‹ Causeries historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 13 sur 41 · III · texte numérisé non relu

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Le moyen, en effet, de donner à notre alexandrin monotone assez de variété ponr conduire le lecteur jusqu'à la fin du douzième chant par de continuels renouvellements? Virgile y a réussi à peine avec sa langue prosodiée, sa liberté d'inventeur et les prodigieuses ressources d'un des esprits le plus naturellement poétique ' qui se soit jamais révélé.

Nous avons déjà dit quel avait été son but en écrivant VÉnéide.Jl voulait faire pour Rome ce qu'Homère avait fait ppur la Grèce, réunir Ylliade et VOdyssée dans une épopée latine qui populariserait parmi les Romains l'histoire de leurs origines.

D'après la tradition demi-fabuleuse de l'Italie, les Troyens fugitifs débarqués dans le Latium sous la conduite d'Énée , passaient pour les pères de la race romaine. — Jules César prétendait même descendre directement du fils de Vénus et d'Anchise par Iule.

Le choix du héros avait donc l'avantage de confondre la légende césarienne et la légende nationale, de donner une base commune à Rome et à l'empire.

Restait à coordonner les éléments épars de la tradition, à l'enrichir d'inventions attachantes, à créer des caractères dramatiques, à faire enfin du nouveau poème

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une sorte de mirage de lltalie comme ceux d'Homère ravalent été de la vieille Grèce.

Virgile nous parait avoir fait à cet égard tout ce que Ton pouvait attendre d'un génie fécond, attentif, et qui, chose merveilleuse, unissait la patience à Tim- ' pressionnabilité. Partout il a lié les événements de son poème aux lieux et aux familles les plus célèbres de ntalie. — La nourrice d'Énée est inhumée sur le mont Gaïete et lui donne son nom ; le Promontoire de Misène reçoit le sien d'un des hérauts de l'armée troyenne ; le pilote Palinure nomme un autre cap ; les Claudius, les Memmius et les Cluentius retrouvent dans le poème leurs ancêtres Clausus, Menesthée et Cloanthe. Les paysages sont]d'une si scrupuleuse vérité, qu'on les reconnaît encore aujourd'hui et qu'un voyageur peut, YÉnéide à la main, parcourir les lieyx décrits par le poète latin.

Celui-ci avait bien compris qu'une épopée doit embrasser l'ensemble de la nature physique et de la nature morale ; qu'il fallait y trouver enfin le monde résumé. Lorsque le Tasse travaillait à la Jérusalem délivrée^ il conduisit un jour un de ses amis sur une hauteur et lui montrait l'horizon immense qui se déroulait sous leurs yeux. — Vous voyez, lui dit^il, ces

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