‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 47 sur 60 · LE CHOEUR DES NUÉES · texte numérisé non relu

LE CHOEUR DES NUÉES

Saiuty vieillard» homme des anciens jours, ardent à la poursuite de la sagesse ; et toi, pontife des niaiseries, dis-nous ce que tu veux. De tous les sophistes qui lisent dans les astres, tu es, avec Prodicus, celui que nous écoutons le plus volontiers; celui-ci pour sa science et sa haute raison, toi pour ta démarche superbe, ton regard dédaigneux, ta patience à marcher pieds nuds, et ton air imposant.

STREPSIADE

0 terre! quelle voix sainte et prodigieuse !

SOCRATE

C'est qu'elles sont seules déesses, tout le reste n'est rien.

STREPSIADE

Connnent ! Jupiter olympien n'est donc pas un dieu?

SOCRATE. '

Quel Jupiter? te moques-tu de moi ? il n'y a pas de Jupiter.

STREPSIADE

Que dis-lu? Mais alors qui donc fait pleuvoir?

SOCRATE

Ce sont elles ; as-tu jamais vu de pluies sans nuées?

STREPSIADE

Par Apollon, ta pi^euve est évidente... et, dis-moi, d'où vient le tonneri*e ?

SOCRATE

Toujours des nuées... lorsqu'elles sont pleines d'eau leur poids les emporte l'une sur l'autre, elles se choquent et cr<>vent avec fracas....

STREPSIADE

Le moyen de croire cela ?

SOCRATE

Tu vas le comprendre par ton propre exemple : lorsque, aux fêtes des panathénées, tu as trop mangé et que tu éprouves quelque malaise, n'entends-tu pas gronder en toi certains bruits?

STREPSIADE

Oui, sans doute...

SOCRATE

Eh bien! si ton être chétif produit tout ce vacarme, juge de ce qui doit arriver dans l'immensité des airs.

STREPSIADE

Mais d'où peut venir la foudre?... C'est évidemment Jupiter qui la lance sur les parjures.

SOCRATE

Pau\Te niais! vrai contemporain de Saturne! S'il frappait les parjures, Simon, Cléonyme et Théorus ne seraient-ils pas foudroyés?

STREPSIADE

Qu'est-ce donc que la foudre ?

SOCRàTE.

Quand un veut sec s*enfemie dans les nuées, il les gonfle comme une vessie, les crève, s'échapi)e avec impétuosité et s'enflamme lui-même par la rapidité de son mouvement.

STREPSIADE

Par ma foi, la mémo chose m'amva à la fête de Jupiter. Je faisais griller pour toute ma femille le ventre d'une victime ; je ne pensai pas à le fendi*e, il se gonfla, fmit par éclater et me lança tout au visage....

SOCRATE

Promets donc de ne i^econuaître désonnais d'autres dieux que le chaos, les nuées et la sophistique.

STREPSIADE

Jamais je ne parlei*ai aux autres, dussé-je en rencontrer sur mon chemin ; ils n'auront de moi ni sacrifices, ni libations, ni ofl'randes.

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