‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 8 sur 60 · FAIT ET VEND DES CHAPEAUX AU COM^ANT · texte numérisé non relu

FAIT ET VEND DES CHAPEAUX AU COM^ANT

Puis suivait le signe commun à tous ceux de sa profession, la représentation d'un chapeau !

Le premier ami (jui prit la parole lui fit observer que le mot de chapelier était tout à fait superflu, puisque le reste de l'afliche expliquait l'industrie; mon ami en convint et l'eflaça.

Un second remarqua qu'il était inutile de mentionner que John vendait au comptant, que peu de gens achetaient autrement un objet d'une aussi faible valeur qu'un chapeau, et qu'il pouvait d'ailleurs convenir au

marchand lui-même, en ceiiaint.'s occusioiis, de fiiii-c crédit ù un acheteur.

Au comptant fut encore rayé, et l'enseigna se borna à ces mots :

John Thompson

FUT R mn M8 cBiPiAnx.

Un troinème iraî l'abrégea de nouveau, ea afflraMt

que ceux qui aupiéivent une coiffure ilaqniétaîeBt

peu-de saTwr par qui éUe éiait bile. On ne consam

donc que :

John Thompson vend de3 chapeads.

— Eb! que diable! s'écria un qualrième conseiller, avez-Tous peur qu'on s'imagine que vous les donnezt

— C'est juste, répliqua Thompson , mais comme alors il n'y aura plus au-dessus de ma porte que mon nom qui importe peu au public, je l'effiice!

De sorte qu'à force de perfectionnements, l'enseigne disparut tout entière, et qu'il ne resta rien.... que l'eSOgie d'im chapeau.

Les membres du congrès et JeffersoQ coidprireat l'apologue. Les preiDiers bornèreot leurs observations critiques, le second prit patience et la déclaration de l'indépendance fut enfin promulguée.

On pourrait mulUplierà l'inûni ces exemples, eu nous trouvons la foble partout ea usage Aéa

le berceau des nations. La Judée, la Grèce, rinde, la Chine Tout également connue. On la rencontre dans lajoupa du Cafre^ sous la tente de TÂrabe , aux bivacs de TOrégon, sur les almadies de TOcéanien.

Et non-seulement c^est chez tous les peuples, à peu de chose près, la même forme, mais ce sont les mêmes vérités pratiques mises en action. Au fond, cet immense répertoire de fables ne renferme qu'un petit nombre de préceptes de conduite toujours et partout les mêmes ; le symbole varie, Tidée reste invariable.

Prenez, dans le recueil ésopique, les principales affabulations, vous les reverrez, en d'autres termes, non-seulement dans Bidpay, mais jusque sous les neiges de la Laponie! Uniforme dans ses perceptions et borné dans ses moyens, le bon sens humain a nécessairement réduit son credo à un petit nombre d'articles de foi, qui ont été adoptés partout parce qu'ils étaient les conditions les plus indispensables de l'existence, et ces articles de foi ont été développés en apologues par les raisons que nous avons données plus haut.

Ainsi, fottUlfiippoleraialiMattM se fier aux appmmce$^ ^ — qu^cn m ^immijkitit d'un plus faibU^iM ^, ~- fiêe la fiméSrMum est mère de hMiaté. . . Toutes les épôqudfl el toutes les races ont une fiiUe jiopulàire poitir démontrer ces lîeax oomnmiiii de la sagesse pratique. La bb\e éa Rat d$$ mH^ etdu rat dei champs s'appelle h Chai maigre dans Tliatde, el vous pouvez la lire dans la Uiuluetite des &ble8^ de Bidpay, vers les Montagnes Rocheuses elle se nomme la Loutre et le Bison. — Les personnages et les détails diffèrent, mais c'est toujours la même conclusion.

La ressemblance des apologues parvenus jusqu'à nous dans différentes langues, ne prouve donc point, comme on la pensé, lunité de rinventeur, mais l'identité delà raison humaine sous toutes les latitudes. La muse que vous avez appelée, tour à tour, Ésope, Lokman, Bidpay, n'a qu'un vrai nom : elle s'appelle expi' riencey et elle seule a trouvé les fables popularisées d'abord par la tradition, puis reprises par un art plus civilisé et revêtues des gracieux ornements de la parole. Les fabulistes dont les

noms nous ont été transmis ont accompli ce dernier travail ; ils ont recueilli ces démonstrations de préceptes utiles malignement dramatisées; ils y ont ajouté, sans aucun doute , ils se sont appliqués à parfaire et à compléter des enseignements jusqu'alors donnés au hasard ; - de là est venue leur gloire.

Quant à Tépoque précise que Ton doit assigner à l'apparition de chacun d'eux, nous avouons, pour notre compte, y attacher un médiocre intérêt. Qu'importe l'antériorité là ou elle ne prouve point l'invention? Ce qui nous importe , c'est le moyen de transmission jusqu'à nous, et ce moyen a été, si l'on en croit la tradition vulgaire, le Bossu de Phrygie.

Nous savons bien que Texislence d'Ésope même a été mise en doute par quelques érudits ; mais que savent-ils respecter? Dans le siècle dernier, je ne sais quel docte théologien avait conquis le nom de dénicheur de saints à force d'en avoir chassé de la légende et du calendrier ; aussi le curé d'une des paroisses de Paris disait-il :

— Je ne le rencontre jamais sans le saluer

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