‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 14 sur 60 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Lorsqu'après avoir entendu les harpes de la Judée, on se tourne d'un autre côlé ; lorsqu'on prèle l'oreille en se penchant sur la nuit des âges et que l'on écoute si quelque autre voix s'élève dans le monde ancien, il se fait un long silence. — Ce n'est qu'environ treize siècles avant Jésus-Christ , c'est-à-dire quatre siècles

après Moïse que des voix confuses se font entendre vers la Thrace et la péninsule hellénique : ce sont les voix de Linus, d'Orphée, de Musée.

Initiés aux mystères des Egyptiens, qui avaient alors la garde des sciences hunoaines , ils viennent réunir les tribus en nations. Leurs enseignements sont donnés avec la lyre ; car, comme nous l'avons déjà dit, ces premiers législateurs résument la philosophie, la science et la religion dans la poésie; leurs codes sont des hymnes livrés à la tradition orale ; ils adoucissent les peuples barbares, comme les nourrices calment les enfants révoltés, par des chansons! La Fable a symbolisé ce travail de la poésie quand elle a représenté Orphée apprivoisant les bêtes féroces et Âmphion bâtissant les murs de Thèbes au son de la lyre.

Du reste, pendant ces premiers âges de la Grèce, tous les événements prennent la forme mythique. Les Cyclopes qui exploitent les carrières souterraines, la tête surmontée d'une lampe destinée à éclairer leurs travaux, deviennent des géants n'ayant qu'un œil au milieu

du front ; les Centaures^ infatigables cavaliers, sont représentés comme des monstres , moitié homme moitié cheval ; Deucalian , roi de Théssalie, qui recueille les populations échappées au déluge de la Grèce et qui va chercher les naufragés jusqu'au milieu des rochers, est supposé tirer une race nouvelle des pierres du rivage ; le Cretois Dédak' réussit à franchir les mers en donnant des voiles aux navires et on lui accorde des ailes.

Ainsi , tout fait éclatant ou nouveau passe sur-le-champ à l'état mythologique! On sent que c'est l'imagination d'un peuple à son enfance ; laissez-le grandir , et les fables deviendront des poëmes.

Ce Dédale que nous citions tout à Theuro et qui était aussi un excellent sculpteur, avait trouvé la statuaire telle que l'Egypte l'avait faite. L'image gardait le corps roide, les yeux fermés, les bras collés au buste et les genoux rejoints ; il dénoua les membres, il assouplit le corps, il ouvrit les paupières, il leur donna un regard et ce fut le génie grec lui-même qui sembla sortir du granit égyptien.

Mais aussi , remarquons-le , tout semblait s'èlre réuni pour favoriser cette haute mission qui allait être donnée à la Grèce. Là, toutes les races intelligentes et fortes s'étaient rencontrées et fondues ; chacune avait apporté sa qualité particulière pour constituer cette merveilleuse personnalité. — Les Pessages, habitants primitifs, lui avaient donné la ténacité celtique ; — les Egyptiens et les Hébreux venus avec Cécrops et Danalis , Tesprit d'organisation et le génie poétique ; — les Phéniciens , conduits par Cadmus, l'activité inventive et commerciale; enfin les Asiatiques, que commandait Pélops, la grâce qui est comme la parure de tout le reste.

On Ta remarqué avant nous, les nations destinées à jouer un rôle important dans l'histoire se sont toujours formées ainsi de la fusion de plusieurs races, apportant des instincts divers et des aptitudes particulières , — c'est à cette circonstance que Ton a attribué une partie des grandes choses accomplies par Rome, le rang qu'a occupé la France en Europe, les miracles accomplis par les Etats-Unis d'Amérique. Quelque chose d'analogue se produisit dans la

Grèce antique. Grâce à rapport qui lui fut foit par les différentes contrées, elle devint comme un immense cerveau dans lequel se concentrèrent toutes les (acuités dispersées chez les autres races contemporaines.

Sa position géographique fut une circonstance non moins favorable. Dotée de montagnes que couvraient des forêts» arrosée de beaucoup de cours d*eau , frangée par un grand nombre de ports et de rades, elle offrait toutes les ressources nécessaires à Undustrie et à la navigation. Grâce aux îles semées sur la mer Egée et qui lui servaient tour à tour d'étapes et de forteresses, elle était l'anneau qui devait lier l'Europe à TAsie.

Les conséquences de ce voisinage apparaissent dès son origine et remplissent son histoire.

Le littoral de l'Asie était alors semé de villes florissantes, dont la richesse devait tenter lavidilé des Grecs. Leurs navires partaient en suivant les lies , abordaient brusquement , enlevaient les troupeaux, les trésors ou les femmes, puis disparaissaient comme des oiseaux de proie

sans craindre la vengeance; — leurs traces étaient perdues dans Tair et sur les eaux.

La plus fameuse de ces expéditions fut celle de Jason en Golchide.

La Golchide , située au fond du Pont-Euxin était la Californie de Tépoque ; les plus célèbres avraturiers s'embarquèrent sur le navire Argo ( ce qui leur fit donner le nom d'Argonautes), et réussirent à s'emparer de ces richesses du père de Médée , que la fable figura plus tard par une toison d'or.

Cette expédition amena des représailles. Les Phéniciens , qui étaient les marins de l'Asie , firent à leur tour des incursions dans les lies et sur le continent de la Grèce. L'antagonisme des deux pays allait ainsi grandissant; les haines s'envenimaient et gagnaient de prodie en proche ; aussi , lorsque Paris vint chez Ménélas, roi de Sparte, et enleva sa femme Hélène, la Grèce entière saisitrelle ce prétexte pour satisfaire des rancunes amassées depuis longtemps et tous se précipitèrent au siège de Troie.

Ce choc contre l'Asie fut le premier événe-

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