‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 6 sur 60 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

d'écriture farcit doB Uénog^i^eft, e'6sMt«dim des représeotatkms d*aiiiaiaox« de plantes oo^ d'objets usuels, tes j^remî^rs (x>eiiies iiioraux ne pouvaient guère wok d'autres personnages. L'homme vivait entx>re tellement mêié à la na«> ture qui l'entottrait, il avait tant de peine à saisir l'invisible frontière qui le séparait des autres créatures, qu*il était toiqours prêt à fiure de la vie entière un vaste tourbillon dont dia<^ être vivant formait un atome, sans prééminence bien claire et sans classement bien définitif. Toutes les philosophies et toutes les religions primitives avaient une porte ouverte à la métempsycbose, et c'est encore aujourd'hui le caractère général des croyances adoptées chez les différentes tribus sauvages de l'Amérique, de l'Afrique ou de l'Océanie. Il semble que moins les races se sont élevées dans l'échelle de la civilisation, moins elles se sentent séparées de l'animalité brute ; celle-ci est une parenté encore trop prochaine pour qu'elles osent nier ouvertement la commune origine.

Les Indiens de l'Amérique du nord spécialement regardent les bêtes fauves auxquelles ils

font la guerre comme des tribus ennemies qu'une circonstance théogonique (dont le souvenir a été conservé dans leur tradition religieuse) lie à leur propre race par la communauté du sang.

Un missionnaire protestant, Hecwelder, qui a longtemps vécu chez les Peaux rouges et qui a laissé sur leurs mœurs, leurs langues et leurs croyances, un livre plein de documents précieux, entre, à ce sujet, dans des détails singuliers. Il fait observer que les préparatifs pour les chasses et pour les guerres sont absolument identiques , qu'on a recours aux mêmes cérémonies superstitieuses pour écarter les âmes des morts, que ces morts soient des hommes ou des bétes fauves ; qu'il n'y a enfin aucune différence pour l'Indien entre un autre Indien et un gibier.

Il raconte, à ce sujet, qu'un chasseur delaware blessa un jour grièvement , devant lui, un ours énorme qui se mit à pousser des cris plaintifs. L'Indien s'approcha au lieu de Tachever et lui dit :

— Ours, lève-toi, tu es un lâche et non un guerrier

comme tu le prétencls; si ta étais un guerrier tu le monirei'ais par ta fermeté et tu ne crierais pas comme une vieille femme. Ta sais bien, ours, que nos tribus sont ei) guerre ; la tienne a commencé l'attaque, mais comme elle a trouvé les Indiens trop forts pour elle, vous vous cachez dans la forêt pour manger nos cch chons. Je gage que dans ce moment tu as de la chair de cet animal dans ton estomac. Si tu m'avais vaincu, je serais mort comme un brave guerrier ; mais toi, ours, tu restes là et tu cries sans songer que tu déshonores ainsi ta nation par ta lâcheté.

Quand l'Indien eut fini, Hecwelder lui demanda $11 supposait réellement que Tanimal putrentendre.

— Oh ! il m entend fort bien, répondit le chasseur delaware, n avez- vous point remarqué comme il paraissait honteux pendant que je lui faisais ces reproches ?

Un autre missionnaire protestant, M. Arbousset, assure que les Lighoyas, tribu sauvage qui vit au nord de la colonie du Cap, regardent les bêtes fauves comme leurs semblables ; ils leur parlent et raisonnent avec elles. — Aux oiseaux qui dévorent leurs moissons, ils crient bien haut :

— Va-t-en, il faut aussi que je mange. Et tout bas :

— Passe dans le champ du voisin, il a de meilleur grain que moi.

Quand ils chassent le chacal, ils l'appellent en le priant de leur rendre visite et ils adressent à leur meute un chant célèbre qui les anime.

Sans croire à une parité aussi absolue entre l'homme et la bête, lous les peuples d une civilisation peu avancée supposent certains rapports mystérieux entre les deux espèces. Les Slaves, dans leurs chants populaires, ne s'adressent jamais aux oiseaux du ciel sans les appeler leurs frères en Dieu !

Il ne faut donc pas s'étonner de ce que, dans les plus anciennes créations littéraires, on ait choisi les animaux pour acteurs. Ces personnages muets, auxquels on pouvait prêter tout ce que Ion pensait soi-même, étaient merveilleusement commodes pour un inventeur ; ils laissaient le champ plus libre à l'imagination , ils apportaient, par leurs espèces bien connues, des types tout formés ; le seul nom du personnage

, . uiivi\ju,nv uuvrait UQ cadre heureux missanccs faiiiilièros du norralour ol ilu :e. Les acteurs élaient des compagnoos les jours ; chacun pouvait juger de la de l'observation et de la vérité des

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vail enSu daQs cette leçon donnée aux par la bête, un côté d'ironie qui cha-« l'humeur railleuse des fils d'Adam^, n ne peut passe moquer de l'individu^ ^dommage en se moquant de l'espèce»

sais qui s'est avisé le premier de trou^ poiogue une forme voilée et d'en coiw 'il avait dû être inventé dansquelqiw rient par une muse esclave, qui n'osail r que par celte voie détournée! Lpc }rOI«»d<HiAn> ■"••—

pour la rendre plus frappante qu'on la symbolise dans des êtres vivants, qu*on la fait sortir d'un événement, qu'on lui donne, en un mot, l'accent incisif et souverain d'une réalité?

— Mais, direz-vous, la leçon n'est pas donnée directement et de l'homme à l'homme !

— Sans doute et c'est là précisément qu'est l'audace, je pourrais dire l'injure! Quoi! vous me présentez les animaux les plus vils, les plus stupides ou les plus malfaisants comme des personnifications de mes instincts, vous me donnez pour professeurs et pour modèles les animaux nobles, courageux ou bienfaisants, et vous voulez que je regarde cette méthode comme un détour craintif ou flatteur ? C'est par réserve respectueuse de courtisan que vous me mettez à l'école des bètes ! Qui a jamais pu le croire sérieusement? Loin d'être une satire déguisée, la fable est une satire exagérée de rhomme, c'est sa caricature audacieusement crayonnée avec les traits énergiques de la bestialité. Quand Granville a pris nos différentes professions et que sur la robe d'un avocat, sur l*uniforme d'un gendarme, sur le frac d'un aca-

démicien, il amis une tête de perroquet, de boule-dogue ou de hibou, il ii*a fait que traduire, par le crayon, ce qu'avait écrit la plume de tous les fabulistes.

Il faut donc bien le répéter : Tapologue est une leçon parfaitement claire donnée à Thomme sous une forme fomilière et un peu chargée, qui la rend, par cela môme, plus facile à saisir.

La Fontaine ne s y est pas trompé quand il a dit, en parlant des conseils donnés par la fable, que si, pour enseigner la prévoyance à un enfant, on lui racontait, d'une part, Thistoire de Crassus, de l'autre l'apologue du bouc et du renard descendus au fond d'un puits, ce dernier exemple serait celui dont il resterait le plus frappé.

Et nous ajouterons que, sous ce rapport, l'homme ressemblera à l'enfant. Bien qu'on ait dit plaisamment que nous en étions venus à un siècle de doute où, malgré tous les efforts de leurs maîtres, les écoliers eux-mêmes ne voulaient plus croire que les bêtes parlassent, nous avons pu constater personnellement, en plusieurs occasions, combien l'action des fables

sur la foule était restée puissante. Là oir le conseil précis, la leçon oratoire, si je puis m*exprimer ainsi, eût été inutile ou mal reçue, Tapologue saisissait brusquement et enlevait Tadhésion.

Je n*en citerai qu'un exemple, parce qu* il m'est personnel, encore récent, et qu'il a laissé dans ma mémoire un ineffieiçable souvenir.

C'était après Témeute de juin 18^8. Paris démolissait à la hâte les barricades sur lesquelles s'étaient élevés les drapeaux troués et sanglants de tous les partis. A peine sorti de la bataille, on s'efforçait de reprendre les habitudes journalières de la vie avec cette hâte fiévreuse qui n'est que le besoin d'ordre et l'impatience du chaos. — Des lectures publiques du soir avaient été décidées peu de jours avant l'insurrection, le jour même où elle avait éclaté je devais les inaugurer. — Dès que le canon fit silence, je pris mes livres et je me rendis au lieu de réunion convenu.

J'y trouvai environ deux cents auditeurs, ouvriers ou bourgeois, qui se regardaient l'un Tautre avec défiance. Evidemment il y avait là

des eaaemis de la vdlle ; cm mains avaient dé-> chiré des cartoaches de deux o6lés opposés de la barricade! Les ntines étaient sombres, les regards soupçonnenx! Je parlai, jo lus, comme on pouvait parler et lire sous l'oppressioD de pareils événements et d'un pareil auditoire. Malgré moi, mon oreille, comme cdie de tous Ips hommes qui étaient là, se penc^it toujours vers la porte et guettait la fusillade ou le canon! Que vousdirai-je? cette anxiété distraite dura près d'une heure sans que ma voix, fut autre chose dans celte salle qu'un vain bruit. Enfin, au moment de partir, j'ouvris un volume do Florian que j'avais près de moi et je lus la fable que voici :

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