment dans le palais de Dom Henri , le jour où quelques capitaines y amenèrent de pauvres habitants des Canaries , enlevés par trahison , et que ce prince fit reconduire dans leur île avec des présents (i).

Je dois, avant définir ce qui concerneDom Henri, consigner ici un doute, que je suis un peu surpris d'émettre le premier. Dans les dernières lignes du fragment qu'on vient de lire, on a pu remarquer que l'auteur exalte les mérites de l'Infant en présence de Dieu, de manière à faire croire que ce prince jouissait déjà, dans le ciel, de la récompense de ses vertus. Ce passage n'est pas le seul, dans la chronique , qui puisse suggérer la même idée. Le second ôhapifre, intitulé Invocation de Hauteur^ semble, d'un bout à Fautre, être adressé à la mémoire ou à l'âme bienheureuse du pieux In* ixoX. Dans les chapitres v et vi, pleins de réflexions

(4) CiW^omcadtf G\wnéy cap. Lxn^p. 332-334 , et cap. lxxxviii, p. 413.

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édifiantes sur les mérites de Dom Henri, Azurara, en énumérant tout ce que l'Infant a fait pour le service de Dieu et l'honneur du royaume, emploie constamment la forme du passé. Il va même jusqu'à parler de la sépulture de ce grand et honoré duc ( i ) • Or, la chronique de Guinée porte, comme je l'ai dit, la date du mois de férrier i453 sur son premier t^omme sur son dernier feuillet. D'une autre part, tous les historiens, et Azurara lui-même dans sa chronique du roi Alfonse Y, retouchée par Ruj de Pina, s'accordent à dire que l'infant dom Henri est mort à Sagres, au mois de novembre 1460. Il est vrai que Ruy de Pina ajoute que ce prince avait alors cinquante-sept ans, ce qui est inconciliable avec la date de 1460, l'Infant étant né le 4 mars 1394* Il £siut donc qu'on se soit trompé sur Taiinée de la mort de Dom Henri, ou que les historiens aient employé une ère différente de celle de la chronique de Guinée, ou que je m'abuse sur le sens et la portée des passages que je signale. Je ne prétends pas, assurément , qu' Azurara ait dit en termes formels , que Dom Henri fût mort quand il écrirait ; mais, dans les endroits que j'indique^ il n'y a pas une seule des expressions de l'écrivain qui ne le suppose. Enfin, je le demande, est-il croyable que, dans un livre fait en l'honneur d'un prince vivant, on lui parle à plusieurs reprises de sa sépulture ?

(1) Ckronioade Guinéy cap. vt, p. 43. ^

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Puisque j'ai prononcé le mot de sépulture, je dois dire que celle de TlnÊint subsiste encore aujourd'hui. On peut la voir, quoiqu'un peu d^radée, dans le monastère royal de la Batalha (i), bâti, comme on sait, par Dom Jean I*, en mémoire de la victoire d'Aijubarrota. Les gravures ajoutées à la description de ce monument (description que Murphy a extraite et traduite de l'histoire de sain t Dominique, de Frei Luiz de Souza) peuvent donner une idée assez exacte de cette abbaye et, en particulier, de la chapelle qui contient les restes de Dom Jean F*, de sa femme et de leurs quatre fils. Le mausolée royal occupe le centre de la chapelle : les tombes des quatre infants sont adossées au mur du fond. On remarque, couchée sur une de ces tombes, Teffigie d'un guerrier vêtu de son armure et la tète nue ; cette statue de pierre est celle de Dom Henri. Au-dessous est tracée la fameuse devise, qu'il a si bien justifiée : ialant (a) de bien faire,

(4) Le monastère de la Batalha a souffert du tremblemeiit de terre ^ 4755, et plus enoore de la présence des troupes anglaises et françaises.

(2) Ces mots sont écrits de cette façon et en lettres d'or, au-dessous du portrait de Tlnfant, en tète du manuscrit de la BibiioClièque royale. Candide Lusitano (Francisco José Freire), qui a inséré répitaphe de Dom Henri dans l'histoire de ce prince , écrit UMaA, ainsi que Frei Luiz de Souza {fiiitxi/na de S, Donungos^ part. I, liv. VI, cap. 45). —D faudrait voir le tombeau de Dom Henri, pour décider si cette orthographe appartient au monument, ou si elle ne vient pas plutôt de l'inattention des deux auteurs.

DB GUINEE. 4^5

Pliis bas sont trois écussons. Le premier contient les armes de Portugal unies à celles du prince; le second la croix et le collier de l'ordre de la Jarretière ; le troisième la croix de l'ordre de Christ.

Frei Luiz de Souza a cru trouver, dans un orne ^ ment architectural de ce tombeau, un argument à Fappui d'une opinion historique queje crois fausse. Quelques personnes pensent. que Dom Henri, nommé par Âzurara(i), le prince sans couronne^ fut cependant élu roi de Chypre. Frei Luiz de Souza voit une preuve de cette royauté dans la couronne qui décore, suivant lui, la tête de la statue couchée sur le tombeau. Or, en examinant, dans l'ouvrage de Murphy, la gravure du mausolée, on ne voit sur la tête de ce prince , rien qui ressemble à une couronne. Ce qui a pu induire en erreur, c'est im petit dôme de pierre à jour qui surmonte la tête de Dom Henri et s'étend sur son visage comme une visière decasque {p). M. leV'de Santarem a, d'ailleurs, très-bien démontré que l'In- Ëint n'a pu être élu roi de Chypre, et que ceux qui ont voulu accréditer cette opinion ont vraisemblablement confondu Henri^ prince de Galilée, fils de Jacques I", roi de Chypre, avec Henri, fils de Jean I*, roi de Portugal (3).

(h) Chronica de Guinéj cap. iv, p. 20.

(2) Voy. Murphy, Plans, ekvaUons, etc., ofthechurch ofBor talhay in-fol*.

(.3) Ckronica de Guinéy cap. iv, p. 20, not&l.

486 CHRONIQUE 0B GUIETÉB.

U nous reste à examiner les découvertes £sûtes sur divers points du littoral de l'Afrique occidentale par les capitaines de Dom Henri, et à voir comment ces expéditions, entreprises dans un but de philan* thropie chrétieime, ont donné naissance à une des plaies du genre humain, à la traite des nègres et à toutes ses suites odieuses et anti-chrétiennes.

oQOOjOJOOosoBoooQOOooawaMoawoaeBooaooaoooooQBOoooflftoooooooooooMOOWo»

CHROINIQUE DE GUINÉE.

bécOUVBRTB DBS CÔTBS DE L*AFRIQUB OGGIDBNTALB.

. Jcurnot é4$ Sa^tmU , dicroibra i84i.)

On vient de voir combien Gomes Eannes d' Azurara a déposé dans sa Chronique de Guinée , de précieux et intimes renseignements sur les travaux et les vertus de l'infant Dom Henri; mais cet écrivain |ie s'est pas contenté de nous mettre dans la confidence des pensées , plutôt jusqu'ici devinées que bien connues , du précui*seur de Yasco da Gama et de Christophe Colomb; il ne s'est pas borné à nous raconter les veilles savantes de Tln^ fanlii ses jeûnes austères, ses études inâU;igables f son célibat rigide, cette réunion , enfin, d'entbou*siasme et de science , de dévotion et de pbiloso* phie , d^ patience et d'activité , qui Sont de ce créateur des connaissances hydrographiques et nautiques en Europe, une des plus originales et, à la fois^ des plus nobles figures du xv* siècle. Après nous avoir montré dans ce prinee, Tàme, en quelque sorte, de ces vastes entreprises qui devaient amener, en moins d'un siècle, la découverte de plus de la moitié du globe, Gomes Eannesd Azu*

488 DKGOCVBRTE I«S COTES

rara s'est appliqué à nous faire connaître les hommes plus ou moins habiles, plus ou moins désintéressés, instruments de ces grands travaux, tous gens de cœur et de tête, qu'il a connus personnellement pour la plupart ( i), et qui, sans avoir été guidés, à beaucoup près, par des motifs aussi respectables que ceux qui dirigeaient leur maître, méritent, néanmoins, une part dans l'estime pid)lique et un souvenir de l'histoire.

Le premier des capitaines de l'Infant qui encra avec succès dans la carrière des découvertes est Gil Eannes, né à Lagos, écuyer de Dom Henri, et élevé, comme presque tous ceux qui suivirent son exemple, dans Fécole et le palais de Sagres. Commandant une simple barque, il essaya d'abord vainement, en 1433, de dépasser les îles Canaries. Plus hardi ou plus heureux l'année suivante (1434)» et ayant reçu de Dom Henri une boussole, des cartes et les instructions les plus précises , Gil Eannes parvint à doubler le cap Bojador, qu'aucun marin n'avait encore osé franchir, et rapporta à Sagres, en témoignage de la terre nouvelle qu'il avait touchée, et où il n'avait pas rencontré d'habitants ,

(4 ) Aziirara nous apprend (cap. xxx, p. 4 66, et cap. xxxiy , p. 4 73), qa'il composa la Chronique de Guinée, non-seulement sur les meilleurs dociunents écrits, notamment sur Thistoire inédite d'Alfonse de Gerveira, mais encore sur les récits des descohridores eux-mé mes , dont il atait oonnii et consulté plusieurs.

DE l'âFRIQUI OCCIDEITTALE. ^SQ

quelques plantes tropicales, entre autres, des roses de Sainte Marie.

Enchanté de ce premier succès, qui, après quinze ans d'infructueux efforts, venait confirmer ses prévisions, l'Infant se hâta d'armer un barinel, espèce d'embarcation à rames, dont il confia le commandement à son échanson, Alfonse Gonçalvez Baldaya, que Gil Eannes fiit chargé d'accompagner avec sa barque. Us doublèrent de conserve le cap Bojador et prirent terre à cinquante lieues au-delà, dans une baie qu'ils nommèrent Yanse dés Rougets. Us aperçurent, cette fois, sur le sable des pas d'hommes et de chameaux; mais ce renseignement fut le seul résultat de leur voyage. L'Infant les chargea d'une seconde expédition, en i436, et leur recommanda d'aller aussi loin qu'il leur serait possible et de ne rien épargner pour s'emparer de quelques naturels ; car la double pensée de Dom Henri était toujours de découvrir de nouvelles terres et de sauver des âmes. Alfonse Gonçalvez et son compagnon poussèrent jusqu'à cent vingt lieues au-delà du cap Bojador et jetèrent l'ancre dans une baie qu'ils nommèrent plus tard la baie des Chei^aux. Là, Alfonse Gonçalvez, ayant fait descendre à terre deux jeunes gens de l'équipage, leur ordonna de reconnaître à cheval l'intérieur du pays. Ces jeunes cavaliers, qui n'avaient guère plus de dix-sept ans, firent environ sept lieues dans les terres, en côtoyant les bords du fleuve. Parvenus à

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