LA CITERNE DE SAINTE-CLAIRE
laine distance Teau d'une cilcrnc publique : ce qui n'est que trop fréquent dans la Beauce, où les sources sont rares. Il y avait bien, tout près du village, un élang assez vaste où venaient se désaltérer les animaux de loulos les fermes des environs; mais cette eau, surtout pendant la belle saison, devenait vaseuse et nuisibh^ à la santé. Estival ne s'en inquiétait point pour lui : rarement il metlail de l'eau dans son vin; mais il n'entendait point que sa femme et ses enfants fissent d'autre usage que de l'eau de la citerne, qu'on appelait Sainte- Clairr, par analrgie, sans doute, h la limpidité, à la salubrité de srs eaux.
Notre vieux brave allait donc chaque matin, avec deux glands vases susper.dus ta un cerceau, chei cher à la citerne tant l'cnomniée la [uovision de sa famille; mais, voulant pai- degi'é habituer son ("Is aux (alignes de la vie, il l'avait muni d'une cruche de grès proportionnée ta S(S forces, dans laquelle Tomi allait souvent cherche!' le soir ce qui manquait à la consommation de la journée. Le petit tspiègle aimiiit assez cet emploi, parce que, chemin faisant, il n nconlrait quelques enfants du voisinage, tivic lesquels il se livrai! aux jeux de son âge ; paifois il oubliait le temps qui s'écoulait si vile au milieu de ses camarades : ce qui l'obligeai l souvent à doubler sa marche sous le poids do. la cruche remplie, ei le faisait arriver couvert de sueur à l'habitation où sa mère lui prodiguait les plus tendres soins et nujrmurait lout bas de ce que son père rexpostiit à une fatigue au dessus de s<s forces.
Tomi ne pouvait s'cmpècher d'être touché de la bonté
de sa mère, et cent fois il fut tenté de la rassurer en lui confiant qu'il s'amusait en route avec les enfanlsqui venaient comme lui puiser de Teau à Sainte-Claire; mais Taustérité de son père le retenait dans cet aveu. Si c'eût été un mensonge, il ne se fut jamais décidé à le commettre ; mais une simple dissimulation était bien permise en pareil cas.
Nisa s'offrit un jour pour accompagner son frère, et porter tour à tour avec lui la cruche remplie d'eau, a Ce n'est pas là, mil'-z-yeux, un ouvrage de femme ! dit Estival avec sa voix de tonnerre... Je n' te félicite pas moins, ma petite, de ton offre qui dénote un bon cœur.» A ces mots il la prend dans ses bras, Tétend sur ses genoux en lui disant : « Relève mes moustaches que je te baise ! — Je remercie de mèuie ma petite sœur, ajoute Tomi, l'embrassant à son tour, mais j'irai bien seul à la citerne. » Le lecteur devine sans peine que le pelit gaillard avait ses raisons pour cela.
Un soir qu'il était parti plutôt qu'à l'ordinaire, c'ctait dans les grands jours du mois de juillet, sa mère et sa sœur, voyant le soleil au moment de disparaître sous l'horizon, furent surprises de ne pas le voir de retour : c'était la première fois qu'il avait tant tardé. Estival était absent : sans cela il eût été lui-même au-devant de son fils. Nisa, partageant l'inquiétude de sa mère, relève aussitôt ses longs cheveux blonds attachés sous un vieux ruban rose; et, quoique sans fichu sur ses jolies petites épaules, à cause de la chaleur; et pour ainsi dire en chemise jusqu'à la ceinture, elle prend sa course, regardant de tous côtés si elle rencontrera son frère; elle