C6 CAUSERIES HISTORIQUES
Conclusion pieusement adoptée par tous les ivrognes d'Athènes.
On racontait une anecdote moins puérile et dans laquelle triomphait Tart des sophistes.
Un jeune Athénien s'était adressé à un professeur d'éloquence et était convenu de payer, pour ses leçons, un certain prix, mais à condition que le professeur lui ferait gagner son premier procès.
Les leçons données, celui-ci réclame son salaire. Le jeune homme refuse et est appelé devant les juges, à qui il dit :
Dans aucun cas, je ne dois payer , car, si vous me condamnez, je n'aurai point gagné mon premier procès, et, d'après nos conventions, je ne dois rien au maître; si, au contraire, vous ne me condamnez point, la légitimité de mon refus est reconnue par vous et je ne dois point payer davantage.
Le maître répondait :
Dans tous les cas, je dois être payé; car, si vous condamnez ce jeune homme à me solder le prix convenu, il doit se soumettre à votre arrêt, et si, au contraire, vous lui donnez raison, il aura gagné son premier procès, et, conformément à notre traité, il devra me donner l'argent que je demande I
Vous le voyez, au fond de tout cela, il y avait un profond mépris de la vérité, un abandon des intérêts sérieux et moraux au profit d'une frivole gymnastique de rintclligence. — Le simple et le droit n'intéressaient plus ; on ne se plaisait qu'à l'étrange, à l'ingénieux.
Socrate voulut arracher ses compatriotes à cette futilité dangereuse, replacer les esprits dans la voie du bon sens et donner à la réflexion des hommes un but humain, pratique, celui de devenir meilleurs.
Pour atteindre son but, il chercha d'abord à détruire l'autorité des sophistes. Il se présenta donc à leurs écoles, jouant l'ignorance et déclarant qu'il voulait s'ins-truire. Il leur adressait une série de questions tellement enchaînées, que, de proche en proche, il les conduisait à se contredire eux-mêmes ou à se convaincre d'absurdité. Cette méthode fut celle qu'il conserva plus tard pour instruire. Il procédait toujours par questions, forçant, en quelque sorte, le disciple à se répondre : il n'enseignait pas ^ il faisait trouver. — Excellent procédé, qui entretient l'activité de l'esprit, lui laisse son indépendance et donne à la vérité acquise le charme d'une découverte personnelle. Ce fut ce qu'on appela dès lors la méthode socratique, méthode qui, selon Socrate luimême, consistait simplement à accoucher les esprits.