VI INTRODUCTION
Le découragement s'emparait de moi; j'allais me résoudre à la honte de ne point remplir la promesse que j'avais faite à des femmes distinguées et dans un des cercles les plus brillants de Paris, lorsque au mois de mai dernier je reçus une seconde provocation, plus puissante encore que la première. Je me fais un devoir de la décrire avec fidélité.
Depuis que je m'étais engagé au nom de ma fille à composer de nouveaux contes pour la jeunesse, j'allais cherchant partout mes charmants modèles ; je parcourais les lieux publics où je rencontrerais des réunions d'adolescentes qui pourraient m'ofîrir quelques traits à saisir, quelques portraits à faire. Assis, vers le déclin d'un beau jour du printemps, sur un banc isolé du bois de Boulogne, je fus distrait de ma rêverie par les cris joyeux d'un grand nombre de jeunes filles que j'apercevais à travers des rameaux de verdure, se livrer aux jeux de leur âge. On eût dit un essaim de papillons se disputant une fleur nouvelle. Je m'avance avec précaution, dans l'espoir de recueillir de ces mots de nature, de ces premiers élans du cœur dont je me proposais d'orner mes nouveaux récits. Déjà même je thésaurisais en silence, lorsqu'une dame aux dehors imposants et au plus gracieux langage s'avance vers moi, me nomme à ses nombreuses élèves, et m'invite à venir au milieu d'elles, en me disant : «Vous serez dans votre famille. Il n'est pas une seule de ces demoiselles qui ne connaisse vos ouvrages; et je saisis avec empressement l'heureuse occasion de leur montrer leur ami... » A ces mois je suis entouré d'environ trente jeunes personnes.
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dont les regards attachés sur moi, les chuchotteries à Toreille et les gestes expressifs me font éprouver une e ces émotions qu'on n'échangerait pas contre la plus vive jouissance. M"*^ D***, directrice d'une maison d'éducation très-renommée dans Paris, me fait alors asseoir auprès d'elle sur un tertre de gazon , et me présente l'une après l'autre ses charmantes élèves, qu'elle me nomme, et qui toutes appartiennent à d'honorables familles. « Oh ! j'ai parfaitement reconnu monsieur, dit l'une d'elles; j'eus l'honneur de le rencontrer l'hiver dernier chez la comtesse de M***, amie intime de ma mère; et monsieur doit se souvenir qu'il promit à ces dames de nous faire de nouveaux contes. — Eh quoi ! mademoiselle serait la fille de cette dame si distinguée...
— Dont vous reçûtes le gage touché qui contenait les cheveux de votre chère Flavie, au nom de laquelle vous avez juré de faire pour nous ce que vous avez fait pour elle. — Nous vous aimerons toutes comme elle vous aimait! s'écrie une petite blonde de huit à neuf ans. — Et si le ciel vous l'a ravie, chacune de nous vous la rendra, ajoute une autre élève d'environ quinze ans, et rougissant déjà d'avoir exprimé sa pensée. — Soyez notre ami, comme vous fûtes celui de nos mères ! disent à la fois un grand nombre de ces charmantes jeunes filles.
— Vous ne pouvez pas me refuser, ajoute la plus belle : je me nomme Flavie. » Ce dernier trait pénétra si avant dans mon cœur, que je saisis involontairement la main de cette ravissante créature , et la couvris de baisers mouillés de pleurs paternels. Je prie aussitôt la dame institutrice d'excuser cette indiscrétion dont je n'ai pas