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Les Athéniens ont donc une armée bien nombreuse?
LE CHoeua.
Assez nombreuse pour que les Mèdes aient d^ eu à souffnr d*eUe miUe maux.
ATOSSA
Et avec cette armée ont-ils chez eux des richesses suffisantes?
LE CHOEUR
Us ont une source d'argent, un trésor que leur fournit la terre*.
ATOSSA
Leurs mains sont-elles armées de Tare et des flèches?
LE CHOEUR
Non, ils combattent de près avec la lance ; ils se couvrent du bouclier.
ATOSSA
Quel est le roi qui les conduit ?
LE CHOEUR
Nul homme ne les a pour esclaves ni pour sujets.
ATOSSA
Conunent pourront-ils soutenir l'attaque de mon fils?
LE CHOEUR
Comme ils ont soutenu jadis celle de ton époux.
Le chœur achève ces mots, lorsqu'on voit paraître un messager couvert de poussière , il s'arrête à la porte du palais et s'écrie :
1 Les mines de Lauriam.
0 villes qai couvrez la terre d'Asie ! 6 Perse ! et voos palais» séjour de rq>alence ! comment un «W coup a-t-il flétri tant de prospérité! la fleur de la nation est tombée sous la foux !
Atossa et le chœur l'entourent, rinterrogent.
— C*en est (ait de l'armée, elle a péri tout entière... J'étais là.... mon témoignage est sûr... Au choc impétueux de leurs navires, nous avons fléchi.... 0 Salamine! nom fatal et détesté! Athènes, Athènes, que ton souvenir nous coûtera de pleurs !
Alors les questions se pressent. — Combien les Grecs avaient-ils de vaisseaux pour oser engager le combat? — Trois cents, et nous en avions mille. — Les dieux ont donc combattu pour eux?
Athènes est une ville inexpugnable ! Athènes contient des hommes ! c'est là son invincible rempart.
On demande alors au messager le récit de la bataille. — Il dit à Atossa :
— Reine, un dieu courroucé, quelque âital génie
fut la cause première de tant de malheurs. Un soldat atbteien vint dire à Xemès, à ton fils, que lorsque les ombres de la nuit seraient descendues, les Grecs abandonneraient leur position ; que pour sauver leur vie ils allaient se réembarquer rapidement et se disperser dans les ténèbres! A cette nouvelle, Xerxès veut qu'au momeut où les ombres de la nuit rempliront les espaces célestes, ses commandants disposent sur trois rangs les innombrables navires et ferment tous les passages. Si les Grecs évitent leur &tal destin, si leur flotte s'échappe furtivement, chaque chef en répondra sur sa tête ! Les troupes se préparent donc sans confusion, sans négligence; elles prennent le repas du soir ; les matelots attachent leurs rames aux anneaux des bancs.... Cependant la nuit se passait et nulle part l'armée des Grecs ne tentait de fuir à la faveur des ténèbres. Bientôt le jour aux blancs coursiers répandit sur le monde sa resplendissante lumière. A cet instant, une clameur immense, modulée comme un hymne saint, s'élève du côté des Grecs. L'écho des rochers de l'île y répond. Les Barbares sentent leur cœur se glacer, car il n'était pas l'annonce de la fuite, ce chant sacré qui conduisait Tennemi au combat!... Bientôt leur flotte apparaît tout entière à nos yeux; l'aile di*oite marchait la première, habilement rangée, les autres navires suivaient et ces mots retentissaient au loin :
— Allez, fils de la Grèce ^ délivrez la patrie; sau^
vex voê enfafUêj va femmes^ Uê temples aies Dieux de vas pères et les tombeaux ée vos effleux, tM «ml ecmbat va décider de tout ce^ue vous aimu!
A ces cris, iMHur^KHidoiis par le al de gottredet Perses.... Déjà les prônes d*anrain se heurtent contre les proues... Ennemi contre ennemi, les deux flottes s'élancent! An premier effort, les Perses ne recnloil pas; mais nos innombrables navires, resserrés dans un étroit eq)ace ne peuvent se prêter secours; ils entre-choquent leurs becs d'airain, ils brisent mutudlement leurs rames; la flotte grecque, conduite par des mains exercées, les enveloppe et porte de toutes parts ses coups. Nos vaisseaux sont détruits, la mer disparaît sous les débris flottants et sous les morts ; les rivages, les écueils se couvrent de cadavres! ce qui restait de notre flotte ramait pour fuir en désordre ; mais, comme des poissons pris au filet, les Perses sont écrasés dans les vagues et mis en lambeaux ; la mer résonne au loin de voix lamentables ! enfin la nuit montra sa face sombre et nous déroba au vainqueur.
A ce récit, d'une si poétique réalité, Alossa et le chœur poussent des cris de désespoir ; Darius les entend du fond de son sépulcre , il soulève la pierre , il apparaît au milieu d*eux ; n leur annonce que la Perse ne retrouvera le bonheur qu'en renonçant à porter jamais la
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guerre dans le pays des Grecs ; il les avertit que l'armée restée sous les ordres de Mardouius doit périr elle-même; c'est la juste punition des cruautés et des sacrilèges commis par les soldats de Xerxès.
— Les autels sont détruits ; les statues ont été arrachées de leurs bases et brisées en morceaux ; déjà ces crimes ont reçu leur salaire» mais tout n'est point fini ; Tabtme du malheur n'a pas été desséché jusqu'au fond, la source jaillit encore ! Des flots de sang couleront sous la lance dorienne et se figeront dans les champs de Platée. Des amas de cadavres parieront jusqu'à la troisième génération et diront aux hommes» dans leur muet langage : — Mortels, n'élevez pas vos pensées au-dessus de la condition mortelle. Si vous laissez germer l'insolence, il poussera l'épi du crime et vous récolterez une moisson de douleurs.
Après cet avertissement , l'ombre de Darius disparaît, et le chœur reprend ses lamentations, quand un fugitif pâle et égaré se précipite sur le théâtre, c'est Xerxès. Le chœur s'écrie :
—Quel coup ! quel coup terrible, 6 mon roi ! l'Asie est abattue sur ses genoux.
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Et il lui demande ce que sont devenus vingt chefs célèbres qu*il nomme. Mais à œs questions Xerxès ne répond qu'un mot : — 0 ennemis ! ennemis ! — Non , non ! elle ne peut avoir péri tout entière, cette puissance des Perses , reprend le choBur. — Tu vois ce qui me reste, répond le grand roi« et il montre son carquois vide.
Alors le chœur s*arrache la barbe et le drame se termine dans une immense clameur de désespoir.
Maintenant , figurez-vous ces sublimes souvenirs des dangers et de la gloire d'Athènes , évoqués au milieu d'une ville dont les murs étaient encore noirs de l'incendie allumé par Xerxès, devant des spectateurs couverts de nobles cicatrices et par un poêle qui racontait ce qu'il avait vu, ce qu'il avait aidé à accomplir! Quelles émotions dans la foule! comme Je souffle patriotique de ces vers devait soulever toutes les âmes ! Comment s'étonner qu'une pareille pièce ait été couronnée, qu'Eschyle soit resté le poète de la Grèce du second âge, et qu'elle lui ait élevé une statue?
Parmi les quatre tragédies empruntées aux chroniques primitives, tes Suppliantes occupent le dernier rang. On y voit les cinquante filles de Danaîis fuir Thymen des fils d'Egyptus et se réfugier en Argolide où Pélasgus leur accorde un asile. — Ce n'est, à proprement parler, qu*un hymne pieux en Thonneur de l'hospitalité.
Dans les Sept chefs devant TMbes ^ Eschyle raconte plutôt qu'il ne met en scène le sujet traité par Racine sous le nom des Frères ennemis. Tout se borne aux plaintes des femmes de Thèbes, à la peinture de larmée assiégeante et à Tannonce de la mortd'Étéocle et de Polynice, par suite de laquelle le siège est levé. La richesse des détails et le souffle guerrier qui circule dans tout le poëme l'avaient rendu célèbre chez les Grecs; les spectateurs sortaient, dit-on, de la représentation animés de la fureur de la guerre.
LAgamemnon et les Choéphores appartiennent également à la tradition historique de la vieille Grèce. Dans la première pièce, nous voyons Clytemnestre, aidée d'Égiste, venger sur son
époux le meurtre de sa fille Iphigénie ; dans ia seconde, Ores te venger sur sa mère elle-même le meurtre de son père.
La suite de cette dernière pièce, les Furies, est une des deux tragédies philosophiques que nous avons annoncées. — Pour être bien comprise, elle exige quelques éclaircissements relatifs à rbisloire religieuse des Grecs jusqu'ici obscure ou mal étudiée.
La théogonie païenne n*avait été primitivement qu un mythe encyclopédique de toutes les connaissances du temps. Les créateurs de ce système religieux y avaient résumé, sous des images, leur astronomie, leur physique, leur morale. Mais le sens caché de cette vaste symbolisation se perdit ou s'altéra, l'image cacha ridée et subit elle-même mille transformations. La mythologie , qui avait été un grand système, devint une grande idolâtrie, et l'on eut les dieux d'Homère faits à Timage des hommes du temps. Ce fut ainsi que s'établit la reUgion populaire, c'est-à-dire celle de tout le monde.
Cependant, au-dessus de la foule restait lou-
jours un certain nombre d'hommes initiés aux mythes théogoniques. Or ces mythes eux-mêmes ne correspondaient plus aux connaissances et aux besoins des temps nouveaux. Les principes absolus sur lesquels s'étaient fondées les sociétés primitives ne pouvaient convenir à des sociétés plus complexes, plus douces, plus éclairées. On subissait enfin les conséquences de celte grande loi qui veut que les règles suprêmes de l'humanité se modifient avec l'humanité elle-même.
De là l'introduction de divinités nouvelles qui personnifiaient les besoins nouveaux. — Le jeune et le vieux monde eurent leurs représentants dans rOlympe comme sur la terre; il y eut deux religions parce qu*il y avait deux lois, celle de la Grèce barbare et celle de la Grèce civilisée.
Et ne croyez pas que nous nous abandonnions ici à de hasardeuses inductions, ce que nous venons de dire, c'est Eschyle lui-même qui nous l'apprend.
Dans les Choéphores, il £aiit proclamer par le chœur la loi du monde ancien ou loi du talion.
N'est-il pas juste et saint, de rendre à un ennemi mal pour mal.
El plus loin, dans sa prière, il ajoute :
0 grandes Parques ! bsse Jupiter que la loi d'équité tiiomphe» qae l'outrage soit puni par l'outrage! Ce cri vient d'édaler, la justice a réclamé sa dette ; que le meurtre venge le meurtre; mal pour mal* c'est la vengeance des vieux temps.
Ainsi, pas de doute possible ! Dans ce système la vengeance appelle la vengeance et chaque crime ouvre une série non interrompue d*autres crimes qui se punissent successivement. Agamemnon a tué Iphigénie, la mère d'Iphigénic tue Agamemnon; le fils d'Agamemnon égorge à son tour la coupable, et les Furies, que Ton désigne sous le nom des vieilles déesses, le poursuivent pour ce meurtre. — La doctrine du rachat n*est point admise , la règle du monde est l'implacable justice des représailles.
C'est cette règle dont Eschyle vient proclamer Tabolition dans sa tragédie des Furies.
Oresle a frappé sa mère pour obéir à ce que
le chœur appelait tout à l'heure la vengeance des vieux temps; mais les Furies vengent à leur tour Clyleinnestre sur son meurtrier.
Quand la scène s'ouvre, Oresle s'est réfugié au temple de Delphes; les Furies qui l'y poursuivent se sont endormies devant l'autel du Dieu ; celui-ci se montre et dit à Oreste de se réfugier à Athènes, aux pieds de la statue de Pallas, qu'il y trouvera des juges qu'on saura fléchir. Il le confie ensuite à Mercure qui doit le conduire en sûreté dans son nouvel asile.
Mais à peine est-il parti que l'ombre de Clytemnestre sort des enfers; elle vient reprocher aux Furies leur sommeil, elle leur demande pourquoi elles ont laissé échapper le coupable. Les Furies, qui se réveillent avec des crisde colère, accusent Apollon de leur avoir dérobé le meurtrier.
Voilà donc ce qu'osent ces nouveaux dieux ! ils régnent sans l'équité... De ton propre mouvement tu as accueilli ce mortel souillé, infidèle pour lui à la loi des divinités, et contempteur des antiques arrêts du destin.
Mais Apollon les repousse de son temple en disant :