LETTRE A M. JEAN
Si VOUS VOUS nommiez tout sim]
ou Cogniart, Duvert ou Lauzanne
fantaisie de composer, pour le
Gymnase, une de ces machines tl:
le nom de revue de fin d*année, f
leur apparition, aux approches di
les scènes du boulevard, le lend
mière représentation Paris et la
traient votre ouvrage et parleraie
rar vous fliirier, pour perpétuel
n burin qui s'ap]
nom de Saint-V
jne Janin.
pas recherché le
ne pièce nouvelle
ans laquelle nous
de la scène ni au
risien. Aussi, dar
byGoogk
que vous avez poussée sur le domaine du théâtre, vous êtes- vous contenté, de quinze couplets pour passer notre monde en revue.
J^avais entendu dire que vous étiez brouillé avec tous les démons dé votre jeunesse ; c'est une calomnie, je proteste ! il vous en reste au moins un, le démon des vers, votre vieux camarade, celui qui a toujours eu de Tempire sur vous et auquel je vous félicite d'être demeuré fidèle.
Giboyer, Nadar, le punch Grassot, l'almanach Mathieu de la Drôme, les chemins de fer et le gaz, Victor Hugo et les Misérables, le Mexique et le couronnement de l'édifice, vous avez marqué d'un trait léger, en courant, les événements et les hommes de l'heure présente, les babioles qui amusent l'esprit, les œuvres qui le réconfortent, les grandeurs et les misères, les folies et les espérances du jour.
Vous vous êtes bien gardé d'oublier nos horloges ennemies et le balcon de notre hôtel de ville, où nicheront les hirondelles municipales, vous qui les avez si souvent sous les yeux, en rêvant sous vos ombrages d'Académus, entre le pont Choisinet et le pont Milet-Mureau. Aussi, rien ne manque à votre chanson, pas même le couplet final :
Si toujours la salle était complète.
Ah î vraiment, le tour serait charmant.
Le Couronnement de l'édifice ! voilà, si je ne me trompe, celui de vos souhaits qui a été le plus ap-
byGoogk
ir
plaudi. Parlons-en donc, comme il convient de le faire, à propos d'un couplet, et d'autant mieux que les ouvriers sont à la besogne.
Les historiques Cinq et leurs recrues nouvelles ont pris vaillamment en main la truelle et le marteau et travaillent, comme des limousins, à l'édification attendue ; tout le monde est d'accord, dit-on, et veut se mettre à l'ouvrage ; bravo !
Mais le plus vigoureux et le plus agile est incontestablement M. Thiers. Il a un talent tout particulier pour marcher sur le bord des gouttières, courir d'une poutre à l'autre, ayant Tœil à tout, mettant la main sur tout. Il va, vient, monte et descend, se promène et court sur les toits du fameux édifice avec la rapidité d'un écureuil. Tout dernièrement il a exécuté, aux applaudissements du public européen, l'ascension périlleuse du budget. Mais aussi quelle désinvolture et quelle hardiesse ! Et comme il s'est élancé au faîte du grand arbre du budget français, de ce cèdre incomparable, voltigeant de branche en branche, preste et sautillant comme un oiseau mouche.
Et son discours de lundi dernier, son premier grand discours, quelle entrée en matière, quel vaste et profond regard, que d'esprit uni à un bon sens supérieur et quelle fleur d'esprit ! Voltaire parlant sur des notes de Montesquieu.
Il nous semblait voir David, fils d'Isaïe, maniant
d'une main sûre, et comme en se jouant, la fronde
sition devant le Goliath de la majorité, ou
Laërte, tendant son arc redout la grâce d'un dieu, it le peuple ; oui, mais comme al.
liment aussi jeune d'esprit, de : qu'il y a vingt-trois ans lors- Sainte-Hélène en France les e fut un insigne honneur pour aux flots de l'Océan, et pour use Angleterre cette dépouille ittes il lui fallut soutenir à la rir à la France les restes napo- :hâteau des Tuileries où l'on se son, de la surexcitation bonaet du voisinage de l'illustre
réparait alors les matériaux de at et de V Empire, écrivait son ït tout échauffé par la grande
sa pensée, par l'âme de son me, il se battit en brave et 'opinion publique, dont il était ette mémorable circonstance, mois après, la frégate la Belle-
par un prince de la maison lit en France, avec la dépouille ncu, le bonapartisme vivant, ir la gloire et le malheur, ent pour le pays un retour e un immense réveil patrioti-
byGoogk
que ; pour l'homme d'Etat, ministre de Louis-Philippe, ce fut à coup sûr une faute. M. de Persigny qui aurait dû, ce semble, être plus indulgent que tout autre pour une bévue grosse de si prodigieuses conséquences, a tiré sur le candidat de Paris avec une vivacité extrême, ne prenant pas garde qu'il tirait sur le promoteur et l'organisateur du retour des cendres de Napoléon, sur le ministre bonapartiste de Louis-Philippe, sur l'immortel vulgarisateur des gloires de l'Empire.
Hâtons-nous toutefois de mentionner à sa décharge qu'en se montrant si pressant et si amer, M. de Persigny a cédé sans doute aux sentiments de méfiance que M. Thiers a toujours inspirés à ses amis comme à ses adversaires.
L'ancienne Opposition, quand M. Thiers en faisait partie, le gardait pour ainsi dire à vue, de peur qu'il ne lui échappât par la moindre fissure. Louis- Philippe ne l'appelait dans ses conseils qu'à son corps défendant et lorsque le vaisseau conservateur, après avoir longtemps tenu la haute mer, avait besoin de réparer ses avaries. On peut dire qu'avec lui il était toujours à la parade. Les brusqueries et les coups imprévus de ce génie malin ne permettaient pas de faire fond sur lui.
M. de Persigny, pour esquiver M. Thiers ou du moins pour détourner son éloquence et en préserver la politique régnante, n'avait qu'un parti à prendre : c'était de susciter et de patronner secrètement la candidature de M. Guizot,
byGoogk
antagonistes se retrouvant en le nouvelle, devant un public jours ami des passes-d^armes recommencé leurs anciennes de Carthage et oublié, comme dans leurs combats singuliers, lent.
bonne au successeur de M. de lit utile d'en user, à propos des »
le tour serait charmant.
ler Sage, qu'avec votre refrain, plets. Je me suis un peu trop aines de la politique fantaisiste, sont la cause. Pourquoi ont-ils >fité pour changer d'horizon.
pour revoir le palais du Corps .rons assisté à tant de magnifipar les premiers maîtres d'est le palais de l'Institut, qui es (vous vous êtes trompé de les paratonnerres, pour garans timides immortels d'ici bas.
ne les sentinelles de Franklin eur service à l'Institut , car
feu sacré n'y a pas causé de
Siraudin m'a servi d'introducel confiseur-vaudevilliste ; cet
byGoogk
artiste aimable m'a fait présent, à voti quelques échantillons de sa littératuD délicieuse. Comme je fêtais précisén:
vier ce jour-là, je n'ai pas voulu quil faire emplette de bonbons fondants, l'Académie à l'usage des littérateurs de dents.
Grâce donc à vos couplets qui i comme vou$ voyez, ni d'ailes ni d'< fait le tour de Paris, la bonne ville. F un provincial qui est sur pied dix he je me disposais à revoir le balcon de J je soupirais d'aise en songeant au place Sainte-Ursule, lorsque m'est re^ votre touchant couplet :
Puisqu'il peut rentrer, puisqu'un?
Mille vœux l'ont toujours attendi Lui î l'auteur de tant d'œuvres si A nos vœux que ne s'est-il rendi
Quel talisman ! changement de t Je suis à Guernesey. Je ne sais pas s et j'arrive ; c'est absolument comme d du Châtelet.
Vous connaissez le musée de Clun; et le jardin du Luxembourg ; la démet poète, c'est tout cela réuni, mais ré proportions exquises de goût et d'art
Victor, permettez-moi cette appelh autrefois usitée dans le cénacle de 1«
byGoogk
JSINES
toure le cachet de
plus à un livre de
!l répand son cœur,
son imagination de
ardins, dans sa mai-
ses ouvrages. C'est
:rice. Il faut que cette
que quelque chose
e de sa sève sur les
lur les pierres mêmes
plutôt à la demeure
.'un mortel. C'est du
rieur, car au fond il y
ais du beau pays de
lise, la souveraine et
imne.
ubsiste pas moins et
», un ancien de 1830, :rs, sa visite récente npêcher de rire de t stupéfait en pré-
à^ Hauteville-house y itations grecques et iques, à la vue du bve et de l'imposant idre les abords.
que le mot anankê ^otre-Dame de Paris
byGoogk
t en
éva-
dois i un
L, un
byGoogk
je ie
te
ss,
IS
le rt
'il si
LU
îlid ré
le
byGoogk
instrument et Pavilissent dans des compositions dépourvues de goût et de justesse, mais conformes à la mode du jour, les lecteurs welches qui sont le grand nombre s'écrieront avec enthousiasme : Bravo, messieurs les Welches ! — Après, plus tard, quand le bon sens aura repris son empire, on sera tout stupéfait et honteux d'avoir préféré le jargon de Madeleine de Scudéri au français de Molière, la Phèdre de Pradon à celle de Racine.
Les plus forts et les mieux doués d'entre les écrivains sortent de la lutte agrandis et renouvelés. Ceux qui s'attachent à l'heure présente et ne regardent pas au-delà, les flatteurs du goût dominant, ceux-là se contentent d'apparences, de formes passagères, et, après avoir brillé un jour, s'évanouissent comme elles.
M. de Vigny, par tempérament et par un heureux privilège de son esprit, s'est tenu soigneusement à l'écart des excès littéraires. Tel il nous apparut, vers 1830, à l'aurore de ces temps héroïques, dans tout l'éclat de la jeunesse et de l'inspiration, plus attaché à l'essence du beau qu'à ses fugitives images, tel il s'offre encore à nos yeux. Les Premières Poésies n'ont pas souffert de l'injure des ans. Elles ont le même air simple, distingué et sérieux, qui nous a autrefois charmé, et nos oreilles sont agréablement bercées, comme au premier jour, par la chaste muse de Dolorida,
Ces poésies furent publiées en plein mouvement romantique ; on ne s'en douterait pas, tant les vers
ne physionomie correcte, lique. Rien qui se ressente lant on se battait dans les ss cercles et les athénées, combats mémorables dont 1 vaincus font ^orgueil de .martine, Hugo, Musset, llvestre de Sacy, croisés emier rang. M. de Vigny, be, était reconnaissable cheveux blonds, à la dou-
ses traits. Quel brillant e et pure poésie ! A voir pidité, on eût dit Renaud uerriers. C'est bien là, en îrsonnification de son talobles élans, une dignité race attendrie et sincère, ie chevalerie qui rappelle mois.
aractérise M. de Vigny s, Cinq-Mars, Grandeur tello. C'était de la bonne
mieux que cela, son es- )ursuit dans ces écrits est
il exalte les vertus; il il divinise les bons sentidu sacrifice, la pitié pour grandeurs du devoir ; enfin î.d'un idéal élevé, ce qui
byGoogk
est le propre des chevaliers avec lesquels M. de Vigny a plus d'un trait de ressemblance.
Mais dans les Destinées, son dernier livre si émouvant, cette façon de voir et de traiter en paladin les choses du monde présent a imprimé à certains morceaux une fâcheuse couleur de donquichottisme.
Pourquoi donc, ô féal rêveur, vous qui avez écrit ce drame charmant, Chatterton^ et ce poème exquis, les Amants de Montmorency, un chefd^œuvre, pourquoi ferrailler comme un hidalgo vulgaire, et diriger contre votre temps et votre pays de vains coups d'estoc et de taille ? Oui, lui aussi, il a ferraillé et il a fondu, la lance en arrêt, sur le régime parlementaire, la tribune, les orateurs, les avocats, les libertés modernes. Quel dommage! s'appeler Alfred de Vigny et se faire le plagiaire du premier venu du Constitutionnel et du Pays ! c'était bien la peine. Il y a tant de gens qui sont empressés à cette besogne-là et M. Granier de Cassagnac s'en acquittait si bien.
Un féroce romantique, celui-là I Dans le même temps que M. de Vigny, discret et bienveillant, souriant aux efforts et aux conquêtes de la nouvelle école, mais plein de respect et d'admiration pour les gloires consacrées, publiait les Poésies, Stello^ Cinq-Mars, M. Granier de Cassagnac prenait hardiment sa place aux avant-postes. Il se faisait remarquer par le ton excessif de sa polémique, par de bruyantes et folles escarmouches; TI rossait volontiers M. de Jouy, M. Viennetet M. Etienne et le
byGoogk
[OUSINES
ait sans plus de façon "rançaise, traitait les Lcine de polisson, tout îchlegel, un Allemand mortel Molière de farionnaire à tous crins !
; fougueuse au pied de rnièrement on Va, vu a Presse, sa mère, une
apparaissait son futur )uronné des grâces de séduisant, sérieux, un graves problèmes, un des Lamartine, et aussi nain. Il était encore de jeunesse, quelques )ur la première fois je , dans la chaire de D'abondantes boucles sur ses épaules que la ire fléchir. Il semblait s grâces languissantes amaigri, très délicat, aux de sa pensée et matériel . Avant de nme pour entrer en iditoire, il promenait înce de la salle, un )nd duquel il me sem-
byGoogk
blait voir luire, comme une étoile, Tidéal philosophique. Sa parole lente d'abord et hésitante s'animait bientôt, s'échauffait, développait comme par degrés ses ailes et s'élevait sans effort dans les régions de la pensée pure, de l'absolu et de l'infini. La vieille Sorbonne, tout émue et rajeunie par les discours du savant virtuose, éclatait en applaudissements. Le philosophe a quitté aujourd'hui l'abstraction pour la réalité, et de son pied habitué à courir sur les nuages, il a touché notre humble planète. Qui n'a lu et médité la Religion natu' relie f le Devoir, V Ouvrière ^ de beaux livres, d'où la morale la plus pure s'épanche, comme un grain fertile, sur le sillon humain? Enfin la France intelligente est encore remuée, au moment actuel, par cette parole neuve et pénétrante de M. Jules Simon, qui tient à plus d'un égard de l'éloquence de M. Thiers et de celle du grand économiste anglais, M. Cobden.
Le nouvel ouvrage de M. de Vigny était précisément livré au public pendant les débats de l'Adresse dont la voix retentissante a un peu couvert les canzones de notre poète, et au moment où, dans le champ clos législatif, se trouvaient aux prises les deux champions dont je viens de tracer incidemment l'esquisse, M. Granier de Cassagnac, lourd routier bardé de fer, venu du fond du moyen âge et des bords de la Garonne pour livrer bataille aux légions démocratiques, et M. Jules Simon, fib
byGoogk
de Descartes et de Pascal, simple volontaire de la liberté.
M. le comte Alfred de Vigny était, lui, royaliste de tradition et de conviction. Il se rattachait à l'ancien régime par ses antécédents de famille, ses souvenirs d'enfance, ses services militaires. La révolution de 1830 brisa son épée et dissipa ses rêves de gentilhomme. Il faut beaucoup pardonner aux hommes convaincus ; toutefois il est utile de rechercher, même à l'égard de ceux qu'on estime le plus, si dans la balance de leurs jugements ils font à la justice une part suffisante. Il existe pour les esprits sages une mesure que les passions, les regrets ou les sympathies ne doivent dépasser jamais. M. de Vigny dont les œuvres sont empreintes à un si haut point de modération et de goût, a franchi cette limite dans la pièce intitulée les Orades. C'est une diatribe violente écrite de sang-froid, quatorze ans après leur chute, contre la dynastie d'Orléans et les hommes qui l'ont servie. M. Cuvillier-Fleury, ancien précepteur d'un prince de cette famille, collaborateur du Journal des Débats, vient de relever très vertement, dans un article de critique littéraire, cette provocation rancunière à l'adresse des vaincus de 1848.
M. de Vigny ne s'en tient pas là, et, généralisant ses haines, il déverse l'ironie et le dédain sur le rôle des assemblées politiques dans nos temps modernes.
Ils ont pour horizon leur salle de spectacle ;
La Chambre, où ces élus donnent leurs faux combats,
Jette en vain, dans son temple, un incertaiti oracle ; Le peuple entend de loin le bruit de leurs débats, Mais il regarde encor le jeu des assemblées De l'œil dont ses enfants et ses femmes troublées Voient le terrible essai des vapeurs aux cent bras. Uombrageux paysan gronde à voir qu'on dételle, Et que pour le scrutin on quitte le labour.
Cependant le dédain de la chose immortelle Tient jusqu'au fond du cœur quelque avocat d'un jour; Lui qui doute de l'àme, il croit à ses paroles.
Il n'est guère possible de s'arrêter, une fois qu'on a mis le pied dans cette voie de dénigrement et de satire. Après la négation des formes protectrices du droit moderne, viendra la résistance aux conquêtes de l'esprit scientifique. A l'étincelle électrique et à la vapeur on osera dire : Halte-là! on ne passe pas. Il est vrai que la vapeur et l'étincelle passent toujours.
L'anathème de M. de Vigny contre les chemins de fer est du moins bien lancé. C'est une consolation pour les artistes. Et nous autres, Tullistes, qui courons depuis si longtemps après des promesses qui ne se réalisent jamais, nous pouvons aussi nous en prévaloir, et par dépit narguer avec le poète les cruelles rigueurs du sort qui persécute si misérablement notre pays :
Evitons ces chemins — leur voyage est sans grâce. Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer. Que la flèche lancée à travers les espaces Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
byGoogk
îtée au loin, l'humaine créature )ire et ne voit, dans toute la nature, ►rouillard étouffant que traverse un éclair, itendra jamais piaffer sur une route
vif du cheval sur les pavés en feu ; royages lents, bruits lointains qu'on écoute, du passant, les retards de l'essieu, ours imprévus des pentes variées,
rencontré, les heures oubliées, ? d'arriver tard dans un sauvage Heu.
mce et le temps sont vaincus. La science Lutour de la terre un chemin triste et droit, ide est rétréci par notre expérience lateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
hasard. Chacun glissera sur la ligne, ile au seul rang que le départ assigne, dans un calcul silencieux et froid.
5 sont là de beaux vers qui verseront dans rs désappointés le baume de la poésie et ;ignation. Nous les chanterons en chœur verts châtaigniers ; nous les apprendrons LUX limousins, et les merles de nos vallons siffler aux oreilles de nos protecteurs oudes rois Midas de V Orléans,
iffle supérieurement mélodieux, une imagibtile et ornée des grâces les plus décentes,
le tour d*une inspiration élevée et suave, une transparente pureté de style, dans Texpression des tendres sentiments quelque chose de mystérieux et de tempéré comme la lumière des églises, et aussi, pourquoi ne pas en tenir compte, Télégance native de son aristocratique nature, les syllabes mêmes de son nom délicieusement musical — de Vigny, — tous ces dons réunis avaient concouru à laisser dans Tesprit des nombreux admirateurs de cet écrivain une impression de douceur éthérée et de quiétude poétique.
Pour nous, provinciaux, qui prenons les auteurs tels qu'ils se montrent et les livres tels qu'ils nous les donnent, sans trop nous préoccuper du dessous des hommes et de leurs ouvrages, nous approchions naïvement nos lèvres de la source enchantée que nous présentait M. Alfred de Vigny et nous savourions à longs traits le sacré breuvage.
Oh ! la belle source, disions-nous, et comme elle
coule pleine de clarté sur le sable d'or et sur les
mousses ! Ecoutez ! elle mêle si heureusement sa
note brillante aux chansons qui éclatent dans les
branches et elle contient, ô merveille ! dans cha-
s gouttes l'infini du ciel.
DUS parlions, et l'écrivain idéalisé nous
it debout, le front ceint d'une auréole,
)rte de Sinaï, tenant plus du séraphin
omme. Il y avait dans les plis flottants
jue, dans le timbre de sa voix, je ne sais
appelait les musiciens des divins con-
byGoogk
certs. On eût dit un de ces anges chantés par Thomas Moore qui, épris d'amour pour de simples mortelles, vinrent poser auprès d'elles leurs tentes d'azur et remplir les vallées terrestres de leurs mélodies. C'était, du moins, le Vigny rêvé.
Cette image aérienne du poète, flottante entre ciel et terre, s'est évanouie pour faire place à une forme plus arrêtée et plus sévère, ou, en d'autres termes, elle s'est rapprochée de nos regards, s'est mise à notre portée et mêlée à nos querelles ; elle n'a pas craint de poser ses pieds d'ivoire sur nos tristes chemins, dans les carrefours de nos villes, au milieu des multitudes; et voilà comment la chanson de Manfred et d'Obermann a résonné de nouveau à nos oreilles, non moins poignante et d'autant plus amère qu'elle s'échappait d'une lèvre accoutumée à traduire les mystiques sentiments du spiritualisme.
Par quelle série d'épreuves a passé ce grand esprit pour aboutir à un tel désenchantement? Quels sont les événements, les circonstances qui ont si lourdement pesé sur sa vie ? — Il est impossible de voir dans le livre des Destinées une fantaisie réaliste, un simple jeu d'imagination ; c'est bien un cri sorti du plus profond des entrailles humaines ; nous avons sous les yeux un être qui souffre, blessé dans les parties vives de l'âme.
Ce qu'on sait de M. de Vigny, ce qu'on peut en avoir appris par la lecture de ses récents ouvrages, une certaine hauteur de nature, un grand soin
byGoogk
de sa dignité de poète, de sa fonc tiste, une sorte d'isolement jaloux, et, ] dire, de quarantaine établie entre ses coi lettres et lui, l'importance excessive qu'i au pontificat littéraire et plus particuliè sien, tout cela accusait une personnalil geuse, préoccupée d'elle-même, qui, dar cas donnés, suivant l'impulsion du mom circonstances, pouvait prendre les dévelc du plus intraitable égoïsme. Mais c'était î les premiers poèmes, si adouci, si envi séduisantes images que vraiment on n garde, et qu'on se sentait au contraii à considérer ces faiblesses d'un homme comme l'apanage obligé de ses brillante Je parlais tout à l'heure de quarantaii s'y est pas trompé; j'en parlais seuleme moral et pour figurer la ligne idéale qi M. de Vigny des autres gens de lettres, i et dans les rapports de société et de con à la condition toutefois que son apostolat i il était le meilleur des hommes, très charitable, d'une bienveillance inépuisable dans toutes les occasions de ses conseils sa bourse.
La plupart des jeunes écrivains de n( savaient son faible et lui témoignaient i déférence, de très bonne foi certainer le grand nombre, mais aussi quelques les meilleurs, par spéculation et pour a
byGoogk
::auseries limousines
un journal, chez un libraire, ou pour tel prix de T Académie, ible prédisposition d'esprit, quelque î fût, dissimulée avec art, encouragée légitimée par le succès, n'en perçait devait, avec le temps, sous l'empire
causes qui dirigent la vie humaiénormes proportions, que cette recherche de l'isolement, te et contenue, revêt dans la Maison
caractère passionné et la forme d'un ibsolu des choses de la terre, lit, dès l'origine, dans le Moïse, par m hommage désintéressé à la haute ittres, devient dans le poème intitulé et sous la plume de l'écrivain, un i l'honneur de sa propre individualité, irdies apothéoses que l'homme puisse lui-même.
à notre sens, quelques-unes des cau-
la nature intellectuelle et du tem- M. de Vigny, qui ont exercé sur le însée une influence prédominante.
:idents de sa vie n'ont pas laissé des profondes dans l'œuvre des Destinées.
îespéré, indignement trahi, qui a dû l'existence du poète une large place, : inspiré la colère de Samson, Une )urement plastique n'aurait pas cet t vrai ; c'est bien le cœur accablé du
byGoogk
poète qui s'en prend tour à tour à son mal et à sa faiblesse et enveloppe toutes les femmes dans la malédiction qu'il jette à la femme parjure, à Dali la.
Ceux qui savent la terrible blessure que M. de Vigny reçut de M. le comte Mole, en plein Institut, le jour de sa réception à l'Académie française, considéreront sans hésiter le morceau intitulé les Oracles, si agressif, si injurieux pour la dynastie d'Orléans, le régime parlementaire, les hommes de tribune, les politiques, comme l'expression de ses dédains accumulés et d'une tardive mais implacable revanche.
Guidé par le poète lui-même, il nous serait, je crois, possible de suivre ainsi, ses œuvres à la main, les différents degrés qu'il a successivement parcourus avant d'aboutir à cet enfer de doute, d'abattement et de souffrance dans lequel il a pétri avec le sang et les larmes de son cœur le livre des Destinées, Un ouvrage écrit dans de semblables conditions est plus qu'un livre. L'écrivain cède la place à l'homme; la fiction disparaît devant la réalité. C'est, comme dans les drames antiques, la victime du Destin qui offre elle-même ses entrailles au couteau sacrificateur, ou bien Orphée éperdu se déchirant de ses propres mains.
Voilà Tétrange et puissant attrait du dernier ouvrage de M. de Vigny.
A un état de l'âme aussi violent correspond une forme poétique appropriée. Presque toujours pure et
ue, elle gagne en précision : perd du côté de la mollesse Le vers est plus serré, plus des impressions lui commuî et rapide ; la rime, sous lit abondante et riche.
tvierSy une pièce d'un grand au de moindre haleine, d'un parfaitement réussi, la Mort possible d'aller plus loin dans affolé et se maudissant lui- ;sion du mépris de la personq[uels admirables vers ! quel it ! L'inspiration a le feu et
celles et navrantes composipreinte d'un esprit vigoureux, é, on ne peut se défendre vement d'admiration, mais le pitié pour cette âme dévécu avec les anges dans VEloUj en vient un jour de 'un bois, à envier la stoïque it :
Igré ce grand nom d'Hommes, j, débiles que nous sommes î ter la vie et tous ses maux, z, sublimes animaux !
sur terre et ce qu'on laisse, and, tout le reste est faiblesse.
— Ah ! je t*ai bien compris, sauvage voyageur.
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur I
Il disait : € Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier, est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler;
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Nous avons hâte d*ajouter que sur cet ensemble d^uniforme tristesse, se détachent quelques morceaux d'un ton différent, d'une inspiration relativement apaisée, qui reposent doucement l'esprit. Le poème la Sauvage pourrait être intitulé Charité; la Flûte contient à l'adresse des artistes malheureux et découragés une leçon éloquente, dont la sévérité est tempérée par une sorte d'Élévation vers l'art idéal ;
Le Pauvre alors rougit d'une joie imprévue,
Et contempla sa flûte avec une autre vue;
Puis, méconnaissant mieux, sans craindre mon aspect.
Il la baisa deux fois en signe de respect,
Et joua, pour quitter ses airs anciens et tristes.
Ce Saine regina que chantent les Trappistes.
Son regard attendri paraissait inspiré,
La note était plus juste et le souffle assuré.
Un vif courant de patriotisme et d'humanité anime la pièce qui termine le volume, Wanda, Il s'agit d'une noble famille russe qui a encouru la
awfw.
byGoogk
OUSINES
faîte des honneurs et 3 les mines de la Sibéle dans un bal et tiré imatiques d'un intérêt acés à la fin et datés annoncent la défaite tent, comme un éclair •roides ombres de Tonce. Mais, hélas! la ies consolations d*ici-
— L'aigle de France
r étonné
[ue la balance immense
foudre a tonné.
e dans l'espace.
itre fait grâce,
3 a-t-elle pardonné ?
it de génie. Le poète pas mieux rencontré
nanquent donc pas au éclairent d'une faible lies sombres, comme jmière perce ça et là gard s'attache à elles t l'esprit du lecteur, de l'abattement au î, se prend à contemiel qui lui est ouvert.
byGoogk
Ainsi, dans les tableaux de bataille peints par les maîtres, on voit apparaître âur un fond de carnage, au milieu des scènes de désolation, quelques épisodes touchants qui rattachent à la vie et en rappellent les émotions familières.
Maintenant, faut-il se demander si le livre des Destinées marque un progrès sur les précédents ouvrages de M. de Vigny ou si, au contraire, il leur est inférieur. Nous en avons dit assez pour démontrer, ce nous semble, qu'il serait injuste d'établir une comparaison rigoureuse entre deux ordres d'idées et de sentiments dont le lien commun est ' presque invisible.
Si on ne peut dire que les Destinées ont ajouté à la gloire de l'auteur à^Eloa, elles n'accusent pas non plus de défaillance.
Ce qui leur donne un prix singulier, c'est qu'elles constituent un développement nouveau du génie poétique de M. de Vigny.
Aux deux ordres d'idées que nous venons d'indiquer correspondent, en effet, deux périodes de la même existence, et comme deux Vies distinctes. L'une est personnifiée dans EloUy la'première muse du poète; l'autre, dans Eva, la Béatrix désespérée de la seconde Vie.
Eloa, l'ange du mysticisme et des purs sentiments, plane dans les sphères supérieures; Eva, l'ange du doute et des communes souffrances, se tient plus près de nous et rase la terre ; mais l'une et l'autre