‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 37 sur 60 · LA SERVANTE · texte numérisé non relu

LA SERVANTE

Lorsqu'elle s*est aperçue que le jour fuial était

venu, elle a baigné son beau corps dans une eau courante, elle a tiré de ses coOt'es de cèdre une robe et des omenieats dont elle s'est parée avec élégance, et, debout de\'ant le foyer, elle a fait entendre sa prière. — Déesse, a-t-elle dit, puisque je vais descendre aux enfers, prosternée pour la dernière fois devant toi, je te supplie de veiller sur mes enfants orphdins : dcmne à l'uH une tendre épouse qui l'aime^ et à l'autre un généreux époux. Qu'ils ne meurent pas, comme leur mère, d'une mort piématurée, mais qu'ils remplissent des jours fortunés sur la terre de la patrie. Puis elle s'est i-endue à ions les autels qui se dressent dans le palais d'Admète ; elle les a couronnés et y a prié, en elTeuillani des branches de myrtbe. Elle ne poussait ai soupirs ni sanglots; l'approche même de la mort' n'avait pu ternir la fraîcheur de son visage. Ensuite elle a couru ;'i son appartement, et tombant sur sa couchcelle s'est mise :^ pleurer, en disant :— 0 lit nuptial, adieu ; je ne puis te haïr, mais tu m'as perdue... une autre épouse le possédera, non plus chaste, mais peul-êlre plus heureuse. Et se laissant aller sur la couche, elle l'a baisée en pleui'ant. Elle s'est enfin éloignée lu tète penchée... Cependant ses enfants, suspendus aux habits de leur mère, ne pouvaient retenir leurs larmes; et elle les prenait dans ses bras, elle les embrassait l'un après l'autre, comme au moment de mourir. — Tous les esclaves aussi pleuraient ; elle tendait la main à chacun d'eux; il n'en est aucun,

si humble qu'il fût, à qui elle n'ait adressé la parole et dont elle n'ait reçu les adieux. — Voilà le triste spectacle que présente la maison d'Admète ; eu mourant, il n'eût perdu que la vie; eu échappant à la mort, il lui reste une douleur telle qu'il ne l'oublira jamais.

Alceste ne tarde pas à apparaître ; elle est à demi renversée dans les bras d'Admète, son fils et sa fille Tentourent. Elle s'arrête à la porte du palais.

ALCESTK.

Soleil ! lumièi*e du jour, nuages du rie! onipoilés pur un tourbillon rapide !

ADMÈTE

(À* soleil nous' voil tous deux éprouvés par le malheur...

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