BERRY
L'Académie française, dan 1870, a reçu M. le comte de ( l'éloge de Berryer.
La rotonde où se donnent sentations théâtrales était m( et parée. Le dessus du pan s'étalait à côté des beautés 1 de la capitale. Le nom de E comble et choisie. Toute un( sait dans l'hémycicle cher ai péripéties de la pièce, non ] passionné qui, sous le régime était une des formes de l'o mais avec cette déférence atte intelligente, qui caractérisen la société parisienne.
Les circonstances qui avaie une assemblée militante et (
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dans la France asservie, se sont modifiées ; un ordre de choses nouveau s*annonce ; le 2 Janvier a rouvert aux amis de la liberté le champ des nobles espérances. L'Académie, désarmée sur son propre terrain par la victoire de ses idées et Tessai d'un régime libéral, a tenu à donner, la première, l'exemple d'une trêve conciliatrice et d'une paix vigilante. Sa popularité pourra en souffrir; les services qu'elle a rendus lui feront rendre justice.
Personne n'a perdu le souvenir des temps peu éloignés de nous, où l'illustre assemblée recueillait dans ses rangs la liberté proscrite, lui prodiguait, au milieu du silence général, de hardis hommages et perçait de ses traits, aux applaudissements du pays, la dictature enivrée de ses triomphes et toutepuissante. S'il lui fut donné alors de récolter les faveurs populaires, elle n'hésite pas aujourd'hui à en faire le sacrifice, car cette popularité attestait moins à ses yeux l'empire de sa courageuse éloquence que la ruine de ses croyances politiques.
Dans cette lutte obstinée, sourde d'abord, sans cesse envahissante en dépit des obstacles, acharnée bientôt et en plein jour, de l'opinion publique contre le gouvernement personnel ; qui a duré vingt années et réuni sur un terrain commun tous les anciens partis; dans cette lutte, disons-nous, et ce soulèvement national, Berryer occupait le premier rang. Ce fut, en effet, une des principales forces de cet homme illustre d'être toujours du parti de la France, de placer sa cause au-dessus de
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toutes les autres, et de l'aimer d'un cœur d'autant plus ardent et d'autant plus libre qu'elle était plus abattue et plus livrée à la servitude.
On a tout dit sur son éloquence sans rivale, sa loyauté sans tâche et sa fidélité sans reproche. 11 a donné au barreau contemporain l'éclat du barreau antique. Il a régné à la tribune, comme Mirabeau et Fox. 11 avait le geste, la voix, le regard qui entraînent et commandent, le mot qui foudroie, la passion qui électrise, la flamme qui se communique. Tous les dons de plaire, de persuader et de convaincre étaient réunis dans sa personne; il possédait la science des faits et des chiffres, la précision et l'abondance; il était doué de la noblesse d'un ancien gentilhomme, du sang-froid d'un économiste, de l'enthousiasme d'un poète. De grands honneurs lui ont été décernés de son vivant ; il a assisté à sa propre apothéose ; c'est un fait presque sans exemple, que dans une vie aussi agitée et aussi pleine, on ne trouve place que pour le respect et l'admiration.
En 1830, lorsque la monarchie des Bourbons s'écroula et que ses partisans, irrités autant qu'humiliés, prirent avec elle le chemin de l'exil, Berryer demeura fidèle à la France. Il représenta la défaite au milieu du parti vainqueur, a dit un de ses biographes, Armand Marrast; oui, sans doute, mais la défaite honorable et digne, se relevant elle-même, par d'éclatantes revanches, dans les assauts parlementaires du règne des d'Orléans. Il fit mieux que
ter un parti vaincu ; il servit sa patrie avec
iparable éclat pendant la période de dix-
qui précéda l'avènement de la République.
iste et légitimiste, dans un milieu intolé-
lostile, malgré Tanimosité des luttes enga-
s, si opiniâtres et si violentes, constamment
êes, il sut mériter l'estime de ses adversai-
[ques, de ceux mêmes qu'il poursuivait le
ment avec cette dignité hautaine et ce cour-
toire qui rendaient irrésistible la puissance de son talent. Ennemi déclaré des révolucouvrit de l'égide de sa parole et de de son nom les plus fougueux et les plus
v^olutionnaires. Chaque parti tour à tour
ité sous son glorieux patronaj
ranger, Chateaubriand, le pr:
1, le comte de Moritalembert,
-uns des clients que les vicissit
amenèrent. Nous, les jeunes, q dieux (je parle des généra
;, qui, dans les libres années à
lilippe, se pressaient si tumulti
octrinaire, si impatientes de r
nocratique), nous tous, fils de ne jurions que par Mirabeau
s sentions entraînés, désarmés ]
vec quel art il savait trouver le
s, lorsqu'il nous disait que sai
ion des droits de l'homme et
tre de noblesse, mais que r
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vraiment trop mode sans renoncer à noti vions revendiquer un illustrée dans les ch nés, et que nous a\ saint Louis, Henri I pas trop mauvaise fij maîtres du nouveau i
A ceux qui déni Révolution, il répor que la Convention a
L'impartialité était esprit.
La vie est un comi M. de Lamartine. Q ryer ! Il est né, à Pari il figure avec bonne Soldat dévoué de r« droit avant tout, il a contre le gouvernen fense du maréchal :
bronne et obtient la | électeurs de la Hau dans la fameuse As!
premiers discours, il s'empare de la trib coïncidence étrange, rival, M. Guizot. De nos diverses assembla des tribunaux, dam
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passionné le pays, sincèrement dévoué à ses principes, non moins attaché au culte de nos gloires nationales, il a déployé les ressources d'un talent sans pareil, armé de toutes les puissances de l'étude et de l'inspiration, toujours prêt à la lutte, se fortifiant par la contradiction et grandissant au milieu des orages, semblable à ces torrents dont les obstacles précipitent la marche et font bouillonner les poétiques colères. C'est ainsi qu'il est allé jusqu'au bout de son fier combat, toujours ferme, magnanime, désintéressé, soutenu par l'admiration de ses contemporains, et accompagné par l'estime publique jusqu'à l'extrémité de sa longue et belle vie.
Nous avions rêvé, pour reproduire cette grande figure, un grand peintre. Quelques-uns des collègues de Berryer à J'Académ turellement indiqués pour cet c zot, M. Thiers, M. le comte de l'avaient suivi dans sa vaste c* éprouvé, eux du moins, qui aval côtés ou lutté avec lui, face à fa force de son génie.
L'aveugle sort a mis le pinc M. de Champagny, d'un écriv sans doute, mais en dehors de s( monde, n'ayant pas fréquenté 1( naissant à peine par ouï-dire les i aux disputes de la tribune moderr il le dit, dans un coin de l'hist renommée de Berryer est bien
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mais c'est tout ; il n- a fait qu'entrevoir le fameux orateur, ne Ta pas entendu. Comment, dans ces conditions, parler dignement, en pleine Académie, d'un genre de talent où l'improvisation tient une si large place, qui laisse si peu de traces après lui, et qu'il faut surtout apprécier par les émotions et les mouvements qu'il communique, par l'effet qu'il produit, à l'aide de ses impressions personnelles, non sur les jugements et les souvenirs d'autrui ? Le discours étendu qu'a prononcé M. de Champagny s'est ressenti de l'étrange simplicité de l'orateur et de sa naïve ignorance en ce qui touche nos gloires politiques et judiciaires; il a laissé le public, qui l'écoutait avec sympathie, très froid et presque indifférent au récit de la vie de notre première illustration oratoire. Parsemé de réflexions sensées, de sages considérations, de mots judicieux, bien ordonné et bien conduit, il a manqué le but, malgré de réelles qualités, par cette raison que le public attendait le portrait vivant de Berryer et que M. de Champagny lui en a servi simplement l'élégante biographie.
M. de Sacy, qui était chargé de recevoir le nouvel élu, a heureusement animé et rehaussé la cérémonie.
Il débite avec aisance et distinction. 11 écrit avec art, un art sérieux, réglé, d'une probité sévère, à la Port-Royal, mais capable, à l'occasion, de chaleur et même d'une sorte d'entraînement religieux, s'il s'agit par exemple d'un auteur favori, d'une
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de ses divinités littéraires; et ses écrits se colorent alors d^une rougeur agréable, d^une douce candeur à la Fénelon, ou mieux, pour prendre moins haut mon point de comparaison, à la Rollin. Cet ami des écrivains de tace et de Vâge d'or des lettres n'en est pas moins un moderne militant, un journaliste de profession, qui a fait toutes les campagnes des Débats pendant près de vingt années, aujourd'hui en retraite et pourvu des meilleurs états de services ; c'est surtout « l'honnête homme, » comme on disait du temps de mademoiselle de Scudéry, l'homme de lettres aimable et poli, . curieux et studieux, ne séparant pas l'esprit de société de la société des beaux-esprits, à genoux devant les Anciens, en prière devant les Tusculanes, en extase devant notre grand Bossuet; c'est, en d'autres termes, le bon sens appliqué aux choses de l'esprit, avec un grain, toutefois, de fétichisme pour certains auteurs, ses saints vénérés, et, qu'on me pardonne le mot, de toquade,
La réponse à M. de Champagny a été la bienvenue et a opéré une agréable diversion; l'auditoire l'a applaudie ; le grand public des lecteurs l'a goûtée. Mêlé de près, par toute sa vie et sa profession de publiciste, aux milieux et aux courants divers de la politique, M. de Sacy a consacré à Berryer quelques pages vraiment dignes du sujet et remplies d'un sincère enthousiasme, au travers desquelles, cependant, on devine plutôt qu'on ne voit la glorieuse image de l'orateur. Ceux qui connais-
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is?
sent son talent judicieux, circonspect, éîevè dans les gras pâturages de rantiquité classique, aiguisé et affiné par lés luttes quotidiennes de la presse, éclairé des rayons des grands siècles, du siècle de saint François de Sales et de Racine ; ceux-là, disje, qui connaissent ce talent consciencieux et d'une fermeté morale si pure, épris du beau, plein d'onction et orné d'une certaine grâce dévote/ pressentiront aisément dans queîfe mesure M. de Sacy a dû réussir.
Les orateurs de F Académie auxquels avait été dévolu l'honneur de célébrer la mémoire de Berryer ne pouvaient passer sous silence les sentiments religieux dont son âme s'était ncmrrie. Ça été pour eux et l'Académie tout entière l'occasion de rendre hommage au libéralisme catholique, si suspect à Rome et en butte aujourd'hui à de si violentes attaques, dont M. Berryer a été pendant sa vie, avec M. le comte de Montalembert, le meilleur champion; — l'occasion surtout de donner une marque publique d'estime au R. P. Gratry, dans la campagne qu'ail soutient, et de réconforter par l'adhésion des hommes les plus éclairés et les plus modérés l'énergie toujours vaillante, mais attristée, de l'évêque d'Orléans.
' 15 mars 1870.
Au moment où nous évoquions, à propos de l'éloge de Berryer, le nom de son ami M. le comte
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de Montalembert, se creusait l'abîme où devait disparaître à son tour, frappé avant l'heure, ce glorieux compagnon de sa vie. Cette perte est de celles, qui se font ressentir également sur tous les poîhts de la France.
Ecrivain de talent, orateur de premier ordre, patriote ardent et sincère, M. de Montalembert a pris part à tous les mouvements d'idées et à tous les actes mémorables qui, depuis un demi-siècle, ont constitué l'histoire de notre pays.
Tout jeune encore, presque enfant, il eut l'honneur de collaborer à V Avenir, avec l'abbé Félicité de Lamennais et l'abbé Lacordaire.
Dès l'âge de vingt-un ans, au sujet de la question de la liberté d'enseignement qui fut une des préoccupations et un des écueils du gouvernement de Louis-Philippe, il donnait le signal de l'agitation religieuse et comparaissait, comme accusé, devant la Chambre des pairs où, peu d'années aprèS; il devait siéger au même titre que ses juges. Il présenta lui-même sa défense; son discours produisit une sensation profonde. Les membres de la pairie française sentirent passer sur leurs fronts comme un souffle nouveau et, tout en condamnant l'intrépide novateur, saluèrent en lui une des lumières futures de. leur assemblée. — M. de Montalembert était déjà pair de France, mais ne pouvait siéger à cause de son âge. L'année 1835 lui ouvrit leâ portes du Luxembourg; il avait vingt-cinq ans, comme Byron, lorsqu'il prit séante et débuta à la Chambre haute.
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