‹ Causeries historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 18 sur 41 · Î42 CAUSERIES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

Î42 CAUSERIES HISTORIQUES

8ar, lorsque je considère Fétat des choses, les dangers qui nous environnent, et surtout lorsque je réfléchis aux avis que quelques orateurs viennent de donner I

Il me parait qu'ils se sont seulement occupés du genre de supplice qui doit être infligé à ceux qui ont pris les armes contre leur patrie, contre leurs pères, eontre les dieux domestiques; mais les circonstances nous avertissent de prévenir leurs attentats, bien plus que de délibérer sur la manière de les punir. — Les autres crimes peuvent être poursuivis lorsqu'ils ont été commis; mais celui-ci, si Ton n'en prévient pas l'exécution, ne laisse plus de recours à la justice. Une fois la ville prise, toutes les ressources sont retirées aux vaincus.

C'est donc à vous que je m'adresse, au nom de tous les dieux immortels î à vous qui avez toujours fait plus de cas de vos palais, de vos maisons de plaisance, de vos statues, de vos tableaux, que de la république ellemême. Si vous voulez conserver ces biens, de quelque nature qu'ils soient, auxquels vous tenez tant, si vous voulez assurer du repos à vos voluptés, relevez un instant votre tête endormie, et sauvez la république. Il ne s'agit pas aujourd'hui des revenus de l'État, des insultes faites à nos alliés; oh met en question notre liberté, notre vie I

Et c'est dans une pareille conjoncture qu'on vient me parler de douceur, de pardon! — Il y a déjà longtemps, il est vrai, que nous n'appelons plus les choses par leur nom. Faire largesse des biens d'autrui, c'est de la libéralité, se montrer audacieux dans le mal,.

c'est du courage ! Yoilà comment on a conduit la république au bord de sa perte. — Que Ton soit donc (puisque c'est l'usage 1) libéral des biens des alliés, que Ton se montre plein d'indulgence pour ceux qui pillent le trésor public; mais du moins qu'on ne fasse pas des générosités de notre sang et que, pour épargner quelques scélérats, on n'aille pas sacrifier tous les gens de bien.

César vent que la fortune des coupables soit confisquée et qu'on les renferme eux-mêmes dans les villes municipales ! Il craint, sans doute, si on les laissait ici, qu'ils ne fussent délivrés par leurs complices ou par une multitude achetée; mais croit-il donc qu'il n'y ait de méchants et de scélérats qu'à Rome, qu'on n*en trouve point dans toute l'Italie, et que leur audace ne soit point d'autant plus grande qu'il y a contre eux moins de défense? L'avis de César est mal fondé, s'il craint les complices de Catilina, et si, quand tout le monde s'inquiète, il est le seul tranquille, vous et moi nous avons une raison de plus de trembler.

Soyez donc assurés qu'en décidant du sort de Lentulus, vous décidez en même temps de celui de l'armée de Catilina et de tous les conjurés. Plus vous montrerez de vigueur, plus ils auront de faiblesse ; mais si vous semblez mollir, ils se dresseront tous plus audacieux.

Des citoyens de la plus haute noblesse ont formé le complot de mettre la république en feu ; ils appellent à la guerre les Gaulois, ennemis mortels du nom romain ; le chef des conjurés a pris le commandement

d'une armée qui est déjà sur nous, et vous temporisez encore? Vous délibérez sur le sort des ennemis surpris dans nos murs? Du temps de nos ancêtres, Manlius Torquatus fit mettre à mort son propre fils, parce que, dans la guerre contre les Gaulois, il avait combattu malgré les ordres; ce noble jeune homme • fut puni d'une valeur irréfléchie, et vous, vous ne savez quel parti prendre à l'égard des plus féroces parricides 1 - Ah I si Ton pouvait /commettre ici quelque faute sans trop de danger, j'abandonnerais volontiers votre instruction à révéhement; mais nous sommes cernés 1 Catilina avec son armée nous tient l'épée sur la gorge; d'autres ennemis sont dans la ville, au milieu de nous; nous ne pouvons rien dire, rien préparer sans qu'ils en soient instruits ; tout retard est impossible.

Je le déclare donc :

Puisque la déposition de Volturcius, celle des AUobroges, leurs propres aveux, ont prouvé que les accusés a\aient préparé contre leur patrie le meurtre et l'incendie.

Le sénat doit appliquer la loi des ancêtres contre les criminels convaincils : — la mort I

L'avis de Caton ^prévalut. On prononça l'arrêt, qui fut exécuté sur-le-champ. Lorsqu'on sortant du sénat le consul rencontra les amis et les parents des coupables qui couvraient la place publique, il leur cria : —

Ils ont vécu ! et ce mot fut comme un coup de hache qui coupa au pied toutes les espérances criminelles.

Ces citations, que j'ai prolongées à dessein, ont pu, nonnseulement vous faire connaître le talent de Salluste, mais l'état de la société romaine. Vous avez vu ce qu'était Catilina et de quelle armée il avait pu s'entourer; mais ce scélérat d'élite était encore trop en avant de son siècle ; quelques citoyens restaient à la république ébranlée; il fallait que les triomphes d'Octave pussent les faire disparaître et que le règne d'Auguste achevât d'éteindre à Rome tous les instincts viriles. Alors sentant que l'heure favorable est venue, on ▼oit Catilina se relever de sa tombe avec son cortège de brigands, d'empoisonneurs et d'assassins ; il monte sur le trône impérial, où il s'éternise sous les noms de Tibère, de Caligula, de Claude et de Néron I

C'est là ce qu'on a appelé l'ère des Césars! Une sorte de vertige s'empare de chacun de ces hommes au moment où il parvient à l'empire ; la toute-puissance produit sur lui l'effet des philtres enivrants que préparaient les nécromants du moyen âge; sa raison se trouble, il perd la conscience de sa condition humaine; il se sent devenir dieu I

Et quel dieu 1 Le monde livré sans défense à ses pas-

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