GEORGES CADOUDAL ET LA CHOUANNERIE
A la fin du siècle dernier et dans les premières années »Ju nuire, aux yeux de la France révolutionnaire et impériale, les Vendéens n'étaient qu'un ramassis de brigands. Vendéens et brigands c'était tout un, et dans la langue
tirante comme dans le langage officiel les deux mots
lient synonymes.
Le 19 octobre 1193, le représentant Merlin de Thion- \ille écrivait de Saint-Florent-le-Vieil au Comité de salut |iiiblic : < ... Ces lâches ennemis de la nation ont, à ce
il se dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres •juils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de la bouche de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce trait d'incroyable hypocrisie. Je les ai pérores, et ils ont bientôt compris qu'ils ne devaient aucune reconnaissance aux brigands. Mais comme
(1) Georges Cadottdal et la Chouannerif, par «on neveu Oeor^'vs caouudal. — Un Tolume in-octavo, orntf d'un portrait et aoeompsgntf d'un* cane. — E. Pion, Nourrit «t C», éditaura. Paria, 1887.
la nation n'est pas encore à la hauteur de nos sentiments patriotiques, vous agirez sagement en ne soufflant pas mot sur une pareille indignité. Des hommes libres acceptant la vie de la main des esclaves ! Ce n'est pas révolutionnaire. Il faut donc ensevelir dans l'oubli cette malheureuse action. N'en parlez pas même à la Convention. Les brigands n'ont pas le temps d'écrire ou de faire des journaux, cela s'oubliera comme tant d'autres choses. » Merlin de Thionville avait raison. Tant que dura la République, attaqués du haut de la tribune, traînés chaque jour par la presse révolutionnaire à la barre de l'opinion, les brigands n'avaient pas un seul journal qui les pût défendre. Lorsqu'à la république succéda l'empire, Bonaparte imposa aux terroristes comme aux Vendéens un commun silence. Les Vendéens ne paraissent pas d'ailleurs avoir été tentés de le rompre. Après s'être si bravement servi de l'épée, il ne leur convenait pas d'employer la plume, oubliant peut-être trop que c'est une arme aussi, et quelquefois la plus redoutable de toutes. Ils avaient fait leur devoir, et cela leur suffisait ; se glorifier d'une chose à leurs yeux si simple ne leur venait pas en pensée. Tout au plus arrivait-il parfois à l'un d'eux, lorsque ses yeux tombaient sur un de ces libelles où leurs luttes héroïques étaient si indignement travesties, de murmurer comme le lion de la fable :
Je vois bien qu'en effet
On vous donne ici la victoire :
Mais l'ouvrier vous a déçus; Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus Si mes confrères savaient peindre.
CAUSERI ES HISTORIQUES . 1 49
Tout à coup, en i806, parut un livre intitulé : Histoire delà guerre de la Vendée et des Chouans^ par Alphonse de Beauchamp. Ce fut une révélation. L'auteur apprenait à la France, qui ne s'en doutait pas la veille, que les Vendéens avaient été des héros et quMls avaient droit à l'adrairation de tous les gens de cœur. Ce n'est que justice de rappeler que Beauchamp a fait acte de courage en publiant un tel livre, alors que la Révolution trônait aux Tuileries et (|ue Fouché était ministre de la police. Disons de plus que rarement historien avait abordé sujet plus difficile. Mettre de l'ordre, de l'unité, de la suite, dans cette série de combats innombrables, au milieu de cetéparpillcment d'influences et de directions, à travers cette multiplicité de chefs, cette diversité de lieux, c'était une tâche qui pouvait senibler impossible, et c'est vraiment merveille de l'avoir réalisée. Le livre d'Alphonse de Beauchamp mérite donc de vivre à un double titre, comme le premier ouvrage qui ait fait connaître les guerres de la Vendée, et comme une œuvre d'un vrai mérite.
Il y a lieu d'être surpris qu'elle ait été autorisée à paraître, à une époque où aucun livre ne pouvait être publié sans l'agrément de l'administration, sans l'approbation des censeurs qui formaient le bureau de la liberlé de la presse, lequel était attaché au ministère de la police. Mais il se trouvait que ce bureau était dirigé par des hommes pleins de talent et de modération . Lemontey et Lacretelle aîné, chargés d'examiner le manuscrit de Beauchamp, firent un rapport favorable .
Cette approbation sauva l'ouvrage, qui sans elle eût été infailliblement arrêté et saisi ; elle ne pat garantir l'auteur
de la persécution qu'allait lui susciter le succès de son livre. On lui enleva la modeste place qu'il occupait, et il fut frappé d'un exil qui ne prit fin que lorsqu'il eut souscrit l'engagement de ne plus traiter aucun sujet emprunté à l'histoire contemporaine.
Jusqu'à la chute de l'empire, il ne fut plus permis à aucun écrivain de rien publier sur la Vendée.
En 1809, une Vie du général de Charette, par un ancien magistrat, M. Le Bouvier-Desmortiers, était à la veille de paraître, lorsque l'édition tout entière fut saisie par la police. Le gouvernement impérial, en cette même année 1809, interdisait la publication d'un autre livre bien autrement remarquable que celui de Bouvier-Desmortiers, bien autrement émouvant que celui de Beauchamp, — d'une œuvre simple et grande, pathétique, sublime par endroits comme la Vendée elle-même.
La veuve de M. de Lescure, à l'époque de son exil en Espagne, en 1199, avait commencé à écrire ses souvenirs et les avait conduits jusqu'au passage de la Loire (octobre 1193). Après son second mariage, en 1802, sur les instances de M. de la Rochejaquelein, elle reprit son travail et le continua jusqu'au récit de son arrivée à Bordeaux, après l'amnistie (n9o). L'œuvre étant terminée, Mme de la Rochejaquelein fit recopier par des amis ce premier jet, relut alors son travail, le corrigea, le rectifia et en fit faire une copie définitive par un ancien officier vendéen, M. Beauvais. Les choses en étaient là, lorqu'au mois de décembre 1807 M. Prosper de Barante, alors âgé de vingt-cinq ans seulement, fut nommé sous-préfet de Bressuire par l'empereur — qui, pour le dire en passant,
avait du moins le mérite (M. Taine lui-môme ne le contestera pas) de se connaître en hommes. Le futur historien des Ducs de Bourgogne se lia bien vite avec M. de la Rochejaquelein. et obtint communication du précieux manuscrit. Sur la demande de M. et de Mme de la Kochejaquelein, il en revit le texte, en remania le style, élaguant ici, resserrant là, opérant des transpositions, brisant les périodes trop longues, remplaçant quelques locutions ou surannées ou trop familières. Que ce travail de révision, fait avec discrétion et avec goût, ait amélioré la rédaction première, cela sans doute est incontestable ; il n'en reste pas moins, ainsi que l'a très bien dit un excellent juge, un des maîtres en l'art d'écrire au dixneuvième siècle, Mgr Pie, que non seulement toute la marche et la suite de la narration, mais presque toujours le coup de pinceau heureux, le mot vif et saillant, le trait piquant ou ingénu, appartiennent à la composition primitive (1). Les célèbres .Mémoires sont bien l'œuvre de Mme de la Rochejaquelein, et non celle de .M. de Barante. Et ce qui le prouve, ce n'est pas seulement la comparaison des deux textes, le rapprochement des deux versions; c'est encore ce fait que M. de Barante, malgré son très réel talent, n'a jamais fait un livre qui approche de celui-là. Pour l'écrire, il ne suffisait pas d'être un auteur élégant et correct, un historien sagace, un académicien disert.
(t) .\t. tU BaranU, tous-pré f*t à Brtssuire, et Ut Mémoires dt Mm* de la ItochejaqueUin. aolioa lua h là a^tooe publique dM antiquairM d« rOuest. le 28 décembre 1868, ptf Mgr r«Tèque de Poitien. Œuvré* d* Mgr Pif, t. Vf, p. :i07.
Il y fallait autre chose. Besoin était d'avoir partagé les souffrances et l'héroïsme de l'armée catholique et royale ; d'avoir vu mourir Bonchamp et Cathelineau et combattre Monsieur Henri, d'avoir été une brigande en fuite à travers le Bocage. « Je m'animais en racontant ces souvenirs, dit Mme de la Rochejaquelein dans son avantpropos ; ma plume courait rapidement, puis je restais fatiguée et oppressée sous une douleur que j'avais ainsi ravivée. Je passais quelquefois des semaines entières sans avoir le courage de reprendre cette tâche. Je ne pouvais même me décider à relire ce que j'avais écrit (1). » Ce n'est pas ainsi, je le crois bien, que s'écrivent les œuvres académiques ; c'est ainsi que se font les œuvres immortelles.
M. de Barante, dans un voyage qu'il fit à Paris en 1809, prêta le manuscrit des Mémoires à M. Mathieu de Montmorency pour deux jours, et celui-ci à sa mère, Mme la vicomtesse de Laval, pour vingt-quatre heures. Le prince de Talleyrand, qui avait l'habitude d'aller chez elle tous les soirs, la trouva occupée à les lire. Sur le refus de la vicomtesse de Laval de les lui prêter et sur son observation qu'elle ne pouvait y consentir, ayant pris l'engagement formel de les rendre le lendemain matin, M . de Tal-
(1) Note autographe à la suite du 2* volume delà copie Beauvais. Cette copie forme deux volumes manuscrits intitulés : Mémoires de Marie- Louise-Victoire de Donissan, veuve Lesoure. Sur chacun des volumes, la marquise de la Rochejaquelein a consigne de sa propre main cette déclaration : Copie très exacte de mon manuscrit. Cette copie est la propriété de M. le comte Julien de la Rochejaquelein, ancien député des Deux-Sèvres à l'Assemblée nationale ; nous ne saurions trop l'engager à publier les Mémairts de sa grand'mère tels qu'elle les a écrits. — Depuis que ces lignes ont paru, cette publication a eu lieu.
leyrand se mit à rire en disant : v Qu'à cela ne tienne!» Puis il sonna et dit : « Qu'on porte ce manuscrit au ministère; il y a vingt-quatre cahiers, que vingt-quatre commis les copient cette nuit, et qu'ils me les rendent demain matin, cousus comme ils le sont en ce moment. — Voilà, dit-il en se retournant gravement vers Mme de Laval, un bon moyen de lire un manuscrit tranquillement. »
Le prince de Bénévent porta cet exemplaire à l'empereur, qui le garda quinze jours. Diverses copies, plus ou moins complètes, faites vraisemblablement sur celle-ci, se répandirent bientôt dans quelques salons de Paris et de la province. Partout l'impression fut profonde. Aussi M. de Pommereul, directeur général de la librairie, donnat-il des ordres sévères pour que ce livre, qui pouvait réveiller des sentiments royalistes, ne fut pas publié (1).
Les Mémoires de Mme la Rochejaquelein parurent au commencement de la Restauration. En même temps que l'ouvrage de la veuve de Lescure, qui allait être, quelques mois plus tard, la veuve de Louis de la Rochejaquelein (2), L.-G, Michaud, imprimeur du roi, éditait une brochure retraçant les aventures militaires d'une amazone rustique, sous ce titre : Mémoires de Renée Bordereau, dite Lange-
il) iigt Pi«, op. oit., p. 301.
(2) Tu4 au combat des Mathes le 4 juin 1815.
vin, touchant sa vie militaire dans la Vendée, rédigés par elle-même.
Au mois de juillet 1819, Chateaubriand publia, dans le Conservateur, un récit sur la Vendée, qui est un morceau achevé et l'un des plus beaux qui soient sortis de sa plume. En voici les dernières lignes :
« Quiconque a quelque goût de la vertu aime à s'entretenir des hommes qui sont devenus illustres par de saintes adversités et des devoirs accomplis. Leur mémoire, bénie de race en race, fait le contrepoids de l'abominable renommée d'une autre espèce d'hommes, lesquels vont aux âges futurs tout chargés de prospérités maudites et de crimes si énormes, que ces crimes en prennent un faux air de gloire. Nous devions à la pairie et à l'honneur de parler des Vendéens avec le respect et l'admiration qu'ils inspirent. Les noms immortels des Gharette, des Cathelineau, des la Rochejaquelein, des Bonchamp, des Stofflet, des Lescure, des d'Elbée, des Suzannet et de tant d'autres, n'avaient pas besoin de nos éloges ; mais du moins nous les aurons marqués dans cet écrit, comme le sculpteur inconnu qui grava les noms des compagnons de Lconidas sur la colonne funèbre aux Thermopyles (1).»
Chose singulière ! Les mémoires sur la guerre de la Vendée ont été surtout écrits par des femmes. Les hommes avaient eu assez à faire de se battre. C'est ainsi que nous avons eu, en 1823, les Mémoires de Madame lamar-
(1) Le Conservateur, tome IV, p. 254. Voir aussi, dans les Mémoires éC Outre-Tombe, t. II, p. 110, les pages admirables qui ont pour titre : un Paysan vendéen.
quise de Bonchamp, et en i82i ceux de Madame de Sapiyiaud, veuve du chef vendéen Charles-Henri de Sapinaud de la Rairie.
A l'exception d'un livre estimable, mais d'un mérite secondaire, V Histoire complète des guerres de la Vendée^ par M. de Bourniseaux(l), la Restauration n'avait mis au jour sur la Vendée que des mémoires, où le sentiment avait plus de place que la recherche patiente et l'étude raisonnée des faits. Sous le gouvernement de Juillet, au contraire, trois œuvres historiques d'une réelle valeur furent consacrées aux guerres de la Vendée et de la Chouannerie : en 1840 et 1841, l'Histoire delà Vetidée militaire, par J. Crétineau-Joly ; en 1841, les Guerres de la Vendée et de la Bretagne, par M. Eugène Veuillot ; en 1848, les cinq volumes de M. Théodore Muret intitulés : Histoire des fjuen'es de l'Ouest.
Il s'en faut bien que ces ouvrages, pour consciencieux et remarquables qu'ils soient, aient épuisé le sujet. En 1818, un prêtre vendéen, M. l'abbé Deniau, curé du Voide (Maine-et-Loire), a fait paraître une nouvelle Histoire de la Vendée (2), en six volumes, qui résume et complète sur plusieurs points les travaux antérieurs.
A côté de ces histoires générales sont venues prendre place, en ces dernières années, d'importantes monogra> phies, parmi lesquelles je citerai les Débris de Quiberon, par Eugène de la Gournerie ; la Grande armée vendéenne et Bonchamp, par Alfred Lallié ; la Pacification de la
(1) Trois TolamM ia-8, 1823.
(2) Histoire de la Vendée^ daprig dêt doeumêHtt mmotau» tt iméUlê^ par M. l'êbhé 0«ajau ; dtfdiée à Mgr F^«pp«l, 4têqam «TAngcr*.
Vendée en 1795 , par L. de la Sicotière; Stoffiet et la Vendée, par Edmond Stofflet ; aujourd'hui enfin Georges Cadoudal et la Chouannerie.
L'auteur de ce dernier livre, M. Louis-Georges de Cadoudal, est mort il y a deux ans, le 1" avril 1885. Fils du général Joseph de Cadoudal, il était le neveu de Georges . Fidèle aux traditions religieuses et monarchiques de sa famille, il lui a été donné de défendre par ses écrits la cause pour laquelle son père et son oncle avaient versé leur sang. Il est peu de journaux et de revues royalistes auxquelles il n'ait collaboré; 1' ^m'o/i principalement le compta jusqu'à la fin parmi ses rédacteurs. Sans souci de conquérir la renommée, il n'avait pas d'autre ambition que d'être, comme tous les siens, un soldat au service de la vérité, de la justice et de l'honneur. Il écrivait des articles, alors qu'il eût pu composer des livres: il en a publié pourtant quelques-uns, en trop petit nombre, et en particulier deux qui sont excellents : Madame Acarie, Etude sur la société religieuse aux seizième et dixseptième siècles, et les Signes du temps, Critiques littéraires et morales. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé de l'engager à préférer le livre au journal, à nous donner, puisqu'il le pouvait faire, des œuvres de longue haleine, préparées avec amour, écrites à loisir, vraiment dignes de son franc et noble talent ! En ces dernières aimées sur-
tout, je ne le revoyais jamais sans le presser d'(';crire la Vie de Georges Cadoudal. Il s'y décitia enfin et si la maladie et la mort ne lui ont pas permis de publier lui-môme son livre, du moins en avait-il achevé les dernières pages, lorsque la plume est tombée de sa main .
Il l'a composé sur pièces et à l'aide de documents originaux d'une grande valeur. L'abbé Guillevic, ancien professeur au collège de Vannes et recteur de Plœmeur, chef de la correspondance de Georges et commissaire ordonnateur de son quartier général, avait réuni un nombre considérable de pièces, soigneusement annotées de sa main et devenues, après sa mort, la propriété de la famille Cadoudal. Outre les papiers de l'abbé Guillevic, M. Georges de Cadoudal a eu à sa disposition les Mémoires inédits de Uohu, lieutenant-colonel de la légion d'Auray, les Notes de Rio, l'auteur de la Petite Chouannerie^ etc., etc. Il a consulté, au Dritish Muséum, les papiers de Puisaye. Là ne se sont pas bornées ses recherches. Pendant qu'il en était temps encore, il a recueilli les récits des compagnons de Georges, ceux de leurs fils ; il a fait appel en particulier aux souvenirs du commandant Guillemot, le fils du rot de Bignan. Après avoir rassemblé, en aussi grand nombre que possible, les documents écrits, il a fait sa part légitime à la tradition orale, aujourd'hui trop dédaignée. Enfin, et ce n'est pas là pour mol le moindre mérite de son ouvrage, il l'a écrit loin de Paris, dans cette petite maison de Rerléano, où Georges était né, en face de ces bois et de ces landes où Georges avait livré tant de combats. Si même j'avais un reproche à faire au consciencieux
historien, ce serait celui de n'avoir pas assez écouté ces voix de la terre natale, de s'être trop défendu contre ses impressions intimes, contre le naturel attendrissement que devaient éveiller en lui tant et de si douloureux souvenirs, tant et de si terribles événements : Sunt lacrymœ rerum. N'en déplaise à l'école nouvelle, pour laquelle il n'existe pas d'autre histoire que l'histoire documentaire, j'aurais voulu retrouver plus souvent dans son livre un écho de nos admirables poésies populaires, de celle, par exemple, où l'Homère breton, — un Homère inconnu, — nous montre le frère de Georges, Julien Cadoudal, arrosant de ses larmes, après la bataille, le corps de son ami, le pauvre M. de Tinténiac.
« — Voici l'heure qui sonne, voici l'heure sonnée où nous en viendrons encore une fois aux mains avec ces misérables soldats ; du courage, enfants de la Bretagne ; du courage, et voyons. Si le diable est pour eux, Dieu est pour nous !
« Quand ils en vinrent aux prises, Julien frappait comme un homme : chacun d'eux avait un bon fusil; lui, il n'avait que son bâton, son bâton et son chapelet de Sainte- Anne, et quiconque l'approchait était abattu à ses pieds.
« Et tout percé était son chapeau, et percée sa veste, et une partie de sa chevelure avait été coupée d'un coup de sabre, et le sang coulait de son flanc ouvert, et il ne cessait de frapper, et de plus il chantait.
« Et je cessai de le voir, et puis je le revis : il s'était retiré à l'écart sous un chêne, et il pleurait amèrement, la tète inclinée, le pauvre M. de Tinténiac en travers sur ses genoux.
CAL'.SEIUES lllSÏORIQUE-S. l.V>
• Et quand le combat finit, vers le soir, les Chouans s'approchèrent, jeunes et vieux, et ils ôtuient leurs chapeaux et ils disaient : — Voilà que nous avons gagné la victoire, et il est mort, hélas ! »
Mais il est temps d'arriver au livre lui-même et d'en indiquer les lignes principales.
Georges Cadoudal, né à Keiléano près d'Auray, le l*"" janvier 1111, était le fds d'un laboureur, — non d'un meunier, comme le disent toutes les biographies.
Au mois de mars l"93, à la nouvelle (|u'eti Vendée Cathelineau, Bonchamp, Lescure et la Rochejaquelein, avaient déployé le drapeau blanc, il parlait avec quelquesuns de ses anciens camarades du collège de Vannes, et rejoignait à Chalonnes l'armée catholique et royale. Incorporé dans une de ces compagnies bretonnes qui devinrent la force la plus solide de l'armée d'Anjou, il fit toute la guerre. Il était à Laval, à Pontorson, à Dol, à toutes ces batailles de géants. A Grandville, il fut nommé capitaine dans un corps de cavalerie, se signala par des prodiges de valeur au Mans, à la Flèche, à Angers, à Niort, et ne quitta l'armée vendéenne que lorsqu'elle eut été détruite à Savenay.
A peine était-il de retour à Kerléano, qu'il fut arrêté avec son père et sa mère, son oncle Denis et son frère Julien, et conduit avec eux dans les prisons de Brest, d'où il parvint à s'échapper quelques jours après le 9 thermi-
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dor. Il avait la facilité de passer en Angleterre ; l'idée ne lui en vint même pas. Il regagna en hâte le Morbihan, où l'insurrection venait de se raviver. C'étaient d'étranges soldats, ces premiers insurgés raorbihanais, mal armés pour la plupart, pauvrement vêtus, brandissant le penbas et rejetant leurs longs cheveux en arrière, mais braves comme leurs ancêtres, ces Celtes dont Suidas a dit : « Hi sunt un qui Thor i ben (Casse sa tête) vocem vobis in frœlio emittant... et comas jactant. » « Voilà ceux qui dans la mêlée vous jettent le cri de « Thor i ben » en secouant leurs chevelures. »
Il y avait ceux de Bignan, commandés par Guillemot ; ceux de la Trinité-Porhoët, ralliés autour deBoulainvilliers, de Froussiert et de Gaudin ; ceux de Baud et de Melraud, sous les ordres de Jean Jan ; ceux de Gourin sous les ordres de du Chélas et de Debar ; la division de Ploërmel, qui obéissait à César et à Louis du Bouays ; celle de Sarzeau, qui obéissait au comte de Francheville ; celle de Rochefort et Malestroit, que dirigeait M. de Silz ; enfin, les paroisses situées le long de la Vilaine, depuis Redon jusqu'à la mer, qui reconnaissaient pour chefs le chevalier de Cacqueray et de Sol de Grisolles.
Ces soldats improvisés, ces chefs indépendants l'un de l'autre, ne se proposaient point, du moins à l'origine, de renverser la république. Ils n'avaient d'autre but que de défendre contre le pillage leurs églises ou leurs chaumières ou d'arracher des proscrits aux bourreaux. Livrées à elles-mêmes, la plupart des divisions combattaient isolément, sans plan général, sans méthode de guerre. Il était nécessaire cependant, si l'on ne voulait pas s'épui-
ser en sacrifices stériles, en eiïorlâ condamnés d'avance à l'impuissance, de réunir ces forces éparses, de les soumettre à un chef et à une môme discipline. Georges s'y appliqua sur-le-champ avec une rare intelligence, avec une énergie prodigieuse : il n'avait que vingt-trois ans.
Sans ambition personnelle, désireux, non de commander, mais de servir utilement, il n'hésita pas à se mettre en rappors avec le comte Joseph de Puisaye, à lui demander des instructions et des ordres. Il lui fit connaître qu'il était en mesure de protéger les débarquements d'hommes, d'argent, d'armes et de munitions sur les côtes du Morbihan. Les deux officiers qu'il avait députés vers Puisaye, son ami Mercier et Julien Berthelot, un des trois camarades qui l'avaient accompagné en Vendée, ajoutèrent en son nom que la présence d'un prince en Bretagne était indispensable, que l'unité se ferait alors d'elle-même et que de l'unité sortirait la victoire.
Puisaye était à ce moment sur le point de partir pour l'Angleterre. Il laissa, pour le représenter pendant son absence, un homme étranger aux provinces de l'Ouest et qui n'avait jamais paru sur aucun champ de bataille de la Bretagne ou de la Vendée, un émigré récemment débarqué d'Angleterre, Pierre-Marie-Félicité Dezoteux, plus connu sous le nom de baron de Cormatin.
Cormatin, qui se croyait, et qui avait peut-être les qualités d'an diplomate, rêva de conquérir, à défaut des lauriers du soldat, ceux du pacificateur. II négocia une suspension d'armes et, le 31 mars 1195, au chiUeau de la Prévalaye, près de Rennes, s'ouvrirent des conférences
auxquelles assistèrent des représentants du peuple, des généraux républicains, et cent vingt-cinq chefs royalistes, dont les principaux étaient Georges Cadoudal, Frotté, Boishardy, de Scépeaux et de la Vieuville. Le traité qui sortit de ces conférences est connu sous le nom de traité de la Mabilais (1). Sur cent vingt-cinq chefs royalistes, vingt-et-un seulement l'avaient signé.
Georges était de ceux qui avaient refusé leur signature ; afin d'éviter toute équivoque, il était même parti avant la fin des conférences pour retourner dans ses cantonnements. Il crut cependant devoir accepter, dans une certaine mesure, un traité qu'il regardait comme l'œuvre de son chef, et il s'efforça de faire prévaloir ses principales dispositions.
A défaut d'une paix véritable, dont au fond personne ne voulait, régnait une sorte de trêve. Elle fut rompue par les républicains, le 28 mai 1795. Le bourg de Grandchamp fut cerné par eux, et l'un des principaux chefs du Morbihan, le comte de Sik, tué avec treize des siens. Le lendemain, Georges était attaqué à son tour dans la forêt de Camors. Il reçut ce jour-là une balle dans la cuisse. Ce fut l'unique blessure qui l'atteignit pendant cette guerre de dix ans, où il assista à plus de cent combats. Ses soldats, qui le voyaient toujours au premierrang, sain et sauf au milieu d'une pluie de balles, le croyaient invulnérable. « Vive le roi quand même ! » s'écria-t-il en sentant couler son sang, se souvenant du cri vendéen.
(1) La Mabilais est une ferme ob fut signé le traité qui avait été discuté à la Prévalaye.
On voudra suivre, dans le livre de M. Georges de Cadoudal, le récit de ces luttes incessantes, héroïques, véritablement prodigieuses, et qui semblent tenir de la légende au moins autant que de l'histoire.
A défaut d'une analyse, impossible en un pareil sujet, rappelons du moins un petit nombre de faits et quelques dates.
Le tO juin 1195 l'escadre anglaise qui porte Puisaye, d'Hervilly, Sombreuil et leurs compagnons, part de Portsmouth et se dirige vers le Morbihan. C'est Georges, avec sa division, assistée de celle de Mercier- /a- Vendre et de d'Allègre, qui s'est chargé de balayer la côte de Vannes à Lorient. Le débarquement s'opère sur la plage de Carnac, au milieu d'une multitude ivre de joie, qui demande des armes et fait retentir l'air des cris de : vive la religion 1 vive le roi !
La panique est générale parmi les républicains, les administrations civiles du département déménagent à la hAte leurs archives pour Ploërmel. Hoche lui-même, ne se sentant pas en force, donne à sa troupe l'ordre de se replier sur Rennes.
Georges demande que l'on marche en avant sans perdre un jour, une heure, c Ce mouvement, disait-il, ne compromettrait rien, puisque l'on n'avait pas à craindre d'attaque sur les derrières. Il déterminerait facilement une
prise d'armes dans la Vendée. Il mettrait toute la presqu'île normande en agitation et placerait l'armée royale dans la position la plus avantageuse, appuyée sur les deux mers, le golfe de Gascogne et la Manche, et par conséquent à même de recevoir de l'Angleterre de fréquents et faciles secours. »
Malheureusement c'est le parti de la temporisation qui l'emporte. Au lieu d'aller en avant, d'Herviily et ses soldats s engouffrent (suivant le mot de Georges) dans la presqu'île de Quiberon. Le désastre était au bout de cette fatale détermination. Georges Gadoudal, après la défaite, réussit du moins à sauver l'armée des Chouans par une retraite glorieuse à l'égal d'une victoire, et, le 28 août 1"93, à Grandchamp, dans une réunion à laquelle assistaient tous les chefs de canton, il fut nommé général en chef du Morbihan. Il avait vingt-quatre ans.
« A cette époque, dit son historien, il était dans tout le développement de sa force physique et intellectuelle. Sa vigueur était telle qu'il saisissait par les pieds de derrière un poulain de vingt mois pendant que deux hommes fatiguaient l'animal à grand coup de fouet, et que tous ses efforts ne pouvaient triompher de la force de Georges. On montre encore à Lacoal-Mendon un puits dont il soulevait la margelle à bout de bras et qu'il remettait ensuite en place par manière de jeu. On l'a vu souvent renouveler le tour du maréchal de Saxe et briser comme lui un écu de six livres entre ses doigts. Mais la force musculaire n'enlevait rien à ses facultés intellectuelles. Sa mémoire était prodigieuse ; par prudence et par habitude de proscrit, il ne conservait jamais une lettre ; mais toutes celles
qu'il recevait, une fois lues, étaient à jamais gravées dans son puissant cerveau. Tous ses loisirs étaient consacrés à l'étude. Unie voyait constamment avec son ami Mercier, penché sur des cartes de Bretagne, absorbé dans des plans et des méditations stratégiques (i) >.
A peine élu général, Georges s'occupe de donner à sa petite armée une organisation solide, régulière, établie sur les bases suivantes : chaque paroisse formait une compagnie commandée par le capitaine de paroisse. Les cantons comprenaient dix à quinze paroisses, et leurs chefs s'appelaient des chefs de canton. Les divisions comprenaient de trois à six cantons et de trente à quatre-vingts paroisses ; des chefs de division les commandaient. Ces divisions réunies pouvaient s'élever environ à vingt mille hommes.
Grâce à l'habile direction, à l'énergie indomptable de leur général, ces vingt mille hommes, décimés chaque jour, et dont les rangs éclaircis d'année en année, de mois en mois, ne reçoivent plus de nouvelles recrues, tiennent tète pendant cinq ans à la république et h ses meilleurs généraux, Iloche, Brune, Hédouville, Bernadotte. Dans cette guerre terrible, point de ces grandes journées que le soleil et la gloire éclairent à l'envi de leurs rayons ; mais des combats obscurs, que la nuit souvent cache de ses voiles, combats anonymes pour la plupart, au milieu desquels se détache de loin en loin un nom bien vite eff face de la mémoire. Et ces héros, ces soldats du devoir, qui font si généreusement à leurs convictions le sacrifice
(1) Georges Cadoudal et la Chouannerie, p. lit.
de leur vie, des historiens viendront qui leur jetteront à la face l'outrage et la calomnie, qui les transformeront en bandits, en voleurs de grands chemins, en détrousseurs de diligences. Que la poésie du moins, plus vraie ici que l'histoire, restitue aux Chouans leurs véritables titres ; qu'elle nous dise en un chant immortel et par la voix d'un poète, obscur lui-même comme les héros qu'il a célébrés, ce que furent les compagnons de Georges Cadoudal :
« Les vieillards et les petits enfants, et tous ceux qui sont incapables d'aller se battre, diront dans leurs maisons, avant de se coucher, un Pater et un Ave pour les Chouans.
« Les Chouans sont des hommes de bien, ce sont de vrais chrétiens ; ils se sont levés pour défendre notre pays et nos prêtres. S'ils frappent à votre porte, je vous en prie, ouvrez-leur. Dieu de même, mes braves gens, vous ouvrira (1). »
Le 18 brumaire avait balayé le Directoire ; le général Bonaparte, à la veille de dicter ses lois à l'Europe, venait de pacifier la Vendée, le Maine, la Normandie, la Bretagne. Seul Georges résistait encore. Le 5 mars 1800, il eut une entrevue avec le premier Consul. « J'ai besoin, dit Bonaparte à Cadoudal, d'hommes énergiques comme
(l) Ar Chouanted (les Chouans), dialecte de Vannes. — Extrait des Barxas lireix de M. de la Villemarquë .
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VOUS. Je vous ofTre le grade de général de division dans l'armée du général Moreau. i
Georges n'hésite pas une seconde. Deux cliemins s'ouvrent devant lui : d'un côté, les honneurs et la gloire ; de l'autre, les persécutions, les revers, la mort. Il refusa le premier et s'engagea résolument dans le second, celai que lui désignait sa conscience.
De ce jour, 5 mars 1800, au 25 juin 1804, ce fut entre ces deux hommes, entre le Corse et le Breton, entre Napoléon Bonaparte et Georges Cadoudal, une lutte tragique, un duel à mort.
M. Thiers a servi de témoin au premier Consul dans ce duel historique. Il n'a rien négligé, dans son livre sur le Consulat et l'Empire^ pour noircir l'adversaire de son héros et pour faire du vaillant royaliste un vulgaire coupe-jarrets. Un témoin qui vaut bien M. Thiers, et qui a sur lui l'avantage d'avoir été contemporain des faits qu'il raconte, qui les a vécus avant de les écrire, Claude Fauriel, s'est récemment levé de la tombe, et a dit la générosité, le dévouement, la grandeur d'âme de Georges Cadoudal (1).
Georges est-il l'inspirateur, l'auteur principal, à tout le moins le complice de l'attentat du 3 nivôse an IX, — 24 décembre 1800? M. Thiers n'hésite pas à l'affirmer, et il essaie de l'établir à l'aide de preuves que l'historien de Georges Cadoudal, dans un des meilleurs chapitres de son livre, n'a pas eu de peine à réiluire à néant.
(1) 1>« derniers jours du CofUtfloC. manuscrit ioMit d« Cbud* Paa* riel. membre d« l'Institut. 1886.
En revanche, M. Thiers, qui a sous les yeux, dans la correspondance même de Napoléon, des pièces aussi claires que significatives, où l'on voit Bonaparte mettre à prix la tête de Georges et le traquer comme une bête fauve, passe ces pièces sous silence et les supprime le plus cavalièrement du monde.
Le 4 juin 1800, Bonaparte écrit à Bernadotte :
« Prenez mort ou vif ce coquin de Georges ; si vous le tenez, aussitôt, Faites-le fusiller dans les vingt-quatre heures... »
Le 4 juillet suivant :
« Faites donc arrêter et fusiller dans les vingt-quatre heures ce misérable Georges... »
Le 20 du même mois :
« Je crains comme vous que Bourmonl et ses chefs de Chouans ne se conduisent mal ; d'ailleurs il ne doit point y avoir un Etat sur l'Etat. Georges est un de ceux qui se conduisent le plus mal. Faites-le saisir et fusiller. »
Le 4 juin 1800, il écrit à Fouché, son ministre delà police :
« Georges, à ce qu'on m'assure, est de retour d'Angleterre. Il est indispensable que vous le fassiez arrêter, ainsi que le frère de Frotté, qui est dans l'Orne ; n'épargnez aucun moyen podr avoir morts ou vifs ces deux hommes. »
Qu'on ne s'y trempe pas. Je n'ai nul dessein d'esquisser à mon tour un Napoléon poussé au noir, d'appuyer sur le crayon de M. Taine, dont la récente étude (1) est, à mes
(1) Napoléon Bonaparte, par II. Taine, Revue des Devue-Mondes, 15 février — 1" mars 1887.
yeux, l'erreur d'un généreux esprit et d'un puissant écrivain. Je tiens seulement à établir que dans cette lutte Bonaparte et Cadoudal étaient à deux de jeu, que si le premier était en état de légitime défense, le second n'était pas infidèle au sang breton, lorsqu'il projetait de se rendre à Paris avec quelques-uns de ses plus hardis compagnons, d'attaquer Bonaparte en plein jour, au milieu de son escorte, dans un nouveau combat des Trente, de l'enlever, de le saisir, lui aussi, mort ou vif^ et de proclamer le roi .
Ici encore, je ne puis que renvoyer le lecteur au livre lui-même, aux deux chapitres sur la Compiration de 1804, si riches de documents, d'une précision si émouvante, et si éloquents dans leur simplicité. On sait quelle fut l'attitude de Georges dans ce procès mémorable, et comment sa supériorité éclata aux yeux de tous, rejetant au second plan .Moreau lui-même, tout chargé cependant des lauriers de Hochstœdt et de Hohenlinden. Dans sa prison, il accomplissait avec régularité toutes les observances de la religion, jeûnant et faisant abstinence tous les jours prescrits par l'Eglise, récitant à haute voix, avec ses Bretons, la prière du matin et du soir. La nuit qui précéda sa mort, il la passa tout entière en prières.
Il monta sur l'échafaud le 25 juin 1804, anniversaire d'une des journées les plus terribles de la monarchie, la journée du retour de Yarennes. Une note de la main de Fauriel, écrite le jour de l'exécution, contient ce qui suit:
« A six heures du matin, la place de Grève, occupée par des troupes ainsi que toutes les rues par où devait
passer le cortège. — Fenêtres louées. — Georges très occupé pendant le trajet avec un personnage vêtu de noir (1). — monte le dernier (2). — Fait tous les signes d'un homme qui veut haranguer. — Roulement de tambour lui coupe la parole. — Au milieu du silence universel on entend jusqu'à son dernier soupir ses cris répétés : Vive le Roi ! »
(1) L'abbé de Keravenant, qui fut sous la Restauration curé de Sadnt- Germain des Prés .
(2) C'est sans doute une erreur de plume. On lit dans le Journal des Débats du 26 juin 1804 : « L'arrêt de la Cour criminelle contre Georges et les onze autres condamnés à mort leur a été signifié ce matin après leur transfèrement à la Conciergerie. Tous ont aussitôt demandé des confesseurs. Georges s'est mis à genoux aux pieds du sien et a longtemps écouté ses exhortations. A onze heures environ, les douze condamnés, assistés de leurs confesseurs, sont montés dans trois charrettes qui les attendaient. Ils étaient quatre dans chacune. A onze heures trente-cinq minutes, la tête de Georges est tombée la première. » — Le duc de Rivière, qui avait figuré dans le procès de Georges, dit, de son côté, dans ses Mémoires : «Arrivé au pied de l'échafaud, Georges dit qu'il avait une faveur à solliciter. On l'engagea à s'expliquer. « Pour ôter à mes compagnons d'infortune, dit-il, l'idée que je pourrais leur survivre, je demande à mourir avant eux. C'est moi, d'ailleurs, qui dois leur donner l'exemple. » On y consentit, et Georges eut sur l'échafaud la place qu'il occupait devant l'ennemi : il fut le premier à la mort comme il l'avait été tant de fois au combat. » Afrfmoires du duc de Rivière, page 52 .