VIII INTRODUCTION
été maître; et cette femme aimable, qui sans doute connaissait l'irrésistible pouvoir de la nature, non-seulement approuve cet épanchement d'un père malheureux, mais cherche à me rendre Tenlière illusion que m'avait fait éprouver son élève, en m' accordant l'honneur de l'embrasser.
Je pris donc de nouveau l'engagement d'écrire encore pour la jeunesse ; et cette fois un grand nombre de sujets se sont présentés à mon imagination. Peu de jours après j'ai commencé ces Causeries d'un Vieillard, que j'offre aux mères de famille, aux institutrices, et dont je dois l'inspiration au nom cliéri de ma iille. Toutefois, dans les divers tableaux que j'ai copiés d'après nature, ayant souvent rencontré des adolescents mêlés parmi leurs sœurs, je prendrai quelquefois mes modèles dans les deux sexes, qui, destinés à se léunir sur la scène du monde, le seront d'avance dans cet ouvrage, et par des couleurs plus piquantes et plus variées, lui donneront accès dans les familles. C'est là que je fus toujours ambitieux de prendre place, c'est là que l'écrivain moraliste reçoit sa récompense; c'est enfin là qu'on lui sait gré de ses efforts, de ses travaux et de ses veilles. Il semble à tant de gens que la profession de conteur moraliste soit simple et facile, et que ce genre littéraire coûte peu de chose à son auteur ! Mais les partisans du vrai, ceux surtout qui se livrent à l'honorable profession d'instruire, avoueront que les récits offerts à la jeunesse exigent une préparation combinée, certains mouvements dramatiques, une simplesse de style dégagée de tout ornement étranger, et surtout une pureté d'i-
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liées, uii choix de tableaux toujours en harmonie avec Jes petites passions qu'on fait mouvoir... C'est un grand charme sans doute que d'étudier un aimable enfant et de s'épancher avec lui ; c'est un véritable triomphe que de l'amener, sans qu'il s'en aperçoive, à partager vos sensations, et de le conduire au but heureux qu'on s'était proposé. Mais qu'il faut de patience et de courage pour le suivre partout où Tentraînent son caprice et son inexpérience ! qu'il faut de force , en un mot , pour se montrer aussi faible que lui, seul moyen de gagner sa confiance ! J'en ai fait tant de fois l'épreuve ! Cela m'a toujours produit l'effet d'un jeune arbrisseau que l'on greffe, et qu'un coup de vent arrache de vos mains au moment où vous alliez lui donner un nouveau germe qui devait le féconder.
C'est ce nouveau germe que je cherche à semer dans mes causeries, à jeter insensiblement dans l'àme de mes jeunes lecteurs. Ah! s'il est vrai que la vieillesse et l'enfance se rapprochent ; s'il est entre elles un doux échange de soins el de caresses, de confiance et d'épanchements, je m'abandonnerais à l'espoir que ce dernier ouvrage ne sera pas moins bien accueilli du public que ne le furent ceux que j'ai déjà publiés; et c'est alors que je répéterais avec un écrivain de nos jours :
Instruire en amusant, peindre, épurer les mœurs , C'est embellir sa vie et la semer de fleurs.