TOME
vaut mieux qu'elle parte sur ses vaisseaux, afin d'épargner à nous et à nos enJEuitsTinfortone et le deoQ.
Tableau charmant et tonjours cité, qui nous représente les vieillards réchauffés un instant aux rayons de cette merveilleuse beauté de la fille de Léda . et ne revenant aux prudentes pensées qu'après un involontaire retour vers les émotions de la jeunesse !
Nous trouvons dans le poôme barbare des Niebelungen (dont nous aurons à parler en son lieu), poëme écrit plus de deux mille ans après V Iliade pour une autre race et sous des influences toutes différentes, une idée analogue.
II s*agit de la rencontre de Briinhild, la belle reine d'Islande , et de Chriemhild , la perle de Bourgogne. Le poëte dit :
Les deux filles de rois se tenaient Tune près de l'autre, et plus d'un guerrier d'élite trouvait doux de les voir ainsi.
Ils les dévoraient de leurs regards, ceux qui avaient entendu dire que rien de beau comme ces deux femmes n'avait encore été vu, et c'était à bon droit qu'on le disait....
Tous ceux qui pouvaient apercevoir les reines gracieuses louaient Brûnhild, la fiancée du roi Gunther;
mais si elle paraissait belle aux yeiix des jeanes gens, les sages, les anciens qui avaient longtemps regardé dans la vie, savaient bien que Chriemhild lui était encore préférable en beauté.
Ainsi, à toutes les époques, les vieillards ont été régardés comme les meilleurs juges de ce charme fascinant que les philosophes anciens, moins galants que les poètes, avaient appelé le poison du regard.
Mais revenons à VIliade.
Hélène s'assied près de Priam et lui désigne les principaux chefs de Tarmée ennemie. C'est pour Homère une manière dramatique de les Caire connaître au lecteur et qui a été imitée depuis par tous les poètes épiques.
Bientôt la bataille commence. Les dieux euxmêmes descendent de TOlympe pour se mêler aux combattants. Diomède blesse Vénus qui accourait au secours de son fils Enée ; il frappe tout ce qui lui fait résistance, sauf Glaucus, fils d'Hippoloque , qu*il reconnaît pour un hôte de sa famille. Tous deux s'élancent de leur char, se serrent la main et échangent leurs armes en signe d*amitié. — Un seul détail dans
oette scène chevaleresque laisse percer l'esprit intéressé des Grecs. Homère (iaiit observer qae, dans cet échange , Jupiter trouble Tesprit de Glaucus qui donne à Diomède une armure d'or contre une simple armure d'airain ^.
Gomme le combat reste indécis , Hector re* tourne à Troie pour invoquer les dieux. Il trouve au haut d'une des tours Andromaque qui regarde vers la campagne. Derrière elle se tient la nourrice , portant le jeune Astyanax dans ses bras.
A la vue de cet enfent, « beau comme Tastre du matin , » dit le poëte , Hector s'arrête , re* garde en silence et sourit ; mais Andromaque s'élance vers lui , les yeux noyés de larmes et couvrant ses mains de baisers, elle s'efforce de le retenir.
— Hector, tu es pour moi un père, une mère, un firère; tu es bien plus, tu es mon époux. — Oh! que ton cœur s'ouvre à la pitié! ne fais pas de ton fils un orphelin, de ta femme une veuve.
t Les peuples de Tépoqae d'Homère ne connaissaient point le fer, on du moins ne remployaient pas pour leurs armes ; cellesci étaient en airain, e*ettà-dire en cmyre mêlé de laiton.
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Le héros troyen a le cœur oppressé d un fu* oesle pressentiment; cependant il résiste. U tend la main vers son fils pour Tembrasser une dernière fois.
Mais à la vue du casque étincelant et de Taigrette flottante; Fenfant eflrayé détourne la tête et se rejetle eu criant sur le sein de sa nourrice. Hector sourit de sa frayeur; il retire le casque qui l'épouvante, le pose à terre, et enveloppant Âstyanax de ses deux bras avec tendresse.
— 0 Jupiter! dit-il, et vous dieux immortels, faites que ce fils me ressemble ! qu'il soit, comme son père, le rempart des Troyeus ! Qu'illustré par son courage, il mérite encore par ses vertus le trône de ses ancêtres ; qu'en le voyant rentrer dans nos murs, vainqueur et chargé de dépouilles sanglantes conquises sur un ennemi qu'il aura frappé de sa main, on dise un jour : — Celui-ci vaut mieux que son père.
Vœu touchant ! qui est l'espoir de tous les cœurs vraiment paternels ! Certain de survivre dans un fils on reporte sur lui toutes ses ambitions , on le grandit en idée , on Télève au* dessus de soi , on disparaît volontairement et par avance afin de lui foire place ! Pour un père
son enfont est raveiiir; lui-mâme ne se regarde déjà que comme le passé !
Hector reUmme an combat qni se prolonge jusqu'à la nuit.
Agamemnon rassemble alors le conseil. En définitive la journée a été défiaivorable ; on sent la nécessité d'apaiser Adulte et de lui &ire reprendre les armes. Une députation est envoyée pour lui oflBrir les excuses dn roi d' Ai^os et de riches présents.
Achille reçoit les envoyés dans sa tente avec tous les égards de Tantique hospitalité.
Abandonnant la lyre dont il jouait, il les fait asseoir sur des tapis de pourpre et ordonne de distribuer les coupes.
Lui-même place au-dessus de la flamme un grand irase où il a réuni les ^ules d'un agneau et d'une dièvre grasse à Tëchine succulente d'un porc nourri a^ec soin. Automédon tient les viandes qu'Achille coupe avec dextérité ; les dards en sont couverts ; Patrode, semblable par sa stature à l'un des immortels, allume un grand feu. Dès que le bois est consumé et ne jette plus qu'une flamme languissante» il étend les chaiix)ns sur lesquels il suspend les dards poudrés du sel sacré et soutenus par des fragments de rochers.
Le feu pénètre les viandes , il les sert et distribue le pain apporté dans de belles corbeilles.
Voilà le menu d*UD repas homérique.
Ce repas achevé, les envoyés font connaître à Achille leur mission ; mais il repousse toutes les offres et persiste dans sa résolution. Ils s'en reviennent donc vers le conseil auquel ils font connaître la réponse du fils de Pelée.
Obligé de renoncer à ce secours, Agamemnon voudrait au moins connaître les forces et les dispositions de l'armée ennemie. Diomède et Ulysse proposent de pénétrer dans le camp des Troyens pendant la nuit.
Ils partent, en effet, et surprennent en route Dolon, également envoyé par Hector pour examiner le campement des Grecs. Après avoir obtenu de lui tous les renseignements qu'ils venaient chercher , ils l'égorgent , puis pénètrent dans la tente du Thrace Rhésus, 1 y massacrent avec ses compagnons et enlèvent ses chevaux , renommés pour leur beaiité et leur vitesse.
C'est dans cet épisode surtout que se fiait
sentir la ressemblanoe eatre les héros d'Homère et les guerriers indiens. Ans (Hrécautions des deux Grecs, à leur manière de poursuivre DoIoD , aux artifices qu'ils emploient pour lui arracher Taveu de ce qu'ils désirent savoir» on croirait lire l'expédition nocturne de quelque chef Mohican ou Pied-noir contre un cam« pement de trapeurs. Après avoir égo^ l'espion troyen* Ulysse cache ses dépouiBes dans le feuillage d'un tamarinier et brise l'extrémité des branches » à ta manière américaine , pour être sûr de le reconnaître.
Il communique ensuite à Àgamemnon tout ce qu'il a pu apprendre, et dès le lever du soleil le combat recommence entre les deux armées.
Les Grecs sont repoussés jusqu'à leurs vaisseaux ; Hector y porte la flamme et tout semble perdu , lorsque Patrocle supplie Achille de lui laisser revêtir son armure afin de secourir Tar* mée grecque. Le fils de Pelée accorde à son ami ce qu'il lui demande. Patrocle s'élance à la tète des Phthiotes ; il repousse d'abord les Troyens; mais Hector le rencontre et Timmole.
Achille voit revenir les Grecs portant le corps de son compagnon d'armes. Ils sont poursuivis par Tennemi qui va achever d'incendier la flotte, lorsque le fils de ThéUs monte sur la proue de son vaisseau et pousse trois cris si terribles que les Troyens épouvantés prennent la fuite.
Lui-môme revêt bientôt les armes que sa mère a ftiit forger par Vulcain et qui donnent lieu à la description de ce fameux bouclier sur lequel Homère a gravé la figure des astres avec les scènes variées de la vie antique.
Le héros grec monte sur son char et adresse un encouragement à ses coursiers. L'un d'eux, à qui Junon accorde, pour un moment, le don de la parole , lui annonce une mort prochaine ; mais Achille ne l'écoute point, il se précipite sur l'armée troyenne qu'il disperse.
En vain le fleuve Xanthe , qui sort de ses joncs, lui reproche de souiller son cours de cadavlres et le poursuit de ses flots ; Vulcain arrive au secours d'Achille , il enflamme les arbres du rivage, et, combattant les eaux par la flamme, il les oblige à rentrer dans leur lit.
Enfin , le fils de Pelée aperçoit le char sur lequel se tient Hector, et il pousse vers lui ses coursiers.
Priam et Hécube qui voient du haut des remparts le danger de leur fils chéri l'appellent, hii crient de rentrer à Tabri des murailles.
Priam lui parle de sa femille déjà décimée par Achille , de la ruine qui menace Troie ; il se montre percé de coups et devenu la pâture des chiens qui le gardent maintenant et que lui-même nourrit.
Hécube baignée de larmes découvre son sein et lui crie :
— Hector, respecte la mamelle qui apaisa autrefois les douleurs de ton enfance. Mon fils, mon fils, en souvenir de mes tendres soins, aie pitié de ta mère.
Mais les instants d'Hector sont comptés. Après avoir fui quelque temps il s'arrête et accepte le combat
Frappé à mort, il est lié par les talons au char d'Achille qui le ramène ainsi jusqu'à sa lente.
Toute cette partie de V Iliade est pleine de mouvement, d'émotion et de grandeur. Sorti
des combats sans issue dont il a abusé dans les autres chants , Homère nous met en présence des vrais héros du poème et de douleurs auxquelles nous pouvons nous associer. Cette ville terrifiée, qui attend son salut ou sa perte de la perte ou du salut d'Hector ; ce vieux père et cette vieille mère lui défendant de combattre, cet Achille qui veut venger la mort d'un ami et qui poursuit le meurtrier de Patrocle penché sur ses quatre coursiers et la lance en avant, tout cela forme un spectacle qui saisit et retient. Jusqu'alors nous n'avons eu qu'une épopée ; ici commence le drame humain, celui dont l'intérêt ne dépend ni des préjugés de races, ni des mœurs du temps.
Achille revenu vainqueur près des vaisseaux, célèbre les funérailles de Patrocle avec une royale magnificence. Â la course de chars succède le combat du ceste , puis la lutte et les exercices du disque, de Tare, du javelot. Enfin , Priam averti par Iris , la messagère de Jupiter, que les dieux ont adouci le cœur du héros, sort de la ville et vient jusqu'à sa tente demander les restes d'Hector.
Ici aous n'osons plus raconter, nous don? noas la parole à Homère.
Alors Priàm descend à terre, et laiMant Idéus pour garder les deux chars, il pénètre dans la tente dn grand Achille.
Il le voit astis an mffien ; la fonle de ses compagnons se tient à l'éeairt; seuls, le bntve Antomédon et Alcime, rejetons de Mars, sont près dn héros pour le servir. Il valait de terminer s<m repas, la table n'était pas encore enlevée. Priam, sans être aperçu , entre : il s'approche, embrasse les genoux d*Achille, et prenant ses mains terribles, ces mains homicides qui lui ont immolé tant de fils, il les baise humblement ! — Lorsqu'un meurtrier poursuivi par les lois fuit sa terre natale, atteint une ville étrangère et parait subitement dans le palais où il cherche un asile, tous ceux qui s'y trouvent se retournent et le contemplent avec surprise, ainsi le fils de Pelée s'étonne à la vue du noble Priam, ainsi les spectateurs demeurent muets et se regardent avec hésitation, lorsque le vieillard rompt enfin le silence et l'implore en ces mots :
— Achille, semblable aux Dieux, ressouviens-toi de ton père! Il est, comme moi, accablé d'années et arrivé aux bornes de la vie. Peut-être est-il aussi assi^ par de puissants voisins, sans que nul, près de lui, puisse l'arracher au péril! Cependant, lorsqu'il apprend que tu vis, son coeur s'ouvre à l'espérance
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et à la joîe, il se flatte à chaque instant de revoir son fils. Mais moi , ô le plus infortuné des hommes, j'ai mis au jour un gi*and nombre de héros dans la superbe Troie, et je crois qu'il ne m'en reste plus un seul pour soulager ma douleur. J'avais cinquante fils quand les Grecs abordèrent à ce rivage ; dix-neuf étaient sortis du même sein ! la plupart ont servi de victimes à l'insatiable Mars. Le dernier qui me restât pour les venger et soutenir nos murailles , tu viens de le tuer dans un combat où il a signalé sa valeur en défendant la patrie. Tu l'as frappé, mon Hector! c'est pour lui que je suis venu près des vaisseaux des Grecs. Reçois les dons les plus précieux et rends-moi son corps ! Achille, respecte les Dieux ; aie pour moi quelque compassion ; ressouviens-toi de ton père ! — Hélas ! combien je suis plus malheureux ! J'ai pu, ce que n'a fait encore aucun mortel, j'ai pu... approcher de mes lèvres les mains de celui qui a versé le sang de mes fils!
Ces paroles réveillent dans le cœur d'Achille un souvenir douloureux ; il prend la main du vieillard et l'éloigné doucement. Tous deux se rappelant ceux qu'ils aimaient, avaient les yeux pleins de larmes. Priam, prosteinc aux pieds du vainqueur, pleurait le vaillant Hector ; Achille s'attendrissait sur son père et aussi, par instants, sur Patrocle, et leurs soupirs se confondaient dans la tente silencieuse !
Les mouvemenls de cœur sont rares dans
Homère, mais lorsqu'ils éclatent vous voyez avec quelle puissance de vérité.
Achille ne reprend la parole que pour accorder à Priam la grâce qu*il lui demande. Il lui promet en outre dix jours de trêve» afin qu*il puisse rendre à Hector les derniers honneurs, et le poème se termine par la description de la cérémonie funèbre.
Même dans la rapide et sèche analyse que nous venons de foire de V Iliade, vous avez pu apercevoir , ce me semble , combien la trame du poème était habilement conduite et quelle richesse dans les broderies dont Homère lavait couverte.
Dès les premiers vers on est en scène, au milieu du camp des Grecs; les personnages sont en action. Et quelle importance donnée à Achille, le héros du poëme , qui par son seul repos va compromettre la cause des Grecs. Pendant une partie du récit, il reste dans Tombre, et cependant il ne cesse point de planer sur Tensemble ; sa grande figure immobile et silencieuse se tient à l'écart comme une sombre image du destin; on sent qu'à la minute où elle
se redressera pour pousser ce grand cri dont les Troyens s'épouvantent, tout sera achevé !
Puis remarquez avec quel art le poète amène le réveil du fils de Pelée. Il a résisté aux prières des chefs, aux offres splendides d'Agamemnon, aux clameurs de désespoir des Grecs ; la mort seule de Patrocle peut lui faire oublier sa promesse et larracher au repos. — Cette péripétie pathétique renouvelle l'action au moment oà elle commençait à languir , et fait retentir une corde jusqu'alors muette.
Tout le monde Ta dit et nous venons de le répéter après tout le monde : il y a dans V Iliade trop de combats. Quelles que soient les ressources du poêle il ne peut varier suffisamment ses descriptions. Nous nous intéressons d'ailleurs médiocrement à la déEaiite ou à la victoire de ces héros inconnus, les mouvements des deux armées nous importent peu ; nous avons hâte de courir au dénouement.
Mais il ne faut point oublier que tout cela était écrit pour des Grecs, à qui les noms des combafp tants étaient familiers et dont c'était rhisloire nationale. Rappelons-nous ce fastidieux réper-
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loîre des batailles de l'empire, publié en France après sa dinle aons le titre de VieuAres ei Can^ quêtes. Écrit en style de bnlIeUn , il ne renfiBrmaitque Tindication des mancBuvres exécutées par tel ou tel génârel, de la part prise au combat par telle denû-brigade. Pas un détail dramati-* que, pas une anecdote émouvante, pas un élan de joie ou de douleur ! et cependant, ce livre aride était dans toutes les mains ! On le lisait dans la boutique , dans le salon, dans la chaumière ! Enfant , nous le cachions parmi nos classiques pour le parcourir à la dérobée pendant qu'on nous expliquait Homère ou Virgile. Pourquoi cela? — Cest que ce livre nous racontait la gloire militaire de la France ! c'est quMI était complété par les entretiens du foyer , par les récits du vieux soldat-laboureur, que nous trouvions assis sous son pommier ou au bout de son sillon ; c'est qu'enfin quelque chose de nous se cachait dans ces feuillets , et qu'à travers la prose décolorée du narrateur nous sentions remuer Tàme de la patrie !
Que devait être alors, pour les Grecs, cette ffiade qui leur redisait les grands combats de
leur race, dont tous les noms survivaient encore dans quelques descendants illustres! Quel intérêt pour eux, aujourd'hui perdu pour nous!
Comment ce poème, qui portait si haut leur gloire nationale ne serait-il point devenu populaire ! Us en firent ce que les Espagnols ont foit plus tard des romances du Cid, ce que les Français du moyen âge avaient fait du chant de Rohmd. Les rapsodes allèrent le répétant de village en village, jusqua ce que des prêtres eussent été chargés par les républiques de la Grèce d'en garder le souvenir pur de toute altération. Les Homérides (ce fui le nom qu'ils reçurent) devinrent ainsi les gardiens de la tradition guerrière et du patriotisme helléniques.
Mais si Homère avait surtout donné une épopée à la Grèce dans Y Iliade , il donna véritablement une épopée au monde en écrivant V Odyssée.
C'est, dans l'histoire littéraire, le seul exemple d'un génie créant deux poëmes de cette importance qui , après avoir surnagé jusqu'à nous, laissent encore notre admiration indé-
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cisc. 11 y avait dans V Iliade et dans V Odyssée de quoi faire deux gloires égales et souveraines ; par un miracle qui ne s'est jamais re« produit, ces deux gloires couronnent le môme front.
V Odyssée est l'histoire des traverses essuyées par Ulysse avant de regagner son royaume. V Iliade ne comprend qu'une durée de dixsept jours, rOdy«9^ en renferme une d'environ huit années.
Troie a succombé ; tous les chefs Grecs qui ont survécu sont de retour; Ulysse seul n'a point reparu. Itaque est opprimée par quelques jeunes hommes de noble naissance qui se sont emparés des richesses du roi et veulent obliger Pénélope à choisir Tun d'eux pour époux.
Celle-ci a employé tous les subterfuges pour ajourner ce choix. Elle a demandé à finir la toile quelle prépare pour le linceul de Laêrle, le père d'Ulysse ; — c'est ce linceul que les modernes ont maladroitement transformé en voile de femme ! — Toutes les nuits elle détruit le travail du jour précédent, et la toile reste ainsi
au même point ; mais les prétendants découvrent sa ruse et déclarent qu'ils n'attendront pas plus longtemps.
Là commence le poôme. Minerve, protectrice d'Ulysse, prend les traits de Mentes, roi des Taphiens, se transporte à Ithaque et conseille à Télémaque de se mettre à la recherche de son père.
Il s'embarque secrètement et se rend tour à tour à Pilos, chez le sage Nestor, et à Lacédémone chez Ménélas. Ce dernier lui apprend que, s'il doit en croire le devin Prêtée, Ulysse est prisonnier dans l'Ile de Calypso.
Ceci est , à proprement parler, le prologue de V Odyssée.
Quand le poëte a ainsi préparé son sujet, il nous transporte chez la déesse Calypso à qui Jupiter ordonne de laisser partir Ulysse. Le roi d'Ithaque abat des arbres, fabrique une barque et se met en mer ; mais Neptune qui le poursuit d'une haine implacable brise son fragile navire et le héros naufragé aborde chez les Phéaciens (habitants de Corcyre).
Près du lieu auquel il vient de prendre terre
sont des lavoirs oh la fille da roi Akânoua s'est r^ddue avec ses compagnes. Ulysse, qpie la fiitigue a endormi en scartant des fiots, est réveillé par le brait de leurs voix ; il se redresse nu et couvert de limon marin , brise quelques rameaux dont il se fisût un vêlement M s6rt du fourré qui le cache afin de connaître le nom de la contrée et d'implorer des secours.
J'ai annoncé cet épisode lorsque j'ai cité celui de Rébecca; je traduis ici le passage d'Homère :
A peine Ulysse a-t-il para, souillé par Técume de la mer, que les jeunes Miéaciennes s'épouvantent, prennent la fuite et vont se cacher denière les rochers du rivage. La seule fille d'Alcinoûs, Nausicaa, attend sans s'étonner, car l^linerve a banni l'épouvante de son âme. Elle demeure debout, et Ulysse hésite s'il doit courir embrasser ses genoux ou lui adi*esser de loin (|uelque prière touchante; mais enfin, craignant, s'il approche, d'oSénser Nausicaa, il a recours aux paroles les plus flatteuses et les plus insinuantes.
— 0 vous, qui que vous soyez, mortelle ou déesse, vous voyez à vos pieds un suppliant. Si vous êtes une divinité, je ne doute point que vous ne soyez Diane, fille du grand Jupiter, car vous avez sa beauté auguste et ses gràces attirantes ; mais si vous êtes une mor-
telle, heureux votre père et votre mère » beureux vos frères! quelle joie pour eux de voir» k chaque instant, ceUe qui semble destinée à fiiire l'omement des fêtes! Mais mille fois plus heureux encore le mortel qui» après vous avoir &it accepter ses riches présents, sera préféré k tous ses rivaux et aura le bonheur de vous conduire dans sa demeure ! Car je reste devant vous, frappé d'étonnement et d'admiration. Jamais je ne vis rien de plus beau, depuis le jour où j'aperçus à Dâos cette merveilleuse tige de palmier qui sortit tout à coup de terre auprès de l'autel d'Apollon. Dans un voyage qui a été pour moi une source de douleurs, je passai autrefois dans cette Ile à la tête d'une nombreuse armée, et je demeurai saisi à la vue de cet arbre dont jamais la terre n'enfanta le pareil. Votre aspect ne me cause ni moins de surprise, ni moins d'admiration. Le respect seul m'a empêché d'embrasser vos genoux. Vous voyez un malheureux qui a échappé hier au naufrage, après avoir été pendant vingt jours entiers le jouet de la tempête et des flots* Je viens de l'Ile d'Ogygie ; un dieu m^a jeté sur ce rivage pour m'exposer peut-être à de nouvelles souffrances, car je n'ose croire que les divinités soient lasses de me poursuivre. Mais vous, puissante princesse, prenez-moi en pitié. Après tant d'épreuves, vous êtes la premi^e que je rencontre et dont j'implore l'assittance. Enseignez-moi le chemin de la ville et donnesmoi quelque lambeau de vêtement dont je puisse me
couvrir. En réc<»npeii8e» puissent les Dieux voiis accorder tout ce qui comblert vos désirs; puissies-VDas obtenir un époux qui vous mérite» une fimiille florissante et cette union des coeurs que rien ne réussit i
troubler ; car le don le plus précieux qui puisse venir du ciel aux époux est l'union; die fidtle désespoir de leurs ennemis» la joie de leurs amis, et die est pour eux comme un trésor de gloire et de bonne renommée. La belle Nausicaa lui rép<mdit :
— Étranger» vos manières et la sagesse de vos discours prouvent assez que vous n'êtes point un bomme obscur. Jupiter distribue les biens selon sa volonté aux bons et aux méchants ; il vous a infligé des maux ; supportez-les avec patience. Mais puisque vous voilà dans notre ile» vous ne manquerez d'aucun des secours qu'un étranger peut attendre de ses hôtes. Je vous montrerai l^^chemin de notre ville et je vous apprendrai le nom des peuples qui l'habitent. Vous êtes dans rUe des Phéaciens; je suis moi-même la fille du grand AkInoùSy qui règne sur ces peuples.
Elle dit, et s'adressaut à ses femmes :
— AiTétez» leur crie-t-elle, pourquoi fiiir ainsi devant un seul homme? Pensez-vous que ce soit un ennemi, et ne savez-vous pas que quiconque oserait aborder ù l'ile des Phéaciens pour y porter la guerre, trouverait bientôt la mort?.^ Celui que vous voyez est un malheureux que poursuivent de noires destinées et que la tempête a jeté sur ces bords ; nous de-
vons en avoir soin. Les étrangers et les indigents sont envoyés par Jupiter. Le peu qu'on leur accoi*de soulage leurs douleurs et nous gagne leur reconnals'sance. Donnez-lui de quoi se nourrir et se baigner dans le fleuve à Tabri du vent.
 ces mots, les suivantes s'arrêtent et obéissent; elles conduisent Ulysse dans un lieu couvert, placent près de lui le linge, la tunique et les autres vêtements, lui donnent un vase d'or plein d'essence embaumée et se retirent à l'écart.
Alors Ulysse s'élance daps les ondes; il fait dispai-aître Técunie qui le couvre, il essuie ses cheveux, les parfume et se revêt des habits magnifiques donnés par Nausicaa. La ûlle du grand Jupiter, la sage Minerve, le fait paraître d'une taille plus élevée ; elle donne de nouvelles grâces à sa chevelure qui, semblable à la fleur d'hyacinthe tombe en laides anneaux jusqu'à ses épaules. Comme un habile ouvrier ù qui Vulcain et Pallas ont enseigné tous les secrets de son art, et qui mêle l'or à l'argent pour composer un chef-d'œuvre, ainsi la déesse répand sur toute la personne du roi d'Ithaque la beauté, la noblesse et la majesté. Il s'assoit un instant sur le rivage de la mer, et la princesse ne peut se lasser de l'admirer. Elle dit u ses compagnes :
— Assurément, ce n'est point contre l'ordre des dieux que cet étranger a abordé dans notre île bien* heureuse. D'abord il m'avait paru un homme vul-
gaire, mais mainteittiu Je Yois qu'il reasemble ani habitants de l'Olympe. PIAt k Jupiter que l'ëpou qoi m'est destiné fftt semblable à lui, qu'il youtùt s'établir dans cette lie et qu'il s'y troufât heureux.
Cependant elle pense à ce qu'elle doit Cure pour son retour. Elle atiHe son dbar» elle y place tout ce qu'die doit emporter et die y monte. Ensuite» s'adressant à Ulysse, elle lui parle en ces termes :
— Levez-vous» étranger» partons, afin que je vous conduise au palais de mon père» où les principaux Phéaciens ne tarderont pas à venir vous visiter. Voici ce qu'il faudra faire, vous qui êtes un homme sage. Pendant que nous serons encore loin de la ville et que nous traverserons les campagnes, vous n'avez qu'à suivre doucement le char avec mes compagnes; je
vous montrerai le chemin — Mais quand nous
approcherons des murs, alors il faudra nous séparer. Je crains la malignité des sujets de mon père ; il y a parmi eux des hommes hardis et médisants. S'ils m'apercevaient avec vous» ils ne manqueraient pas de dire : — Quel est cet inconnu si beau et si bien tait qui suit Nausicaa? où l'a- 1- elle trouvé? Est-ce un époux qu'elle amène ? est-ce quelque voyageur recueilli par eUe? (car nous n'avons pas de voisins), ou plutôt serait-ce quelque dieu descendu du ciel à sa prière» et qu'dle espère retenir toiyours t Elle a eu raison d'aller elle-même présenter sa main k im étranger, puisqu'elle méprise sa nation et qu'elle
rebute les principtox Phéadens qui la redierchent en mariage. — Voilà ce qu'on ne manquerait point de dire, et ce serait une honte. Moi-même je condamnerais une jeune fille qui en agirait ain« et qui, sans l'autorisation de son père et de sa mère, se montrerait publiquement près d'un homme qu'dle n'aurait point épousé devant les autels. Retenez donc bien» généreux étranger» ce que je vais vous dire, afin que vous puissiez obtenir de mon père tout ce qui sera nécessaire pour votre départ. Nous allons rencontrer un bois de peupliers consacré à Minerve ; 0 est arrosé par une fontaine et environné d'une bdle prairie. Là mon père a un domaine et des jardins qui ne sont éloignés de la ville que de la portée de la voix. Vous vous y arrêterez et vous attendrez que nous soyons arrivées au palais. Alors vous entrerez dans la viUe et vous demanderez la demeure d'Alcinoûs. Elle est connue de tout le monde, car aucune autre ne peut lui être comparée, et il n'est pas d'enbnt qui ne puisse vous y conduire. Quand vous aurez passé la cour et firanchi les degrés, traversez les appartements sans vous arrêter, jusqu'à ce que vous soyez parvenu devant la reine ma mère. Vous la trouverez appuyée contre une colonne et filant, à la clarté du foyer, des laines de pourpre d'une beauté merveilleuse. Ses fenunes seront près d'elle, attentives à leur travaU, et vous verrez aussi mon père, assis à la table du festin, conune un dieu. Ne vous arrêtez pas à lui; mais allez embrasser les genoux de ma
mère, afin d'obtenir promptement les secours nécessaires. Si elle vons reçoit favorablement, vous pouvez espérer de revoir vos amis et votre patrie.
Veuillez vous rappeler par la pensée le récit de Rébecca. Quelle différence de ton, de couleur, de mouvement !
Ce qui frappe au premier abord dans ta forme générale, c*est que chez Homère le discours domine. Les Grecs parlaient bien ; ils le savaient et ne renonçaient point facilement à le prouver. L'allocution d'Ulysse est un chef-d'œuvre. Avec quel art il flatte Nausicaa ; comme il sait dire, en passant, qu'il a vu Délos, qu'il a commandé une armée ! Et quand la jeune fiile est émue par son éloquence, par sa bonne mine, comme elle le lui laisse voir avec grâce ; quelle fine coquetterie dans cette précaution de ne pas rentrer avec lui! Exprimer les soupçons qu'elle exprime, c'est déclarer qu'ils sont possibles.
Puis voyez ces allusions à la médisance des Phéaciens, vraie touche de comédie qui vient égayer si heureusement la narration; voyez surtout ce trait charmant qui termine. Le père, assis à table comme un dieu, c'est à dire ne fai-
sant rien , tandis que la mère file de la laine contre une colonne. — Mais aussi ne vous arrêtez pas au père, c'est la femme seule qui accorde et décide.... — Les ménagés phéaciens étaient évidemment des ménages très-civilisés !
Au reste tout ce récit indique des mœurs déjà raffinées et Tart du poëte lui-même n'a rien de la simplicité biblique. On voit qu'il lient à faire ses preuves, à user des ressources de la langue; il se oomplaît aux descriptions. Dans l'épisode de Rébecca, nous n'avions qu'une ravissante inspiration ; ici nous avons des ornements littéraires, de l'art!
Cependant Ulysse fait ce que Nausicaa lui a conseillé ; il est accepté pour hôte par le roi des Phéaciens, auquel il cache son nom, mais qu'il supplie de le faire transporter à Ithaque. Alcinoiis réunit l'assemblée du peuple et annonce son projet de rendre ce service au naufragé incx)nnu.
Il donne ensuite des jeux dans lesquels Ulysse signale sa force et son adresse. On se met à table et un rapsode chante la guerre de Troie.
En 1 écoutant, le fils de Laërte ne peut retenir ses larmes et finit par se foire connaître.
Il raconte alors ses longs malheurs depuis la prise dllion.
Sa flotte a d'abord été poussée vers Ttle des Cyclopes, où Polyphôme a dévoré plusieurs de ses compagnons. Ulysse n'a pu lui échapper qu'en profitant de son sommeil pour lui crever l'œil avec une poutre rougie au feu.
De là il s'est rendu à l'tle d'Éole. Ce dernier lui a donné une outre qui contenait les vents furieux. Ulysse l'a enfermée au fond de son navire, qui a vogué ainsi sans danger jusqu'en vue d'Ithaque; mais là, des matelots croyant que l'outre mystérieuse renfermait quelque trésor, se sont hasardés à l'ouvrir ; tes vents s'en sont échappés et ont dispersé les navires au loin. Ils ont abordé chez les Lestrigons, géants antropophages (Sicile orientale), qui ont détruit leur flotte. Le seul vaisseau d'Ulysse leur a échappé et est arrivé à l'île de Circé.
Là ses compagnons ont bu un breuvage magique qui les a transformés en pourceaux . Le roi d'Ithaque a réussi à leur faire rendre leur
forme première, et comme Circé Ta averti qu'il ne pourrait revoir sa patrie qu'après être descendu aux enfers, il a entrepris ce voyage dans le royaume des ombres; — ce' qui donne à Homère roccasion de faire une sorte de revue historique.
De retour des enfers, Ulysse a remis à la voile ; il a échappé au chant séducteur des syrènes, en se bouchant les oreilles avec de la cire et se faisant lier au mât du vaisseau; il est descendu ensuite dans Tlle de Thrinacie où paissaient des troupeaux appartenant à Apollon. Ses compagnons ne les ont point respectés (comme ils en avaient reçu Tordre) et leur navire a été précipité dans le goufifre de Scylla. — Ulysse s'est sauvéà la nage et a atteint l'île de Galypso d'où nous Ta vous vu partir pour arriver chez les Phéaciens.
Tout ce récit n'est qu'une version poétisée des fables géographiques du temps. Homère les a recueillies, coordonnées, et, par lui , elles se sont répandues plus tard dans le monde entier. Les traditions de Polyphème, des syrènes, de Circé, des Lestriggns, reparaissent dans tous
ut
les romans chevaleresques du moyen âge ; elles ont passé dans le conte populaire; nous les avons retrouvées en Bretagne, au fond des montagnes noires et dans les rochers de l'Ârmor. Pendant trois mille ans Homère a défrayé l'imagination des poètes et des pâtres; il a fourni à l'amusement des palais et à Tamusement des chaumières; ses poèmes ont été comme les fleuves limpides où tout le monde se désaltère et dans lesquels on puise également avec la cruche de terre et avec Turne d or.
Après avoir entendu le récit d'Ulysse, le roi Âlcinoiis tient sa promesse ; un de ses navires conduit le prince fugitif à Ithaque. — Par l'intervention de Minerve il est débarqué endormi sur le rivage.
Vêtu de haillons qui le rendent méconnaissable, il se rend chez Eumée , intendant de ses troupeaux . Télémaque arrive ; les haillons disparaissent, et le père et le fils tombent dans les bras I un de l'autre.
Mais le retour du roi doit rester caché ; les prétendants sont maîtres du palais et conduisent le peuple à leur gré; s'ils retrouvent
Ulysse il a tout à craindre ! Il garde donc les lambeaux qui le couvrent et se présente à la porte de sa propre demeure en mendiant !
Nul ne le reconnaît sauf le chien qu'il avait autrefois élevé et nourri. — Vieux, malade » abandonné, le fidèle animal sort tout à coup de sa langueur, se traîne jusqu'à son maître et meurt de joie à ses pieds !
Cependant les prétendants ont aperçu Tétrangcr qui se lient sur le seuil ; ils le raillent, rinsuUent, et comme il répond avec fierté, Tun d'eux, Antinous, lui lance un tabouret à l'épaule.
Malgré la force du coup, Ulysse est aussi immobile qu'un rocher, seulement il balance la tête sans proférer une parole et va s'asseoir sur le seuil , en posant à terre sa besace remplie.
Il y a dans la position de ce roi qui mendie à la porte de son palais, qui reçoit les outrages de ceux qui le dépouillent et attend sans rien dire l'heure de la vengeance, une grandeur sombre qui prépare de loin le lecteur , le saisit et le tient en haleine.
La nuit venue, UIvsse reste couché dans le
vestibule, d'où il voit les esdaves quitter leurs lits pour uœ oi^ nocturne. — La peinture de cette maison sans maître, ou la main d'une veuve et d'un enbnt n'ont pu maintenir l'ordre et dont la ridiesse s'écoule comme une eau fuyante, est pleine d'une énei^que vérité. Ulysse est vingt Rns sur le point d'édater ; mais il pose une main sur si poitrine, en disant : — Calme- toi, mon cœur, iuas supporté de plus dures épreuves ! — et il attend.
Le lendemain, les prétendants reviennent pour un nouveau festin. Us ont averti Pénélope qu'elle devait choisir entre eux, son époux, sans plus de retard. Elle apporte 1 arc et le carquois d'Ulysse en déclarant que celui qui pourra traverser de sa flèche les douze anneaux obtiendra sa main Mais tous essaient en vain de tendre l'arc. Alors Ulysse le prend et perce de ses flèches les prétendants , tandis que les pâtres, accourus à l'appel d Eumée, ferment les portes, et, aidés de Télémaque , achèvent le combat.
Tel est ce poème, dans lequel vous trouvez à la fois le roman, la comédie, le drame et This-
toire. Aucune œuvre humaine ne renferme autant de richesse de détails , une science aussi complète de Tépoque qui Ta produite. On sent que c'est le poëme de la maturité d'Homère ; les horizons se sont agrandis devant ses yeux ; il possède mieux toutes les ressources du poëte ; il connaît mieux les hommes ; il a plus de philosophie, plus de justice. Aussi, VOdyssèe, placée d'abord au dessous de YllUide, a-t-elle fini par reprendre le premier rang. Longin a cru l'abaisser en disant que dans cette dernière inspiration , Homère ressemblait au soleil couchant. Nous acceptons l'image, mais avec une intention contraire. Oui, le génie du grand rapsode a, dansl'Odps^^, la majesté de l'astre du jour à son déclin. Comme lui, il semble tout inonder de flots d'or et de pourpre ; il a Téclat d'une splendeur suprême et le charme touchant d'un adieu. Les contours adoucis, les teintes variées, les mélodies plus confuses lui donnent la beauté ineffable de ces soirées d'été où, tandis que le soleil s'efface lentement , les étoiles commencent à s'épanouir dans l'azur plus sombre.