‹ Causeries historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 14 sur 41 · H2 CAUSERIES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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campagnes fécondes, ces fleuves, ces montagnes, ces mers, ce ciel où se cachent les esprits invisibles et ces villes où s'agitent les hommes ? Voilà mon poème î — Virgile s'était évidemment dit la même chose ; mais, comme le Tasse, il a eu moins de puissance que de volonté.

Son épopée prend le fils d'Anchise et de Vénus, sept ans après la ruine de ïroie. Éole, excité par Junon, qui reste ennemie implacable des Troyens, disperse sa flotte au moment où il apercevait déjà lltalie, et la jette sur les côtes d'Afrique, près de Carthage. Vénus se présente à son fils sous les apparences d'une chasseresse, et l'engage à demander asile à Didon, reine de la ville nouvellement fondée.

Didon, qu'elle enflamme d'amour pour Énée, reçoit le héros troyen comme un envoyé des dieux. — Celuici raconte la -destruction de Troie et ses longues prérégrinations à travers mille dangers.

Toute cette partie de V Enéide est une réminiscence presque continuelle de Ylliade et de YOdyssée, Quelquefois Virgile ne fait que prendre l'image ou la pensée d'Homère ; il la travaille, l'embellit souvent, mais sans pouvoir déguiser le larcin, Didon, qui a laissé voir son amour à Énée, va le

prendre pour époux, lorsque Jupiter ordonne au héros troyen de poursuivre sa route et d'aller s'établir en Italie t)ù l'attendent de grandes destinées. Énée, soumis à la volonté du maître des dieux, se décide à partir secrètement. Didon aperçoit, aux premières lueurs du jour, la flotte qui s'enfuit à pleines voiles ! Alors se frappant le sein et maudissant l'ingrat qui l'abandonne, elle prononce contre lui des imprécations, le voue aux furies vengeresses, et s'adressant enfin à son peuple :

Et vous,Tyriens, que sa race, que la nation qui doit naître de lui, soient à jamais poursuivis de votre haine. Qu'il n'y ait jamais entre les deux peuples ni amitié, ni alliance. Un jour, j'en ai l'espoir, de mes cendres sortira un vengeur qui poursuivra sans relâche cette colonie de Troyens avec la flamme et avec l'épée. Maintenant, plus tard, toujours que les deux nations soient ennemies, que les terres, les flots, les hommes, se combattent sans merci. — Je lègue la guerre à nos derniers neveux.

Elle dit, et frémissante, égarée, le cœur plein de sombres résolutions, elle promène autour d'elle des yeux injectés de sang. Ses* joues marbrées frémissent ; déjà pâle, de la mort qui l'attend, elle se précipite dans la

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