‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 29 sur 60 · BB8TB · texte numérisé non relu

BB8TB

Pttrce que je t'ai vue parée de tes souflhmces....

Mais n'as-tu dcmc personne qui te défende?...

ALicniB.

Tu m'apportes les cendres de mon unique défenseur.

ORESTE, avec explosion, Electre ! — Laisse cette urne.

ELECTRE

Au nom des dieux! ne me l'arrache pas....

ORBSTEy à demi-voix.

Ce n'est point la cendre d'Oreste.

ÉLBCTRE.

Oii se trouve donc alors sa sépulture?

ORESTE

U n'en a pas... car les vivants n'ont point de tombeau.

ELECTRE

Que dis-tu?... il est vivant?

ORESTE, tout bas.

Si je le suis....

ELECTRE, avec un cri, 0 douce lumière à jamais chérie !

ORESTE, la serrant dans ses bras.

Bien chérie, en effet.

ELECTRE

0 douce voix! es-tu enfin venue... Oreste.... est-ce bien loi que j'embrasse?... 0 fils de mon père aimé... je t'ai retrouvé, le voilà !

Je ne sais si je m'abuse , mais je suis bien autrement ému de cette simplicité pénétrante de ik)phocle que de la turbulence furieuse de Tauteur français. Il y a dans tout ceci une grandeur que je cherche en vain dans Voltaire. Electre ne devine point que l'étranger est son frère ; ce n'est pas

su

La natare qui parie et perce ce mystère.

C'est un cri d^Oreste , un aveu arraché à sa surprise et à sod attendrissement.

Mais cet attendrissement sera de courte durée; le fils d*Agamemnon reprendra bientftt sa terrible mission, et vous le verrez entrer au palais sans hésitation. Electre, restée seule avec le chœur, écoute : On entend les cris de Glytemnestre qui tombe frappée au nom d*Agamemnon, et le chœur s*écrie :

Les imprécations sont accomplies ; ceux qui étaient dans la tombe sont revenus à la lumière ; les morts ont versé à grands flots le sang des assassins.

Egisthe, qui n'a point encore paru, arrive à son tour ; on lui a annoncé la mort d'Oreste ; il s'avance vers le palais ; un voile recouvre un cadavre, c'est sans doute celui du fils d'Aga* memnon.

— Lève-le , dit le prétendu étranger.

Il récarte, reconnaît Glytemnestre , sa complice , et comprend qu'il est tombé aux mains de ses ennemis. Oreste le saisit et le conduit à

la place même où il a autrefois frappé le roi d*Ârgos, pour l'immoler aux mftnes de son père.

Ce dénouement , Voltaire en avait compris Ténergique hardiesse; il eût voulu le transporter sur la scène française ; il craignit que les cris de Glytemnestre égorgée ne fissent rire les jeunes gentilshommes qui, selon l'usage du temps, occupaient une partie de la scène. Ses craintes étaient d autant plus fondées que sa tragédie de Sémiramis avait failli tomber pour un motif du même genre. Au moment où le fantôme deNinus avait voulu paraître, il n'avait pu se faire un chemin à travers les fauteuils des seigneurs qui encombraient la scène, et un garçon de théâtre avait crié :

— Messieurs, place à l'ombre!

Ce qui avait excité une tempête de rires dans la salle entière.

Voltaire avait songé à traiter le sujet d'une troisième pièce de Sophocle, VŒdipe à CoUme^ heureusement qu'il renonça à son projet.

Cette tragédie est, en effet, regardée par plusieurs admirateurs de l'antiquité comme celle

oii la voix du poète grec a fiiit eatendre l'aooent le plus souverain.

L'ancien roi de Thèbes , chassé par ses fila ingrats , erre dans la Grèce ; il est conduit par sa fille Ântigone, devenue, dans Tantiquité, la personnification de la piété filiale. Il arrive à Colone près d'Athènes, à l'entrée du bois con* sacré aux Euménides.

Un oracle quilui a prédit sa mort prochaine a déclaré , en même temps , que le peuple qui posséderait son tombeau serait sûr de vaincre l'ennemi. Son fils Polynice, qui combat pour obtenir la couronne de Thèbes, et son beaufrère, Créon, qui défend cette couronne, s'efforcent, en conséquence, de l'attirer près d'eux; mais OEdipe repousse le premier en lui reprochant son ingratitude , et invoque , contre le second, qui veut remmener de force, le secours de Thésée, qui règne alors à Athènes. H entre ensuite avec lui dans le lK)is des Euménides, le tonnerre gronde , la foudre éclate et Thésée reparaît éperdu. Œdipe a cessé de vivre; mais il a exigé le secret sur le lieu de sa sépulture, alin que ses dépouilles pussent rester enfouies

dans le sol de TAttique , comme un gage éternel de victoire.

Il règne dans toute c^tte dernière partie du drame grec un mystère émouvant et plein de terreur.

L* Œdipe à Colone a été imité par un poète français, auquel il n*eut fallu peut-être qu'une époque plus heureuse et plus d ambition littéraire pour se faire accepter dans un meilleur rang. Sans doute il manqua beaucoup de choses à Ducis. Il y a dans ses plans une confusion et dans sa poésie une prolixité qui fatiguent. Ses emprunts au théâtre anglais ont le tort d'affadir les conceptions de Shaskespeare , en les francisant ; mais, au temps où Ducis écrivait , ces pâles imitations étaient des hardiesses. Par malheur pour le poète, Tétude des langues, en popularisant chez nous les théâtres étrangers, a trahi les infidélités de ses imitations; on n'a plus tenu compte que des fautes, dont uoe part était à la charge de Tépoque, et on a ri du bonhomme Ducis.

Bonhomme, en effet, et c'est là peut-être son plus grand tort devant notre littérature

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