TOME I
Euripide, au contraire, trouve mille nuances; il analyse les sentiments selon les classes, les sexes, les situations ; il suit toutes les oscillations du cœur, il nous le montre dans ses moindres changements, comme ces coins de ciel où se succèdent les rayons et les nuées.
Quant au plan, il excelle également à choisir une donnée curieuse, à trouver une combinaison saisissante. Vous connaissez le sujet d'Electre et vous n*avez point oublié peut-être l'analyse que nous avons faite de celle de Sophocle? Euripide a traité le même sujet, mais en modi-
fiant le point de départ. — Dans sa pièce, Electre n'habite plus le palais d'Agamemnon, Égisthe et Clytemnestre l'ont donnée pour épouse à un paysan. Quand la pièce commence, elle sort de sa cabane, porlant une cruche de terre. Elle s'arrête, regarde le ciel et dit :
Sombre nuit, mère des astres d'or, tu me vois chargée de cette urne qui presse mon front, m'avancer vers la source où je dois la remplir d*une eau pure... Je suis heureuse de montrer aux dieux les outrages d'Égisthe et de faire retentir Tair immense des plaintes que j'adresse a mon père!
Il y a dans cette manière d'entrer dans la sombre action du drame qui va se dérouler quelque chose de pittoresque, de saisissant, qui semble appartenir moins à Vantiquité grecque qu'aux théâtres romantiques de l'Angleterre ou de TEs pagne. Malheureusement la suite de la pièce ne répond point à l'originalité grandiose de ce début; elle est prolixe, confuse et de beaucoup inférieure à celle de Sophocle.
Ce n'est point, au reste, le seul exemple. Euripide adopte rarement l'idée courante; il préfère le côté moins connu des choses. — Ainsi tout le monde sait la tradition d'Hélène enlevée par Paris et conduite à Troie ; tous les poëtes qui ont traité ce sujet l'ont acceptée. Euripide en adopte une différente et singulièrement étrange. 11 suppose que Junon, pour se venger du berger troyen, lui a enlevé Hélène et ne lui a laissé que son fantôme. C'est ce fantôme que les Grecs poursuivent et pour lequel ils détruisent llion. Ménélas ramène sa fausse Hélène, qui s'évanouit et disparaît lorsqu'il retrouve la véritable dans Tlle de Pharos!
Ne croirait-on pas lire une pièce allemande?
Quelque chose comme la suite de Faust, où celui-ci est transporté daus un monde fantastique et y devient l'amant de llMIène antique.
Akesie elle-même, comme nous le verrons tout à Vheure, est marquée à ce coin singuliOT qui suffirait seul pour donner à Euripide un caractère et lui foire assigner une place à part dans la littérature antique.
Les pièces qu'il nous a laissées sont au nombre de dix -neuf. La plupart mériteraient d'être examinées, mais forcé de choisir dans le nombre, nous nous arrêterons à quatre d'entre elles qui nous semblent résumer tout le génie du poète grec; ce sont: Les Troymnes, Tphigéfiie m Aulide, Hippolyle et Alr^iste,
l^ sujet des Troyennes est le partage des captives après la prise de Troie ; l'intérêt est dans la destinée faite à chacune par le vainqueur.
1^ pièce s ouvre par une plainte de Neptune sur le sort de cette ville dont il avait lui-même bâti les murailles et qui va disparaître do la fece de la terre.
Il dit en se retirant :
Malheur au uiortel insensé qui i*avage les cités el les change en déserts; il périra à son tour.
Alors paraissent Hécube et les Troyennes déplorant leur infortune et s*inquiétant du maître auquel le sort va les livrer. Toutes désirent supporter au moins leur exil a dans la célèbre et bienheureuse patrie de Thésée (Athènes) et demandent à ne pas voir les bords odieux de l'Eu' rotas (Sparte).
Le héraut Talthybius arrive pour annoncer à chacune sa destinée, et Cassandre, qui est tombée en partage à Agamemnon, prédit qu'elle trouvera la mort en arrivant au palais de son nouveau maître.
Bientôt parait Andromaque sur un char de guerre, entourée des armes d'Hector et des dépouilles de la Phrygie. Astyanax dort à ses pieds. Elle annonce à Hécube que sa fille Polyxène vient d'être immolée sur le tombeau d'Achille. Hécube tombe à genoux en poussant un cri. Andromaque l'apaise doucement.
0 ma mère ! écoute de belles paroles que j'ai entendues ; elles consoleront ta douleur. Ne pas naître équivaut à mourir, el mourir vaut mieux que vivre misé-
rable.... Polyxène est morte, c'est comme si die n'eût pas vu le jour ; elle oublie tous ses maux. Mais moi, après avoir atteint le fidte de la prospérité, je suis retombée dans l'abime.... Tout ce que Ton peut exiger d'une femme je l'ai pratiqué dans la maison d'Hector. . . Je me suis renfermée dans ma demeure ; j'ai évité les entretiens de mes pareilles ; je n'avais d'autres maîtres que les sentiments honnêtes de mon cœur, et ils me suffisaient; je présentais toiyours à mon époux un visage serein et une bouche silencieuse.... Cette conduite, connue dans le camp des Grecs, est cause de ma perte : le fils d'Achille a voulu m'avoir pour femme et je vais être esclave dans la maison des meurtriers de mon Hector!
Mais elle ne coanatt pas encore tout son malheur. Taltbybius revient lui aDOoncer que les Grecs, redoutant la postérité d'Hector, ont décidé que son fils Âstyanax serait précipité du haut des tours dllion ! La malheureuse mère a beau envelopper son enfant dans ses bras, on s avance pour le lui arracher. Alors elle le serre une dernière fois sur le sein qui Ta nourri :
0 mon fils! mon fils! doux objet de ma tendresse, isiut-il donc; périr par une main ennemie, abandonné
de ta mère?— Ah! c'est la valeur de ton pèi'e qui le tue, elle qui fiit le salut de taut d'autres!... 0 hymen fortuné ! couche nuptiale ! lorsque j'entrai dans le palais d'Hector, devais-je croire qu'en lui donnant un fils je préparais une victime pour les Grecs et non un roi pour l'opulente Asie? — Tu pleures, mon fils; auraistu donc le sentiment de ton malheur? Pourquoi tes mains m'embrassent-elles? pourquoi t'attacher à mes vêlements? Tu semblés un jeune oiseau qui cherche un abri sous l'aile de sa mère! Hélas! Hector ne se lèvera point de son lit de terre, la lance à la main, pour te sauver! Ni sa famille, ni la puissance phrygienne ne peuvent plus rien pour toi. Impitoyablement précipité du haut d'une tour, tu vas mourir ! — 0 enfant bien-aimé que je sen*e entre mes bras ! douce haleine que je respire ! c'est donc en vain que ce sein t'a nourri, que je me suis épuisée de veilles et de tourments? Ah! pour la dernière fois, embrasse ta mère ; presse-toi contre son cœur, de tes bras entoure son coi'ps... tes lèvres sur les miennes! — 0 Grecs, qui inventez des supplices dignes des barbares, -pourquoi faire périr un enfant innocent? — Race de Tyndare, non, tu n'es pas la fille de Jupiter; tes parents sont la fureur, l'envie, le meurtre et la mort!... — IVenez, emportez, précipitez cet enfant, puisque c'est votre joie; faites de ses chairs un horrible festin; les dieux le veulent ; les dieux sont les auteurs de nos souffrances ; je ne puis le sauver.... Eramenez-moî
donc... cache/.-inoi au fond de vos vaisseaux. — Heu« reux auspices (>our cet hymen» qu'aura souillé le sang de mon fils!
L'arrêt est exécuté ; Andromaque part et le cadavre de Tenfant est rapporté à Hécube pour qu'elle lui rende les honneurs funèbres.
Elle regarde cette frêle créature brisée par la chute et s'écrie :
Infortuné ! comme les murs de noti'e ville, ouvrage d'Apollon , ont défiguré ta tête charmante et cette chevelure, qui reçut tant de fois les soins et les baisers d'une mère! De ces os fi-acassés découle le sang... 0 mains ciiéries! dont les gestes me rappelaient Hector, vous voilà brisées ! Bouche adorée, qui me charmail par tes doux propos, tu m'abusais, lorsque, appuyée à mon épaule, lu répétais : — Mère, je veux couper sur ta tombe toutes les boucles de ma chevelure, je veux y conduire tous ceux de mon âge pour t'adresser de tendres adieux! — Hélas! c'est moi qui te pleure, enfant ; courbée sous le faix des annc^, sans famille, sans patrie, c'est moi qui dois te rendre ces tristes et derniers devoirs. Tant de caresses, tant de soucis, tant de nuits inquiètes sont perdus! Quelles paroles les poêles graveront-ils sur ta tombe?
l'enfant qui repose ici a péri par la main des grecs, qui le craignaient.
Épitaphe honteuse pour la Gix-ce. — Douce créatui*et tu perds l'héritage de tes pères, mais du moins le bouclier d'Hector me reste ; il sera ta sépulture. — Viens, ô toi qui, dans les combats, couvrais le corps de ce héros ! hélas ! tu as perdu ton défenseur! Je vois autour de cet anneau l'empreinte de son bras chi^ri ; je vois les traces de la généreuse sueur qui ruisselait de son noble front, lorsque, dans ses glorieux travaux, il t'approchait de son visage. Apportez, apportez tout ce qui reste des débris de notre fortune, pour honorer ces funéi'ailles. Le sort ne me permet pas de parer magnifiquement ta tombe, i*eçois du moins ce qu'il m'a conservé. — Ah ! insensé le mortel qui accepte la joie en comptant sur une prospérité durable; la fortune ressemble à l'homme en délire qui ne se platt qu'à tout renverser.
N'est-ce pas une grande et poétique image que cet ensevelissement du fils d'Hector dans le bouclier de son père ; cette réunion de l'espérance et des souvenirs descendus en même temps dans la tombe?
Mais les Grecs, de leur c6té, préparent une pompe inattendue à ces funérailles! Au moment où elles s'accomplissent, ils livrent Troie à rincendie.
du
Alors un long cri de douleur s'élève parmi les captives.
Voyez, voyez; ainsi que la fumée emportée sur Faile des vents, disparaît la ville tombée de sou faîte et dévastée par le fer.... — La poussière qui s'élève dans les airs m*empéche de reconnaître la maison que j'habitais; le nom même de cet empire va dispai*aître!... Écoutez... reconnaissez-vous ce fracas?... c'est la terre ébmniée sous le poids d'une ville entière qui s'écroule !
Hécube égarée se roule au milieu des ruines ; elle invoque cette terre qui a nourri ses enfants; elle appelle à haute voix Priani et toute sa famille ensevelie sous les débris; elle se redresse sur ses genoux en s'écriant :
« Troie qui brûle sera mon bûcher ; je veux mêler mes cendres à celles de la patrie ! » Mais on la retient et on l'emmène sur les vaisseaux avec les autres captives pour commencer une vie d'esclavage.
Ne sentez-vous pas qu'il y a ici une poésie toute nouvelle? Nous voilà bien loin de l'inspiration guerrière d'Homère ou d'Eschyle ; ce qu'on respire dans cette pièce , c'est l'horreur du carnage et de la destruction ; c'est la pitié
pour les victimes de ces luttes impies ; c'est la colère contre la barbarie du vainqueur. Euripide ne s^inquiète plus de l'inimitié traditionnelle de l'Europe et de TAsie ; il n'est plus Grec, il est homme ; et sa pièce entière est une protestation en faveur de Thumanité.
Certes, c'est là une glorieuse nouveauté dans l'histoire littéraire de la Grèce ; glorieuse pour le poCte qui en a pris l'initiative, glorieuse pour le peuple qui applaudit à de telles tendances ! Athènes était la seule ville de la Grèce où de pareilles idées pussent être émises et trouver de l'écho. Insigne honneur, sans doute, mais périlleux ! car ce désintéressement de la nationalité n'a pu s'accomplir sans un aflEaiblissement du sentiment patriotique. Les soldats de Maraton sont devenus des philosophes; ils n'ont plus de haine contre les races étrangères, partant plus la même ardeur pour les combattre. La civilisation générale gagnera à cet avancement d'idées; Athènes en sera amoindrie et risque d'en mourir.
Loi dure mais inévitable qui veut que, dans l'histoire du genre humain comme dans celle
des individus, rien de grand ne puisse s'exécuter sans le sacrifiée ! Regardez bien vers le passé , vous ne trouverez pas un progrès accompli sans voir la route du temps rougie par le sang d'un homme ou d'une nation. Le rachat de rhumanité par le supplice de la croix semble un immense symbole de l'histoire du monde. Nous le voyons se reproduire sans cesse sous des proportions moins éclatantes» et, au-dessous du Golgotha , se dressent des milliers de calvaires où des martyrs de la civilisation fécondent quelques vérités particulières avec leurs larmes ou avec leur sang.
Au reste, ce n'est pas seulement dans la tragédie des Troyennes qu'Euripide montre cette horreur pour les violences de la guerre; il y revient dans Hécube, dans \q^ Phéniciennes , dans Andromaque. Jamais il ne perd Toccasion de nous attendrir sur le sort des vaincus et surtout des captives. Il y a dans Iphigénie m Tauride un chœur de jeunes filles grecques retenues en esclavage chez les Scythes, qui est la plainte la plus mélancolique, la plus douce et la plus mélodieuse que nous ait laissé^ la muse antique.
l^cs jeunes captives sont à la porte du temple , elles regardent vers les palus^méotides et écoutent les chants plaintifs des alcyons.
oiseau qui sur les rochers de la mer chantes ta destiii('*e douloui*euse, alcyon dont les doux accents compris des sages mortels pleurent sans cesse un époux l)ien-aimé, je mêle mes gémissements aux tiens.
Oiseau plaintif comme toi , mais privée d'ailes pour voler vers la patrie, je pleure les doux entretiens des (îrecs. Je te regrette, ô Diane, toi qui habites le mont (lynthius, ù Tombre des palmiers élégants, des lauriers touffus et du pâle olivier, non loin du lac peuplé de cygnes, dont les chants mélodieux célèbi*eni les inuses.
Ah! que de larmes coulèrent de mes yeux, lorsque, après la ruine de n)a patrie, je dus monter sur des vaissi'aux couverts de rames et de lances ennemies! vendue à prix d'or, je suis venue dans ce pays barbare, où je sers la fille d'Agamemnon prétresse de Diane chasseresse....
Mais elle, un navire argien conduit par cinquante liâmes, va la ramener dans sa patrie. Les sons aigus de la flûte de Pan, dieu des montagnes, encourageront les rameurs ; Apollon fera retentir la lyre à sept cordes et accompagnera par des chants son voyage v(M*s la splendide Athènes....
Ah ! que ne puis-je, portée sur des ailes, parcourir
rimmensité des cieux où le soleil promène ses ardents i*ayons; que ne puis-je arrêter mon vol sur la maison paternelle, me mêler, comme autrefois, aux chœurs des danses sous les yeux de ma mère ! que ne puis-je encore disputer à mes compagnes le prix de la beauté, en laissant ondoyer les tissus précieux et les boucles flottantes qui voilent moii vissée !
Vous avez déjà pu vous apercevoir par ces citations que ce qui distingue surtout la poésie d'Euripide c esl un accent suave et tendre, je ne sais quoi de la grâce de la femme et de son charme émouvant. Une telle nature le désignait aux préférences de Racine qui lui a, en effet, emprunté deux de ses plus belles tragédies, IphigMe et Phèdre, Nous ne parlons pas d'Andromaque; les deux pièces de ce nom n'ayant de commun que le sujet.
Tout le monde a lu vingt fois Vlphiyénie française, tout le monde en sait quelque chose par cœur ; aucune pièce de Racme n'est plus vraie, plus louchante, et Roileau a pu dire sans trop d'exagération :
Jamais Iphigénie en Aulide immolée
N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée
Uue duns riieui'cux spectacle à nos yeux étalé En a fait, sous sou nom, vei*ser la Champnieslé.
Sans doute la plus grande partie de ce naérite appartient à Racine ; mais il en revient aussi quelque chose à Euripide, et le poëte français le reconnaît avec une loyauté digne de son génie. Nous avons vu en quels termes Voltaire, âgé de dix-sept ans, parlait de Sophocle, à propos d'OEdipe ; voici comment Racine, qui avait déjhïdiiiAndromaqiie, Britannicus, Bérénice, Bch jazet, Mithri/late, parle d'Euripide :
« Je me suis un peu éloigné de réconomie de la fable d'Euripide; pour ce qui regarde les passions , je me suis attaché à le suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été le plus approu* vés dans ma tragédie , et je l'avoue d'autant plus volontiers que ces approbations m ont confirmé dans l'estime et dans la vénération que j'ai toujours eues pour les ouvrages qui nous restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par Teffet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euri-
|)i(l<'. (|ii(' l(^ bon s(Mis el la raison élaioiU les int'ines dans tous les siècles, et le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. »
Voilà comment les vrais poëtes parlen t des vrais poètes.
Ajoutons que radmiration respectueuse de Racine pour Euripide était méritée, et que les obligations qu*il reconnatt lui avoir sont réelles . L'analyse de la pièce grecque et quelques citations suffiront pour vous en faire juger . Chaque lecteur, en consultant sa mémoire, pourra faire les rapprochements avec la version de Racine .
La scène, comme vous le savez, est à Aulis, port de la Béotie, le jour n'est point encore levé. Agamemnon sort de sa tente avec précaution , suivi d'un de ses serviteurs :
AGAMEMNON
Vieillard, sors avec moi.
LE VIEILLARD
Me voici, mais, ô roi Agamemnon, quel nouveau |)i*ojet prépares-lu?
AGAMEMNON
Tu le s;)ui'as.
32 1 LE VIEILLARD
J'accoui*»; ma vieillesse est vigilante et mes yeux sont encore perçants.
AGAHE3IN0».
Oiiel est l'asti'e qui s'avance dans le ciel ? LE VIEILLARD.
C'est la brillante étoile voisine des sept pléiades; die est au milieu de sa course.
AGAMEHNON.
On n'entend ni le chant des oiseau!^ , ni le bruit de la mer ; les vents se taisent sur i'Euripe.
LE VIEILLARD
Pouixluoi sortir de ta tente à celte heure, ô Agamemnon ? Le calme règne ici dans Aulis, et les sentinelles sont immobiles sur les remparts. — Rentrons.
AGAMEIIKON,
Je te {Hirie envie, A vieillard; je porte euvie 5 celui qui traverse, exempt de i>éril, une vie ignorée et sans gloire; mais ceux qui vivent dans les honneurs... ah I je ne puis les envierl
LE MEILLAKD.
Er pourtant là réside l'éclat de la vie.
AGAUBHNON.
Éclat trompeur! les honneurs! il esl doux de les poursuivre, il est dur de les posséder!.,.
LE TIEILLARD.
Je n*approuve point ce langage dans un prince, 6 Agamemnou! Atrée ne t'a pas mis au monde pour jouir de tous les biens sans mélange. Tu es sijyet à la joie et à la douleur, car tu es mortel ; tu auras beau l'y refuser, telle est la volonté des dieux. — Cependant, cette nuit, à la lueur d'une lampe, tu traçais cette lettre que tu tiens encore entre tes mains, puis tu effaçais ce que tu venais d'écrire ; tu imprimais Ce cachet, puis tu le rompais aussitôt et tu jetais tes tablettes à terre, en versant des larmes!... Quel malheur, dis-moi, quel malheur t'accable. Que t'arrivet-il de funeste, ô mon roi? Confie-moi tes secrets, c'est à un bon et à un fidèle serviteur que tu les diras, car Tyndare m'a donné à ton épouse comme une parlie de sa dot.
Agamemnon lui avoue alors que, pour accorder des vents favorables à la flotte des Grecs, les dieux exigent le sacrifice de sa fille Iphigénie. Celle-ci arrive avec l'espoir d'épouser Achille et doit trouver la mort au camp des Grecs. Une lettre écrite par Agamemnon à Clytemnestre n'a d'autre but que de l'arrêter. Il la confie au vieillard.
Hâte-toi, lui dit-il, triomphe de la vieillesse... ne
t'arrête [)as au bord des fontaines ombragées, ne te laisse pas aller aux douceurs du sommeil.... Partout où deux chemins se croisent, observe, prends garde qu'un char emporté sur des roues rapides, n'échappe à ta vue et n'amène ici ma fille au camp des Grecs.... Hâte-toi de franchir les portes, et si tu rencoutres le cortège d'iphigénie, détourne toi-même les coursiers vers le chemin d'Argos.
Vous reconnaissez toute cette scène. Elle est admirable dans Racine ; ici, elle a quelque chose de plus simple, de plus antique.
Le vieux serviteur part , mais il est arrêté par Ménélas qui intercepte le message, de sorte que Clytemnestre arrive avec sa fille. Elle entre portée sur son char , près d'elle est Iphigénie, et Oreste, encore enfant, repose à leurs pieds.
Agamemnon reste immobile de douleur ; car il sent que sa fille est perdue.
En lapercevant, celle-ci , qui ne soupçonne rien, s'élance du char :