LE CHOEUR DES NUÉES
Nous te l'accordons ; désormais nul orateur, dans
rassemblée du peuple, ne l'emportera sur toi par la beauté de ses harangues.
STREPSIADB.
Quant à de belles harangues, ce n'est pas là eu que je désire ; je demande seulement à mettre de mon c6té l'apparenee du bon droit el h échapper à mes ci-éaneiers.
Socrate se charge de lui enseigner ce qu'il demande; mais le vieux bourgeois ne comprend rien aux subtilités du philosophe, qui s'emporte et renonce à instruire un pareil disciple. Strcpsiade se décide alors à envoyer à sa place son tils Phidippide.
Le maUre fuit paraître devant celui-ci deux personnages qu'Aristophane appelle le juste et Vinjmte, mais qui ne sont autres que la personnification du passé eldu présent.
Le juste, c'est-à-dire te passé, explique magnifiqueraenl à Phidippide comment on élevait autrefois la jeunesse athénienne.
Dans ce temps* là, les jeunes gens d'un même quartier se rendaient ensemble chez le maître ; on les voyait passer dans les rues, en bon ordre et sans vêtement, alors m^roe que la neige tombait comme la &i-
rine d'un tamis. On leur apprenait l'hymne : redouiablt Pallas, destructrice des villes.... et ils conservaient la grave harmonie des airs transmis par les aïeux. ... Si quelqu'un d'entre eux s'avisait de rire ou de chanter avec de molles inflexions.... il était châtié comme en« nemi des muses.... C'est cette éducation qui forma les guerriers de Marathon... N'hésite donc pas à me prendre pour guide; tu apprendras à haïr les procès... à rougir des choses dédionnétes, à t'indigner si l'on rit de ta pudeur, ù te lever devant les vieillards... Tu iras à l'académie , te promener sous l'ombre des oliviers sacrés, une couronne de joncs fleuris dans tes cheveux, accompagné de quelque sage ami de ton âge; et là, dans un doux loisir, tu aspireras la suave odeur qu'exhale le smilax et le peuplier blanc, aux belles matinées du printemps, lorsque le platane et l'ormeau confondent leur murmure.
A cette mâle et grande poésie, Vinjmte, c'està-dire le présent, oppose des quolibets et des sophismes; enfin pour prouver à son adversaire que ses arguments ne persuadent personne et qu'il n'a plus de disciples, il s'écrie :
l'injuste.
Or ç;i , dis-moi, quelles espèces de gens sont les orateurs 1?
LE JUSTE
Des infdmcs.
l'injuste.
Et les aiiteui's li*agiques?
le juste.
Des infômes.
l'injuste.
Et les démagogues?
le juste.
Des infâmes!
l'injuste.
Maintenant examine les spectateurs ; quelle est la majorité ?
LE juste.
Attends que je regarde.
l'injuste.
Eh bien, que vois-tu ?
LE JUSTE
Partout des înQmes!...
l'injuste.
On'as-tu i\dire maintenant?
LE JUSTE
Je suis vaincu. 0 infâmes !... je vous en prie, recevez mon manteau ; je passe dans votre camp.
Phidippidc se laisse persuader à son tour.