‹ Causeries historiques et littéraires (volume 2)Chapitre 27 sur 44 · CONNAIS-TOI TOI-MÊME · texte numérisé non relu

CONNAIS-TOI TOI-MÊME

Il fit donc de sa propre individualité le sujet de ses études.

Dans cette recherche, poursuivie avec une prodigieuse intensité d'attention, un phénomène étrange se produisit : Socrate arriva à confondre l'objectif et le subjectif; il lui sembla que la voix de sa conscience venait du dehors. Cette espèce d'erreur d'acoustique intellectuelle n'a rien qui puisse étonner ; les exemples en sont fréquents. M. Lélut, dans un mémoire spécial sur le démon de Socrate, a analysé cette question et rapporté plusieurs faits d'hallucinations semblables.

Ce démon .f qui représentait la résolution prise par la conscience, donna à Socrate pour mission de faire connaître à tout le monde comment il fallait chercher la vérité.

Pour la première fois, nous voyons, dans l'antiquité païenne, un homme qui transporte son activité de la vie apparente à la vie invisible, qui se fait apôtre d'une doctrine.

Athènes était alors livrée aux rhéteurs qui, pour amuser l'oisiveté ingénieuse de leurs concitoyens, enseignaient la sophistique, c'est-à-dire l'art de dérouter le bon sens. Ils se vantaient de pouvoir répondre à tout, de savoir plaider le pour et le contre, et proposaient à leurs auditeurs de futiles énigmes dont la solution occupait des journées entières.

Quelques exemples feront juger de ces jeux d'esprit, auxquels les hommes les plus sérieux accordaient alors leur attention.

Un rhéteur disait :

Un rat est une syllabe.

Un rat mange du lard.

Donc, une syllabe mange du lard.

Et d'interminables débats s'ouvraient pour sortir régulièrement de ce syllogisme et prouver que la conclusion ne découlait pas des deux prémisses.

Un cabaretier philosophe, qui avait profité des leçons de l'école, faisait graver sur sa porte le sorite suivant :

Qui boit bien dort bien ; Quidorl bien h la conscience pure; Qui a la conscience pure est chéri des dieux : Donc, qui boit bien est chéri des dieux.

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