III
lis CAUSERIES HISTORIQUES
cour et qu'on y sent les précautions de l'art. Le génie a besoin de s'appartenir à lui-même. Il faut qu'il obéisse sans calcul à l'mpulsion de la muse. L'imagination des poètes ressemble à ces harpes éoliennes que l'on suspend aux rameaux, et qui, selon le vent qui passe, font entendre un son sauvage ou mélodieux. Pour écrire l'épopée de Rome, il n'eût point fallu se rappeler que l'empereur avait fait substituer, dans les Géorgiques , à l'éloge de Gallus l'épisode
d'Aristée; il n'eût point fallu voir en perspective l'évanouissement d'Octave en composant les beaux vers sur Marcellus ; il n'eût point fallu surtout se trouver riche de plus d'un million donné par Auguste et 4ont on devait lui rendre la valeur en gloire et en plaisirs. — Virgile a fait tout ce que pouvait faire le génie enchaîné à des obligations , mais il a été la preuve que les grandes œuvres ne se commandent pas et qu'elles doivent germer d'elles-mêmes, à leur saison et dans une terre libre.
Quand Voltaire a dit que si Virgile était l'ouvrage d*Homère^ c'était son plus bel ouvrage, il a, comme trop souvent, sacrifié la justice à un trait brillant. Le plus bel ouvrage d'Homère c'est cette nationalité grecque dont il a été, pendant tant de siècles, le père nourri-
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cier; c'est cette tradition héroïque transmise depuis la goerre de Troie jusqu'à Platée, c'est ce peuple enfin à qui il a donné une langue, une littérature, un sentiment commun, et dont il a fait le plus merveilleux peuple de la terre I
En lisant Virgile, il me semble suivre une de ces rivières où mon regard ne rencontre que villas charmantes, parcs aux dessins variés, villages coquets ou cités opulentes. — J'admire l'art nus au service d'une riche nature.
Mais quand je me trouve devant Homère, je crois entendre les grondements profonds de l'Océan; mon œil se perd dans des horizons sans limites, et je sens que c'est de là qu'est sortie la nuée qui a formé la rivière, et que c'est là qu'elle retourne elle-même.