‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 7 sur 60 · LES DEUS LIONS · texte numérisé non relu

LES DEUS LIONS

Sur les bords africaiiiR, aux lieux inhabités Où le char du soleil roule en brAlant la terre. Deux énormes lions, de la soif tourmentés. Arrivèrent au pied d'un désert solitaire. Un filet d'eau coulait, faible et dernier eRbrt De quelque naïade expirante ; Les deux lions courent d'abord Au bruit de cette eau munnurante.

IIb pouvaient boire ensemble, et la fhitemité.

Le besoin, leur donnaient ce conseil salutaire ;

Mais l'orgueil disait le contraire.

Et l'orgueil fut seul écouté.

Chacun veut boire seul ! d'un œil plein de colère,

L'un l'autre ils vont se mesurant.

Hérissent de leur cou l'ondoyante crinière. De leur terrible queue ils se frappent les flancs. Et s'attaquent avec de tels rugissements Qu'à ce bruit, dans le fond de leur sombre tanière. Les tigres d'alentour vont se cacher tremblants.

Égaux en vigueur, en courage, Ce combat fut plus long qu'aucun de ces combats Qui d'Achille ou d'Hector signalèrent la rage,

Car les dieux ne s'en mêlaient pas.

Après une heure ou deux d'efforts et de morsures, Nos héros, fatigués, déchirés, haletants,

S'arrêtèrent en même temps.

Couverts de sang et de blessures.

N'en pouvant plus, morts ù demi.

Se traînant sur le sable à la source ils vont boire : Mais, pendant le combat, la source avait tari ! Ils expirent auprès.

Vous lisez votre histoire, Malheureux insensés, dont les divisions.

L'orgueil, les fureurs, ta folie.

Consument en douleurs le moment de la vie ! — Hommes, vous êtes ces lions.

Vos jours, c'est l'eau qui s'est tarie !

Je ne puis dire reffet produit parcelle foble, dont 1 application était si immédiate et si directe. Il y eut d'abord un léger murmure, puis comme un cri ! Ces deux cents auditeurs immobiles et muets un instant auparavant se r^rdaient en murmurant les derniers vers. H y avait dans tous les yeux, dans toutes les voix, une émotion qui ne cherchait point à se cacher.

Quand je sortis, je retrouvai sous le péristyle la foule qui causait avec une vivacité douloureuse ; les esprits s'étaient ouverts à la raison et la sympathie se réveillait dans les âmes ! Je regagnai moiûs triste mon logis à travers le faubourg obscur et bouleversé ; les pavés tremblaient encore sous mes pieds, mais je sentais que quelques cœurs du moins avaient retrouvé leur place.

Au reste, Thistoire est pleine d'exemples qui prouvent combien le conseil donné par Tapologue est frappant et saisissable pour les multitudes comme pour les individus. On a cité mille fois la fable de Ménénius Agrippa {ks membres et V estomac), qui apaisa la révolte du peuple romain ; celle de renseigne du chapelier racontée

par Franklin, au congrès des États-Unis, est moins généralement connue.

Jefferson avait rédigé la déclaration d'indépendance, mais tous les membres de rassemblée prétendaient y changer quelque chose. Le temps se passait en discussions inutiles sur les mots, les phrases, dont quelques lambeaux étaient enlevés chaque jour. Jefferson se décourageait et s'indignait. Alors Franklin raconta à ses collègues l'anecdote suivante :

— Quand j'étais jeune, dil-il, un de mes amis qui voulait s'établir chapelier, réunit ses compagnons, afin de les consulter sur l'important chapitre de l'enseigne.

Celle qu'il avait préparée était ainsi conçue :

JoiiN Thompson, chapelier,

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