‹ Causeries historiques et littéraires (volume 2)Chapitre 18 sur 44 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

Là grandit sans culture un arbre que ne possède ni l'Asie ni la grande île dorienne de Pélops, arbre qu'a planté une main immortelle et que n'osent frapper les lances ennemies ; c'est l'olivier au pâle feuillage , dont la couronne protège le berceau de l'enfant K Aucune main étrangère ne pourra l'en arracher; car il est défendu par Jupiter et par Minerve aux yeux azurés.

Et Colone a encore une autre gloire : elle sait dompter les coursiers ; elle a conquis l'empire des mers. — Fils de Saturne, puissant Neptune, c'est toi qui lui as enseigné ces deux arts ; c'est grâce à toi que le frein a maîtrisé la cavale et que le navire aux rames agiles a volé sur les flots, conduit par les blanches Néréides.

A cet hymne suave chanté près de la tombe en l'honneur du berceau, les juges se levèrent en applaudissant «t renvoyèrent Sophocle absous.

Sa vie se prolongea, dit-on , jusqu'à quatre-vingtneuf ans, et il mourut d'un saisissement de joie en apprenant la victoire remportée par sa dernière tragédie.

La sépulture de sa famille était à Décalie, à onze stades d'Athènes. Les Spartiates, qui étaient en guerre

* A la naissance d'un enfant mâle, les Athéniens suspendaient au-dessus de son berceau une couronne d'olivier.

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avec les Athéniens, occupaient alors ce lieu ; mais ils permirent d'y apporter les restes du grand poëte et de leur rendre les honneurs funèbres. Comme la tragédie était consacrée à Bacchus, on éleva sur le tombeau de Sophocle une statue de ce dieu qui tenait à la main un masque de femme. On trouve dans V Anthologie grecque l'épitaphe suivante, composée plus tard par Dioscorides; c'est Bacchus lui-même qui parle et qui rappelle son antique rusticité, avant que Sophocle eût perfectionné le théâtre ;

Passant, voici le tombeau de Sophocle; les Muses m'en ont confié la garde. C'est lui qui, m'ayant rencontré lorsque j'arrivais de Phlius (près Sycione) , un grossier bâton à la main, accoutumé à marcher parmi les buissons et les ronces, m'a orné d'un vêtement d'or et de pourpre. Depuis qu'il n'est plus, j'ai oublié les danses solennelles et je me repose ici. — Quant à ce masque de femme que je tiens à la main, c'est Electre ou Antigone.

Il reste sept tragédies de Sophocle : les Trachiniennes^ — Ajax furieux , — P/iiloctète , — Antigone, — Œdipe roi , — OEdipe à Coloue, — Electre.

En lisant ces pièces, on voit comment Sophocle,

bien qu'il soit plus exclusivement littéraire qu'Eschyle et qu'Euripide, continua ce grand travail de moralisation de la société antique et en purifia le dogme religieux.

Une question surtout semble l'avoir préoccupé : c'est celle de la fatalité. Les anciens croyaient à une prédestination de l'être, à certaines fautes imposées d'avance par les dieux et qu'aucun effort humain ne pouvait prévenir. Pour quelques hommes, le crime et la vertu n'étaient point un choix de leur volonté, mais une conséquence inévitable de leur naissance. Or, malgré cette espèce de servitude morale de l'individu, on lui avait laissé tout le poids de la responsabilité. Il devait compte aux dieux du crime auquel ceux-ci l'avaient condamné avant qu'il vînt au monde. C'est contre cette doctrine impitoyable que Sophocle s'élève. Lorsqu'CEdipe, réfugié à Colone, repousse les injures de Gréon, il renvoie aux dieux la responsabilité des crimes commis malgré lui et qu'il n'a pu ni prévoir ni éviter.

Vous le voyez, les plus timides ou les moins philosophes abattent eux-mêmes quelques pierres de la vieille théologie païenne. — D'où venait donc ce souffle purifiant qui, à travers les poètes, descendait sur la société grecque? — Il venait d'un sanctuaire nouveau

ouvert à tout ce qu'Athènes comptait alors d'esprits choisis. — Nous voulons parler de l'École ionique.

Fondée à Milet par Thaïes, qui avait étudié en Egypte les sciences secrètes, elle avait été transportée plus tard à Athènes par Anaxagore. Son principal précepte était la contemplation de la nature, c'est-à-dire l'observation des faits. A ce premier âge de la philosophie, l'homme ne se retourne point encore vers son âme ; il regarde autour de lui, il cherche les causes de ce qui l'environne ; comme l'enfant, il veut connaître le pourquoi de tout ce qui frappe ses regards. C'est la marche ordinaire, celle que l'on observe chez tous les peuples, dans tous les temps. On essaye d'expliquer le monde avant d'expliquer la vie ; on cherche Dieu avant de se chercher soi-même.

L'École ionique s'occupait donc de l'étude des causes, et, repoussant le voile mythologique sous lequel se cachaient ces grands problèmes, elle était arrivée à la philosophie naturaliste, qui préparait les âmes à une régénération plus complète.

Tous les principes de l'école se résumaient en quatre points principaux :

D'abord, un Dieu qui avait formé le monde.

Secondement , une vie universelle animant l'ii-

nivers et de laquelle dérivaient toutes les autres vies.

Troisièmement, union de ces existences particulières à des germes formés dans les eaux.

Quatrièmement , liberté de l'âme humaine , qui, comme récompense du devoir accompli, allait animer des corps de plus en plus parfaits jusqu'à ce qu'elle se confondit enfin dans la vie ou âme universelle (le dieu Cosmos) .

A ces principes, dont la démonstration formait la base de l'enseignement d'Anaxagore, se joign'aient des espèces d'énigmes philosophiques mises à la mode par les sept sages, exercices ingénieux qui élevaient le cœur ou aiguisaient la pensée. On nous a gardé plusieurs des questions que les adeptes se proposaient l'un à l'autre avec les réponses acceptées du maître. En voici quelques-unes :

— Qu'y a-Ml de plus ancien?

— C'est Dieu, car il est éternel.

— De plus grand ?

— L'espace; il contient l'univers, qui, lui-même, renferme tout.

— De plus beau ?

— Le monde, parce qu'il est l'ouvrage de Dieu.

— De plus sage ?

— Le temps; il a découvert et découvrira t^jutes choses.

— De plus commun ?

— L'espérance ; elle reste à ceux mêmes qui n'ont rien.

Tels étaient les enseignements et les jeux de l'école. C'était là que se formaient les poètes d'Athènes, ses historiens, ses orateurs ! Ainsi, pendant que la société apparente, la foule, continuaità vivre sous l'ancienne religion, une société particulière, l'élite, adorait à part un autre dieu I Phénomène curieux et toujours reproduit, en politique, en science, en littérature. Cherchez bien dans l'histoire, vous trouverez partout ce double spectacle du plus grand nombre attaché à des faits ou à des idées en ruine, et du plus petit préparant tout bas à la société un abri nouveau. Le difiicile est de reconnaître ce camp des travailleurs choisis qui s'appliquent à l'accomplissement de nos destinées terrestres. Que de fois le monde en marche a pris pour ses pionniers d'avantgarde quelques aventuriers de l'idée ! que de fausses routes faites ainsi sous de faux drapeaux ! car, s'il ne suflit pas dans l'histoire de s'appeler majorité pour avoir raison, il ne suffit pas uon plus de s'appeler minorité pour être l'avenir! Ou n'est l'avenir qu'à la condition

de porter en soi ce que portait la loi du Christ aux sociétés anciennes, c'est-à-dire plus de justice , plus de liberté et plus d'amour !

La première pièce de Sophocle que nous ayons nommée, les Trachiniennes, a emprunté son titre aux jeunes filles de Trachine (en Thessalie) qui composent le chœur. Le sujet de la pièce est la mort d'Hercule, causée par la jalousie de Déjanire. Celle-ci, le voyant épris d'Yole, lui envoie une tunique trempée dans le sang du centaure, qu'elle croit propre à réveiller son amour, et cette tunique communique à Hercule un venin rongeur auquel il succombe. Les douleurs toutes physiques de cette agonie font le pathétique de la pièce. Notre art moderne, idéalisé par l'influence du christianisme, a préféré, avec raison, à cette peinture des souffrances corporelles , la peinture des angoisses du cœur. Le théâtre s'est déplacé pour nous ; il a été transporté du monde apparent dans le monde intérieur ; nous avons appris à nous intéresser aux blessures invisibles et à nous attendrir en voyant seulement couler ces larmes qu'un poète moderne a nommées le sang de l'âme.

Mais, chez les anciens, il fallait une douleur dont on vît la cause. Aussi, Sophocle y a-t-il eu recours une seconde fois dans Philodète, tragédie à laquelle Fénelon

a emprunté le plus heureux épisode de son Télémaquc. Nous y renvoyons ceux qui voudraient avoir une idée de la pièce grecque. L'auteur français l'a suivie pas à pas et en a môme traduit, dans son récit, plusieurs passages.

VAjax furieux s'inspire d'un ordre d'idées tout différent. Le poëte nous représente la folie d'Ajax quand les armes d'Achille ont été données à Ulysse. Il se lève au milieu de la nuit pour égorger le roi d'Ithaque et les Atrides ; mais Minerve le frappe d'égarement ; il massacre les troupeaux réunis dans le camp et leurs bergers, en croyant massacrer ses ennemis. Bientôt la triste nouvelle se répand dans l'armée ; les compagnons du héros accourent et s'interrogent ; ils veulent douter encore , lorsqu'une tente qui s'ouvre tout à coup vers le fond du théâtre leur montre Ajax sanglant, à demi couché sur son glaive et entouré de troupeaux massacrés !

Le guerrier, qui a recouvré la raison, ne veut point survivre à sa honte ; il s'écrie :

Ténèbres qui êtes ma lumière, Érèbe visible à mes yeux, recevez un nouvel habitant, recevez-moi !

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Il se fait apporter son fils pour l'embrasser une dernière fois, et dit à son épouse Tecmesse :

Approche-le de moi , approche-le ; les traces récentes du carnage n'effrayeront pas ses yeux, s'il est vrai qu'il soit mon fils. Il faut le former de bonne heure à l'âpreté des mœurs de son père, afin qu'il lui ressemble. 0 mon fils! sois plus heureux que moi !... Dès ce moment, je puis te porter envie, puisque tu ne connais point encore les maux qui m'accablent. — Ignorer, voilà le bonheur de la vie jusqu'à l'âge où tu connaîtras la joie et la douleur. Arrivé à ce moment, ô mon fils, songe à montrer aux ennemis de ton père de quel sang tu es sorti. — Jusqu'alors, nourrie à la douce haleine des zéphirs, que ta jeune âme croisse en paix pour les délices de ta mère... Quant à mes armes, je neveux point qu'elles soient disputées parles Grecs ni par l'auteur de mes maux. Toi seul, ô mon fils, prends ce bouclier, immense, impénétrable, auquel tu dois ton nom ; garde-le ; charge ton bras de ses lanières sept fois repliées ; le reste de mon armure sera enseveli avec moi... — Et toi, Tecmesse, prends vite cet enfant, ferme les portes... cesse tes plaintes : un habile médecin ne cherche pas à calmer par des paroles les maux qu'il faut guérir avec le fer.

Il s'échappe en effet du camp, fixe son épée dans une

fente de rocher et se précipite sur la pointe après un dernier adieu à la terre natale.

VAntiyone est la suite des Frères ennemis^ sujet traité par Eschyle dans les Sept cliefs devant Thèbes.

Après la mort d'Étéocle et de Polynice, tués l'un par l'autre, Créon, qui commande à Thèbes, fait rendre les honneurs funèbres à Étéoclc, tombé en combattant pour sa patrie ; mais il défend, sous peine de mort, de les rendre à Polynice. Sa sœur Antigone brave la défense. Comme châtiment , elle est enfermée dans un tombeau où elle s'étrangle de ses propres mains, et le fils de Créon, qui l'aimait, se donne la mort près de son cadavre.

Tout l'intérêt de la pièce est dans la question de savoir si Polynice aura des funérailles. On ne peut bien comprendre cet intérêt qu'en se reportant aux idées des anciens. Pour eux, les honneurs funèbres étaient la condition sans laquelle le mort ne pouvait être reçu aux enfers. A leur point de vue, ces honneurs étaient donc égaux en importance aux cérémonies du baptême, réservées par quelques-uns des premiers chrétiens pour l'heure suprême et sans lesquelles l'àme restait plongée dans les limbes. Cette importance attachée aux funérailles est, du reste, commune à tous les peuples primitifs. On

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connaît la piété des Indiens pour leurs morts, au tombeau desquels ils apportent les prémices de leurs récoltes ou de leurs chasses et dont ils transportent les ossements dans leurs plus lointaines émigrations. Quand un chef delaware annonce à sa tribu qu'il faut quitter le lieu où elle se trouve établie, il lui dit :

— Avertissez les os de vos pères de se lever pour vous suivre.

Ce culte prolongé pour les morts ne tient pas seulement à un souvenir pieux, mais à ce que les peuples païens ne peuvent jamais bien comprendre la séparation de l'âme et du corps. Cette dépouille qui tombe dans la fosse, ce n'est pas un vêtement quitté, c'est la personne même. Ils lui offrent de l'or, des aliments, des armes ; ils croient que l'âme a emporté sa forme terrestre dans le royaume inconnu. Chez les chrétiens, au contraire, le corps n'est qu'une apparence passagère qui retourne aux éléments. Le culte que nous rendons aux restes de celui que nous avons aimé ne se borne point à sa tombe ; son souvenir est pour nous vivant dans ses paroles, dans ses écrits, dans les objets qui rappellent ses habitudes, enfin dans tout ce qui a conservé l'empreinte et comme l'attitude de son âme.

UÉlectre de Sophocle et VOEdipe roi ont pour nous

un iiitéict particulier. Vollairc les a imitées dans doux tragédies applaudies par le public , louées par La Harpe et restées classiques jusqu'à ce jour. Voyons ce que le tragique du xviiie siècle a trouvé dans le poète d'Athènes et s'il l'a autant surpassé que l'ont cru ses contemporains sur sa propre affirmation.

Voltaire avait dix-sept ans lorsqu'il fit représenter l'Œdipe roi ; \\ savait du théâtre grec tout juste ce qu'il en avait pu apprendre dans la traduction du père Brumoy ; mais il était, comme son héros lui-môme,

Jeune et dans Tàge heureux qui méconnaît la crainte.

En conséquence, il se chargea de prouver que, si sa pièce n'avait pas réussi, ce n'était point la faute de Sophocle ; qu'il lui avait à peine emprunté le sujet et quelques passages ; que la tragédie grecque était un tissu de non-sens, d'invraisemblances, de naïvetés grotesques, de longueurs insupportables ! — Après quoi, il veut bien ajouter pourtant que, si Sophocle et les autres tragiques grecs étaient nés au xviii® siècle, il est à croire qu'ils auraient perfectionné leur art et qu'après, tout il ne fallait pas les mépriser entièrement ! — Pour preuve, il cite huit vers de Racine empruntés à VHippo-

hjie d'Euripide. — A la vérité^ ajoute-t-il, ce sont les seuls bons de toute la pièce. — Quand nous parlerons d'Euripide, nous reviendrons sur ce jugement.

En attendant, voyons l'œuvre quasi misérable de Sophocle et le chef-d'œuvre de son jeune rival.

Dans la pièce grecque, nous sommes transportés, dès la première scène, à l'entrée du palais d'CEpide, devenu roi de Thèbes et époux de la veuve de Laïus, en récompense de sa victoire sur le sphinx.

La foule se presse autour du portique avec des cris et des gémissements. Œdipe paraît à l'entrée du palais ; il demande aux Thébains pourquoi ils se présentent à lui en tenant à la main le rameau des suppliants. Le grand prêtre répond que la peste ravage la ville ; que lui, dont la sagesse a déjà sauvé le royaume, il trouvera sans doute quelque moyen d'écarter le fléau ; qu'on le conjure de se hâter s'il ne veut point que son peuple périsse tout entier. Œdipe répond qu'il connaît les maux de ses sujets, qu'il y cherche un remède et qu'il a envoyé le frère de la reine, Créon, consulter l'oracle de Delphes.

Cette scène, si noble, si grande et si touchante. Voltaire la trouve ridicule ! Il prétend que le peuple n'a pas besoin de venir parler à Œdipe de ce qu'il sait. Il

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ne comprend pas que des malheureux se précipitent vers l'homme qui a déjà été leur providence pour lui rappeler ce qu'ils souffrent et le presser de les secourir. Il voudrait, sans doute, que les Théhains imitassent ce Gascon qui, pour toute prière, disait à Dieu chaque soir :

— Tu mé connais, tu sais ce que zé désiré, partant, n'en parlons plus.

Aussi a-t-il corrigé cet endroit.

Dans la pièce française, nous voyons Philoctète qui arrive à Thèbes. Nul ne lui a parlé de la peste pour laquelle on consulte les oracles de toute la Grèce ; il a traversé la ville sans rien soupçonner, et il entre au palais, où un personnage nommé Dimas lui raconte ce qui s'est passé pendant son absence : le meurtre de Laïus, dont les assassins sont restés inconnus, la mort du sphinx, tué par Œdipe, et le mariage de celui-ci avec Jocaste. — Ici, Philoctète pousse un hélas /— car l'ancien ami d'Hercule n'est pas moins qu'un amoureux secret de la reine et il venait pour l'épouser en cas de veuvage. — C'est là ce que Voltaire appelle corriger l'antiquité.

Cependant les oracles parlent ; ils déclarent que le seul moyen d'apaiser les dieux est de rechercher le meurtrier de Laïus et de le punir. L'Œdipe de Sophocle

prononce alors sur le criminel inconnu l'anathème antique. Il lui ordonne de s'exiler de Thèbes; il défend aux citoyens de le recevoir, de lui parler, de l'admettre aux sacrifices, de lui présenter l'eau lustrale ; il le rejette enfin hors de l'humanité.

En cela, il exerce l'espèce de sacerdoce paternel des vieux rois sur leur peuple ; c'est un père qui chasse du grand foyer de la patrie un fils coupable, et son anathème religieux est d'autant plus dramatique que, sans le savoir, c'est sur lui-même qu'il le prononce.

L'CEdipe de Voltaire déclare simplement que le meurtrier sera recherché et qu'on l'immolera sur la tombe de Laïus.

Mais le peuple, qui a sans doute entendu parler de l'amour de Philoctète pour la reine, et qui sait que ce héros n'a suivi Hercule et vaincu tant de monstres que pour plaire à Jocaste, le peuple déclare qu'il est le seul coupable et demande sa tête !

Jocaste s'indigne, elle dit à sa confidente :

Apprends que ces soupçons irritent ma colère, Et qu'il est vertueux puisqu'il m'avait su plaire.

Elle-même adore en secret Philoctète et se plaint qu'à sa vue.

Les feux qu'on croit éteints renaissent sous la cendre.

Elle veut le sauver et l'avertit qu'il court un grand danger. Philoctète répond galamment :

Je perds Alcide et vous; qu'aurais-je à craindre encore?

Mais Jocaste le presse de partir,

Au nom de cette flamme , Dont la triste Jocaste avait louché son âme.

Il faut avouer que la triste Jocaste se trouve, en effet, dans une situation peu ordinaire à son âge ; car on ne doit pas oublier que cette reine qui enflamme Philoctète n'est pas moins que grand'mère !

Au reste, Œdipe n'a pas un instant de jalousie ; loin de là, il défend l'ami d'Hercule contre la fureur populaire; mais ce n'est qu'une avance de générosité, celuici ne tardera pas à la lui rendre. Lorsque le grand prêtre arrive et déclare que les dieux ont parlé, que le meurtrier de Laïus est Œdipe lui-même, l'amant de la reine ne l'abandonne point :

Contre vos ennemis, je vous offre mon bras. Entre un pontife et vous, je ne balance pas ;

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