‹ Causeries et nouvelles causeriesChapitre 19 sur 29 · LE BATEAU A VAPEUR · texte numérisé non relu

LE BATEAU A VAPEUR

Il est de ces distances sociales qu'il nous faut souvent oublier, surtout lorsque le hasard se plaît à mettre à notre niveau ceux que nous regardons comme nos inférieurs. Au champ d'honneur et sous la mitraille, tout jeune conscrit, pauvre et d'une obscure naissance, est régal du fils de famille qui combat à ses côtés. Les jeunes aspirants de la marine, sur un vaisseau de ligne, ne se font distinguer que par leur bravoure et leur adresse à la manœuvre. Tous les élèves d'un lycée jouissent des mêmes prérogatives, et, dans leurs jeux, comme dans leurs exercices scolastiques, ce sont les plus inteUigents et les plus laborieux qui seuls occupent les premiers rangs. Mais c'est surtout dans les endroits publics, où chacun paie un prix égal; c'est au temple où Ton prie, aux promenades publiques où l'on se presse, aux salles de spectacle où l'on s'entasse, enfin c'est sur les bateaux à vapeur où nulle place n'est réservée, où tout voyageur essuie également les éclats de

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Toragequi survient elles atteintes des flots agités, qu'on acquiert celte conviction que cliaque être tient son coin sur la lerre.

Une anecdote assez remarquable, dont je fas le témoin, il y a quelques moi?, sur le bateau à vapeur de Paris à Melun, prouvera la vérité de ce que j'avance, et pourra servir de leçon aux jeunes présomptueux qui s'imaginent que, partout où ils se trouvent, on doit rendre hommage soit au nom dont ils ont hérité de leurs ancêtres, soil à l'opulence qu'ont acquise leurs parents dans le commerce ou dans la banque.

J'étais parti de Paris par une belle matinée du mois d'août, dans une de ces embarcations nouvelles qui franchissent, même en remontant le cours du fleuve, de longues distances en peu de temps, et vous font parcourir les belles rives de la Seine avec une rapidité qui vous laisse à peine le loisir d'examiner les sites ravissants et les belles habitations qui passent devant vos yeux comme les figures d'une lanterne magique. Les vacances venaient de s'ouvrir dans les lycées de Paris; et plusieurs jpunes élèves, qui voguaient avec moi sur le fleuve, exprimaient par leur hilarité le bonheur qu'ils éprouvaient d'aller revoir le foyer paternel et tout ce qui devait leur rappeler les jeux de leur enfance. De mon côté, je prenais un grand plaisir à faire une étude particulière de ces jeunes lauréats; et bientôt reconnu par un des voyageurs, qui me nomma, j'eus l'inexprimable jouissance d'être salué par ces lycéens, comme un des auteurs dont ils aimaient à parcourir les écrits. « Oh ! combien je rends grâce au hasard qui me fait

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