L.V JF.UNE ELISABETH
posait sa chère Jeanne; et bientôt s'éleva la tombe en pierre qu'elle avait désirée, sur laquelle on lisait cette bonorable et touchante épitaphe : «Jeanne Decœur, seconde mère d'Elisabeth de France.)) Cet ange, en effet, à l'époque de la moisson qui suivit la mort de Jeanne, et le jour même où elle avait reçu d'elle une preuve de dévouement qui ne s'effaça jamais de sa mémoire, se rendit au marais desséché offrant alors une plaine fertile, fit arrêter sa voiture à quelque distance, et, sous de simples vêtements, vint se mêler parmi les moissonneurs. Là, ramassant de ses royales mains des épis échappés à la faucille , elle en forma une glane qu'elle déposa sur la tombe de la villageoise et qu'elle arrosa de ses larmes.
Le gros chien de la fermière, qui passait la majeure partie du jour sur la tombe de sa maîtresse, reconnut la princesse et lui lécha les pieds et les mains avec l'expression de la reconnaissance. Celte glane, hommage ingénieux et touchant que la sœur de Louis XVI rendait tout à la fois à l'agriculture et à la bienfaisance, excitait l'admiration parmi les moissonneurs, tout en leur donnant une juste idée de l'ulilité de leurs travaux et du rang qu'ils occupaient dans l'ordre social. Ils en étaient fiers ; et se portant en foule autour de la princesse, ils la comblaient de remercîments et de bénédictions. « Je ne fais que remplir un devoir et acquitter ma dette, )) leur disait Elisabeth de France : « ah î si Ton élève de somptueux monuments à ceux qui sont morts au champ d'honneur, peut-on refuser une humble pierre à celle qui d'un marais infect fit un vaste champ d'agri-
culture î )) Elisabeth pendant douze années de suite, ne manqua pas un seul jour de renouveler son pieux pèlerinage
Vous, jeunes filles, pour qui j'ai cru devoir écrire celte intéressante anecdote, n'oubliez pas, quelles que soient votre position sociale et votre élévation, que la reconnaissance est de tous les rangs; que, plus la main qui porte secours est au-dessous de nous , plus elle doit nous être chère. Traitez toujours Thomme de peine, et même l'indigent, comme celui que la Providence destine peut-être à conserver vos jours; et répétez sans cesse, lorsque vous vous trouverez au milieu du peuple, ce vers charmant de notre La Fontaine :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.