CHAPITRE VI
te Chant de Roland; époque de m compoeition. — Analyse et citations.— Toutes les conditions de Tépopée s'y trouTent remplies. — Ce qui le fût , différer des Niebehmgen, — Pourquoi le Chant de Roland n*est pas resté en France un monument poétique populaire comme VRiade en Grèce ot la Jérusalem délivrée en Italie.
Le Chant de Roland est à la France ce que sont les Niebelungen à TAllemagne. C'est son "premier monument littéraire, sinon pour la date, au moins pour l'inH portance.
Il a sur le poëme germanique l'immense avantage d'être national. Roland a été pendant tout le moyen âge la personnification de la France elle-même dans ci qu'elle avait alors de plus brillant, c'est-à-dire dans sa chevalerie. C'est la même valeur audacieuse, la même imprévoyance, les mêmes sentiments.
— Trop prompt desprit, mais ehaud de cœur, dit un
i^eil historien en parlant de notre peuple. — Tel était aussi Roland.
Puis sa fin avait dignement couronné sa destinée. Tombé héroïquement, victime d'une trahison, il restait «ntouré d'une sorte d'auréole ; c'était le martyr de la gloire guerrière. Le peuple aime ces contrastes; il faut ^ue réclat de la vie soit brusquement interrompu par le pathétique de la mort. Les héros heureux jusqu'à la
rt sont rarement des héros populaires, et l'imagina-
n de la foule s'attache de préférence à une grande
ommée sanctifiée par une grande infortune. On peut lier les victoires, mais on se rappelle Roncevaux et te-Hélène.
Au quatorzième siècle, nos armées répétaient encore, n, le Chant de Roland (sinon celui qui nous reste,
moins quelque autre plus court consacré au modèle preux).
On assure que le roi Jean railla un jour à ce propos
des soldats de sa garde :
— Pourquoi chanter Roland, lui dit-il, nous n'avons
U8 de Roland,
*^ n y aurait encore des Rolands, répondit hardiment
soldat, si nous avions des Charlemagnesl
On peut nier l'authenticité de cette anecdote, mais il
paraît diificile de contester celle que rapportent tous les historiens qui ont raconté la conquête de TAngleterre par Guillaume.
Tous assurent que le 13 octobre 1066, au moment où les armées d'Harold et du duc de Normandie allaient en venir aux mains à Hastings, un cavalier, Taillefer, se mit à galoper devant les rangs et à chanter, en agitant ses armes, le Chant de Roland!
Était-ce celui qui nous a été conservé etdontlacom-| position serait alors antérieure au onzième siècle? La question a été controversée parles nombreux comment tateurs ,du' poëme. — On a opposé à ceux qui ont sourtenu Taffirmative, deux pièces authentiques du neu-j vième et du dixième siècle, le serment prêté par Loui( le Germanique et VHymne à sainte Euladie, qui sent blent d'un français beaucoup plus fruste et plus m langé de latin que le Chant de Roland. :— Ce n' qu'au onzième siècle, dans le code promulgué Guillaume le Conquérant, que l'on retrouve une lan analogue. — Ce qui ne permettrait pas, à ce qu'il sem-! ble, de faire remonter le poëme au delà.
Au reste, ces questions chronologiques sont hors d notre domaine. Peu nous importe la date précise di Chant dç Rolcmd; ce qui nous préoccupe, c'est le chani
Ini-même; ce que nous y cherchons, c'est le caractère de cette poésie bégayante qui annonce de loin le génie français.
Voyons donc ce poème plus cité que connu, et tâchons d'en donner une idée aussi complète que nous le permet la brièveté de ces causeries.
Vous comprenez d'avance que nous ne pourrons Qter le texte. La langue du Chant de Roland demande iine traduction presque aussi impérieusement que les Jfiebehngen eux-mêmes. Nous nous servirons de celle . Vitet, qui a eu la modestie et le bon goût de s'aider de toutes les traductions successivement publiées, autre prétention que de choisir tour à tour celle i décalquait le mieux le vieux texte dans notre fran-
moderne.
Charlemagne est depuis sept ans en Espagne, dont a presque achevé la conquête. Saragosse résiste seule, '^tlà que règne le roi Marsille qui, au dire du poëte, ore Mahomet et Apollon.
Marsille est couché, dans son verger, sur un perron niarbre. Vingt mille hommes sont rangés autour de ; il demande conseil à ses chefs, qui ne savent que poser pour échapper à Charlemagne. Enfin l'un
^ux, Blancandrin, conseille d'envoyer au grand em- 111. il.
âi2 CAUSERIES HISTORIQUES
rasins sont si nombreux que tout en est couvert, les vallons, les montagnes, les landes et les plaines. Je viens de lavoir, cette innombrable armée, et nous ne sommes qu'en fjgible compagnie.
— Mon courage en grandit 1 répond Roland. Dieu ne souffrira pas. ni ses anges non plus, que par moi notre France perde sa renommée ! Sire compagnon , mon ami, ne me parlez plus de la sorte. Nous tiendrons pied ; pour nous seront les coups. Notre empereur le veut. Dans ces soldats qu'il nous a confiés, il n'est pas un poltron, il le sait. Notre empereur nous aime parce que nous frappons bien. Frappe donc de ta lance et moi de Durandal, ma bonne épée que Charles m'a donnée! Si je meurs, qui l'aura pourra dire : — C'est l'épée d'un vaillant.
La mêlée s'engage. Roland et ses compagnons se signalent par mille prouesses, mais une seconde armée ennemie succède à la première et le nombre finit par l'emporter.
Comme nos rangs s'éclaircissent I la bataille est fougueuse et terrible î vous ne vîtes jamais tant d'hommes morts entassés, tant de blessures et tant de sang! sur l'herbe verte en coulent des torrents! Les nôtres frappent à coups désespérés. Quatre fois le choc leur est bon ; mais au cinquième, tous ils tombent frappés, hormis
soixante que Dieu épargne î Avant que de mourir, ceuxlà se vendront cher!
Quand Roland voit ce désastre :
— Ctier compagnon, dit-il à Olivier, que de braves gisant par terre I Quelle perte pour notre douce France I Charles, notre empereur, que n'êtes-vous ici? Mon bon frère Olivier, que faire et quel moyen de lui donner de nos nouvelles ?
— n n'en est plus , dit Olivier, mieux vaut mourir que fuir honteusement.
— Je vais, reprend Roland, sonner mon olifant, Charles l'entendra au fond des défilés ; il reviendra, soyez-en sûr.
— Allons donc, quelle honte! et votre race, ami, vous n'y pensez donc plus? Quand j'en parlai tantôt, vous n'en avez rien fait; vous n'en ferez rien à cette heure, du moins de mon avis. De bien sonner vous n'avez plus la force; voyez, vos bras sont tout saignants ! ^ *
— Aussi, quels beaux coups j'ai donnés ; mais nous avons affaire à trop de gens. Je sonnerai et Charles m'entendra.
— Non, vous n'en ferez rien, et j'en jure par cette barbe, si je revois jamais ma chère Aude, ma noble sœur, jamais vous ne serez dans ses bras.
— Pourquoi cette colère? dit Roland.
— Compagnon, vous nous avez perdus? Folie n'est pas courage. Ces Français ne sont morts que par votre imprudence. Si vous m'aviez cru, l'empereur serait ici, la bataille serait gagnée; mort ou vif, nous aurions
pris Mapsille. Roland, votre prouesse nous vaut notre malheur. Charles, notre grand Charles, jamais plus nous ne le servirons I
Cependant Roland sonne de son cor. Charlemagne l'entend ; il revient sur ses pas; mais il est trop tard: tous les preux qui avaient survécu tombent l'un après 1 l'autre. Olivier lui-même est traîtreusement frappé à mort par un Sarrasin qui se cache.
Roland voit Olivier livide et sans couleur, le sang ruisselant de son corps, A cette vue, il se sent défaillir, et sur son cheval il se pâme. Olivier ne l'a point aperçu. n a tant perdu de sang, que ses yeux en sont troubles. n n'y voit plus, ni de loin, ni de près. Son bras, qui toujours veut frapper, laisse encore s'abattre Hauteclaire, son épée, et c'est sur le cimier de Roland que le coup tombe : le casque en est fendu jusqu'au nasal, mais la tète n'en est point atteinte. A ce coup, Rolandle regarde et lui demande avec douceur :
— Mon compagnon, l'avez-vous fait exprès ? C'est moi, Roland, votre plus cher ami. Vous ne m'avez pas défié, que je sache?
— Je vous entends, c'est votre voix, dit Olivier; mais je ne vous vois plus; si je vous ai frappé, ami, pardonnez-moi I
—Vous ne m'avez pas fait de mal ; je vous pardonne, ami, ici et devant Dieu 1 ,
k ce mot, ils s'inclinent l'un vers l'autre, et sur ce tendre adieu, les voilà séparés.
Roland ne peut se détacher du corps de son ami, étendu sans vie sur la terre; il le contemple, il le pleure et lui rappelle à haute voix tant de jours passés ensemble, en si parfaite amitié. Olivier mort, quel fardeau pour lui que la vie l
Enfin, Roland, couvert de traits, tombe sous son cheval Vaillantif, qui est blessé à mort, puis les ennemis s'enfuient au galop vers l'Espagne, et le poëte reprend avec une sublime naïveté:
Roland ne peut les poursuivre, car il est à pied. Il s'en yient secourir l'archevêque Turpin, lui délace son heaume, lui bande ses plaies béantes, le presse contre son cœur et le dépose mollement sur le gazon ; puis doucement il lui dit:
— Abandonnerons-nous sans prières nos compagnons (p»e voilà morts et que tant nous aimions? Je veux aller chercher leurs corps et les apporter devant vous.
— Allez, lui répond l'archevêque, nous sommes Diaîtres du terrain, allez et revenez.
Roland le quitte et s'avance tout seul dans ce champ de carnage, cherchant sur la montagne, cherchant
dans le vallon. Il les trouve, ses braves camarades, et le duc Sanche, et le vieil Anséis, et Gérard et Béranger. Un à un il les apporté et les dépose aux genoux du prélat, qui les bénit en pleurant. Mais quand vint le tour d'Olivier, quand Roland veut apporter le corps de ce cher compagnon étroitement serré contre son cœur, son visage pâlit, ses forces l'abandonnent et par
terre il tombe évanoui Revenu à lui, le neveu de
Charlemagne sent bientôt que la mort va le saisir à son tour. Il prie Dieu pour ses pairs, le supplie de les appeler à lui, et, pour lui-même, invoque le saint ange Gabriel. Prenant d'une main le cor, dont il ne veut se séparer, de l'autre Durandal, il gravit une éminence en regard de l'Espagne, et, dans un blé vert, sous un arbre, se laisse choir.
La mort l'entreprend et lui gagne le cœur. Sur l'herbe verte il s'étend, couche sous lui son épée et son cher olifant; puis tournant le visage vers la gent sarrasine, afin que Charles et les siens disent, en le trouvant là, qu'il est mort conquérant, il se frappe la poitrine et demande à Dieu merci. De maintes choses lui vient la souvenance, de tant de beaux combats, de sa douce patrie, des gens de son lignage, de Charles, son seigneur, qui l'a nourri, et sur lui-même aussi sa pensée se retourne.
-^ Mon Dieu I notre vrai père, toi qui jamais ne mens, qui retiras Lazare d'entre les morts et Daniel de la dent des lions, sauve mon âme, arrache-la au péril des péchés que j'ai faits en ma vie.
Et, ce disant, la tète inclinée sur son bras, de la main droite il tend à Dieu son gant. Saint Gabriel le prend, puis Dieu envoie un de ses chérubins et saint Michel du Péril; par eux et par Gabriel Tâme du comte est portée au paradis.
Cfaarlemagne survient dans ce moment même. Il poursuit les Sarrasins et en fait un effroyable massacre ; mais Yémir de Babylone^ le vieux Baligant, appelé au secours de Marsille, arrive avec une armée innombrable. Elle est également vaincue et l'Espagne complètement soumise.
Alors:
Charles ne veut plus s'arrêter en chemin ; il ne prendra repos qu'à Aix, sa grande ville. L'y voici parvenu, et tout aussitôt il mande, par messagers, dans tous ses royaumes et provinces, les pairs de sa cour de justice, pour faire le procès à Ganelon.
Mais en entrant dans son palais, il voit venir à lui Aude, la belle Aude, la gente demoiselle.
—Où est Roland, dit-elle, Roland le capitaine, qui m'a juré de me prendre pour femme?
Charles sent^ à ces mots, se réveiller sa douleur mortelle; il pleure à chaudes larmes.
— Ma sœur, ma chère amie, il n'est plus celui dont tu me parles; mais je veux te donner^ en échange, un m. 18
218 CâUSE&IES HISTOaiQCES
éponx digne de toi : c'est Louis ; je ne te puis mieux dire, il est mon fils, il aura mes royaumes.
— Voilà, dit-elle, des paroles étranges ! Ne plaise à Dieu ni aux saints anges, que Roland mort, Aude reste vivante.
A ces mots elle pâlit, se laisse choir aux pieds de Charlemagne. — Elle est morte à toujours; Dieu lui fasse merci.
Le jour s*en va, la nuit couvre la terre, l'ange connu 1 de Charles, saint Gabriel, descend à son chevet et lui J dit de la part de Dieu :
— A la cité, que les païens assiègent, Charles, il te faut marcher; les chrétiens à. grands cris te rédament.
Et l'empereur s'écrie :
— Quel labeur est ma vie î
La voilà, l'histoire chantée par Théroulde^ conimele^ dit la dernière ligne du poème manuscrit, et nous m croyons rien exagérer en déclarant que c'est là une œuvre du premier ordre, à laquelle, comme l'a fait re-j marquer M. Yitet, « il ne manque aucun des de la véritable épopée. »
D'abord vous y trouvez l'uiùté, qui fait défaut di tous les poëmes du cyde carlovingien ou de la tablej Tonde.
lA-nationaiitéf qui disparadt ailleurs sous Tinfluence provinciale.
Le souffle soutenu et puissant que nous n'avions retrouvé, depuis Homère, que dans les Niebelungen,
Enfin le fond historique indispensable à une épopée. Le désastre de Roncevaux est mis hors de doute par la tkronique d'Eginhard lui-même, qui avoue que tous fc Français engagés dans l'affaire périrent jusqu'au ^er, et que ce revers empoisonna, dans le cœur de tkrles, la joie de toutes les victoires qu'il avait remortées en Espagne.
I Un désastre analogue se renouvela au même lieu, jûTiron un denoi-siède plus tard, lorsque Tarmée d'un s fils de Charlemagne, Louis le Débonnaire, y fut fllée en pièces, La légende populaire a réuni évidemment les deux défaites, et le chant de Roland les a imtortalisées dans un seul souvenir.
£ii outre, ce chant a un but: en faisant des Gascons, û massacrèrent nos gens à Roncevaux, des Sarrasins
dèles, il donne aux chrétiens une injure à venger;
les prépare de loin et avant Pierre THermite, à la
e contre les adorateurs de Mahomet. Enfin Ro-
d est un modèle offert au chevalier chrétien, a il lui
igné un nouveau genre de martyre, le martyre du
220 CÂUSBRIES IlISTOEIQUES
champ de bataille ! d C'est de lui qu'il faut apprendre i mourir en môme temps pour son pays, pour son roi, pour son Dieul — Et n'est-ce point là toute la loi de la chevalerie? "
L'amour n'apparaît dans le chant de Roland que vers la fin, encore sous une forme sainte et austère. EiJ apprenant que son fiancé a péri, Aude ne fait ni dis cours, ni plainte; elle se contente de dire :
et , — A. Dieu ne plaise que, Roland mort, Aude resl vivante. »
Et elle ferme les yeux pour ne plus les ouvrir.
Un peu plus tard les roipans de chevalerie point cette énergique et touchante sobriété. La galai terie les envahira avec tout son bavardage et toutes affectations ; au lieu de ce chaste attachement de lapro mise, nous aurons les folles a^ventures dTseult ou ( Berthe aux doux veux.
Et maintenant, si nous comparons les Niebelungt au chant de Roland, quel contraste 1
Dans les premiers domine, ainsi que nous Tavoi déjà fait remarquer, l'élément barbare, le christianis ne s y montre que comme un détail pour ainsi dire extérieur.
Dans le second, au contraire, c'est lui qui apparadi^
ivrir.
'ie n'auroB
Je ne saie quoi de stoïque et de tendre tout à la fois ûpcule dans le poëme et lui conserve, au milieu du liacas de ces grandes aventures, un accent qui vous
meut.
Vous avez vu Hagène et ses compagnons mourii* sans De leurs regards se soulèvent un seul instant vers le
^1) et prolonger leurs derniers instants en buvant le
"igqui coule de la blessure béante d'un ennemi. M Rolanjl, près de rendre Tâme, transporte l'un
près l'autre ses compagnons morts à l'archevêque
^in, qui prie pour eux et les bénit.
Quand Hagène a perdu son compagnon, le barde te, il se contente de le venger, sans que rien tra-
sa douleur.
Voyez les derniers moments d'Olivier : ce coup frappé
le cimier de Roland, dans les ténèbres de l'agonie ;
tonnement douloureux de celui-ci, les paroles échan-
entre les deux amis et le désespoir du neveu de
riemagne. — H est impossible de ne pas reconnaître
e ce sont là les expressions de deux époques distine-
t'I de deux sociétés différentes.
Voltaire a dit que les Français n'avaient pas la tête
ique» — Et, ajoute spirituellement M. Vitet, il l'a
uvé autant que la chose était possible en écrivant la
Henriade. — Mais le%chant de Roland témoigne au moins qu'ils l'ont eue. Grandeur du sujet, caraetère héroïque, heureux mélange delà narration et du drame, tout ce qui constitue une épopée s'y trouve I — Que lui manque-t-il donc pour être placé au rangj
des chefs-d'œuvre? s'écrie son dernier traducteur,^
M. Genin, sinon d'être écrit en grec ou en latin? \ A quoi M. Vitet répond judicieusement:
— 11 lui manquait d'être écrit seulement en français, c'est-à-dire dans une langue à son âge virily et nok dans un idiome en bas âge.
Là est véritablement le seul tort du Chant deRoM\ ou plutôt sa seule infortune. Venu trop tôt, il n'a ei pour instrument qu'un langage transitoire destiné périr. Chaque perfectionnement de la langue françaii a travaillé à le rendre inintelligible, et le temps bientôt venu où l'admirable inspiration de TherouW ne pouvait plus être comprise de personne.
Et voyez le cercle vicieux î Aux âges primitifs, quand les croyances sont jeunes, les sensations fraîches naïves, tout prend facilement la forme épique, mais! langage lui fait défaut. — Plus tard, quand la langue es formée pour se prêter à toiit traduire et ne doit pi subir de sérieux changements, l'âge de l'analyse et aï
douia est venu et le soufiDie épique s'est éteint. Pour avoir une véritable épopée, il faut donc, selon Theupeuse expression de l'écrivain que nous avons déjà cité plusieurs fois, « qu'un peuple sache déjà parler comme un homme, sans avoir encore perdu son cœur d'enfant !
Cette faveur accordée à la Grèce et à l'Italie du moyen âge, nous a été refusée, et voilà pourquoi le Chant de Roland est resté un chef-d'œuvre condamn<^ à la seule admiration des lettrés.
Mais que du moins ceux qui peuvent le connaître, ne fût-ce que par une traduction, ne lui refusent point cette admiration. Pour nous, faut -il l'avouer, nous n'avons jamais pu entendre ce premier bégayeïûent de la muse française sans éprouver l'espèce d'é- Diotion que cause le langage incomplet et charmant de l'enfant qui s'essaye à rendre sa pensée. Ces vieux monuments de notre littérature nationale nous inspirent l'attendrissement et le respect ; il nous semble y voir, à la fois, une tombe et un berceau, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus saint et ce qu'il y a de plus touchant. Également ennemi des calomniateurs du présent et des calomniateurs du passé, nous aimons celui-ci pour ce qu'il nous a laissé, celui-là pour ce qu'il donne.
Nous l'aimons surtout pour ce qu'il pourra préparer
de bon, de noble et de grand ! Car nul ne doit oublier que chaque génération est tenue de transmettre aux descendants Théritage social conservé et agrandi. Le genre humain doit avoir pour devise les paroles du chef germain à sa nation.
a Rappelez-vous ce qu'étaient vos pères et n'oubliez pas ce que seront vos enfants ! »