II
Les jeunes gens d’aujourd’liui, dont le temps se passe à entrer le matin cliez Tortoni pour y eflleurer d’avance les nouvelles d’Orient, à aller ensuite faire un tour à la Bourse pour s’y extasier ou s'y attendrir sur le sort des Moumïa ou des Crédit foncier, puis à jouer une partie de whist dans un club quelconque, et enfin à fumer un cigare chez une Marco ou une Marguerite Gauthier de leur connaissance, — ces jeunes gens souriraient, j’en suis sûr, si on essayait de leur peindre l’ardeur enthousiaste avec laquelle nous nous pressions en foule, pendant ces belles années de la Restauration, autour des chaires de nos trois illustres maîtres, MM. Villemain, Guizot et Cousin. Que cet amour passionné des travaux et des plaisirs de la pensée ait fini, comme bien d’autres amours, par des mécomptes et des fautes; qu’à cette phase d’épanouissement et d’initiation fervente en ait succédé une seconde, plus fébrile, plus fantasque, plus déréglée, 'OÙ se sont éparpillées et appauvries les richesses de la première; que nous ayons, en un mot, trèspeu tenu apres avoir trop promis, c’est ce que nous sommes forcés d’avouer en toute humilité. Et pourtant il y avait là quelque chose de beau, de noble, de vivace comme ces facultés de l’èrae où s’agitaient alors tant de germes féconds et de généreux désirs ; et, vingt-cinq ans plus tard, il doit être permis à un de ceux qui tressaillirent aux ac-, cents de ces voix éloquentes, de saluer le penseur éminent,
* Du Vrai, du Beau, du Bien.
m CAUSERIES LITTÉRAIRES.
le grand prosateur, l’admirable artiste qui n’a désespér* ni de son temps ni de ses idées, qui, dans l’espace de moins d’une année, vient de publier, sur des sujets bien différents, deux livres également beaux, cl de qui l’on peut dire peut-ôtre ce que lui-méme a dit de Pascal, que, si le philosophe en lui a des supérieurs, l’écrivain n’en a pas.
Puisque j'en suis à évoquer ces souvenirs, — la causerie a ses privilèges, et c’est le propre du déclin de l’.âgc d’aimer à remonter le cours des années, — il faut que je fasse encore un aveu tardif. Lorsque M. Villeniain nous parlait de la littérature dans cet irrésistible langage dont rien n’a dépassé le charme et la grâce, lors même que M. Guizot déroulait devant nous, de sa parole austère et magistrale, les grandes lignes de l’Histoire, nous applaudissions parce que nous comprenions. Mais avec M. Cousin, il nous arrivait parfois ce qui arrive aux dévotes quand elles entendent un sermon trop relevé ; nous admirions d’autant plus que nous ne comprenions pas toujours; et ne croyez pas que ceci soit une épigramme contre le maître ou contre l’auditoire ! Non : s’il y avait dans le fond même de l’enseignement de M. Cousin, dans les sujets de ses leçons, dans ces matières ardues devant lesquelles l’esprit se trouble ou se lasse, quelque chose qui échappait, de temps à autre, à notre étourderie ou à notre ignorance, nous étions saisis, subjugués, entraînés par le coté extérieur de cette analyse philosophique, par ce don merveilleux de répandre sur des idées abstraites la chaleur et la vie, par cette magnétique puissance qui faisait pénétrer en nous, sinon l’intelligence complète, au moins le sentiment sin. cère de ce que nous écoutions avec une attention profonde et une juvénile sympathie.
Eh bien, aujourd’hui que M. Cousin publie cette première partie de ses leçons avec ces mille perfectionnements
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de détail qu’apportent à un esprit supérieur la réflexion et le temps, j’ai presque envie de faire pour sa parole écrite ce que nous faisions alors pour son œuvre parlée; j’ai presque envie de supposer, et il ne me faudra pas pour cela un grand effort d’imagination, — que je ne comprends pas parfaitement la partie scientifique de son livre, et que d’ailleurs mon métier de causeur n’est pas de m’appesantir sur le moi et le non moi, sur la cause et la substance, sur le fini et Yinfini, sur toutes ces questions spéciales où M. Jourdain eût probablement trouvé trop de brouillamini et de tintamarre. Ma tâche se bornerait alors à rendre de mon mieux l’impression générale que je garde de l’enseignement de M. Cousin dans cette portion plus accessible qui le rattache à l’idée du beau, aux notions de l'art, aux grands problèmes de la destinée humaine; puisa indiquer ce que l’ensemble de ses doctrines a d’élevé et d’incomplet, à en discuter les inconvénients et les avantages, à rechercher le bien qu’il a pu faire, les périls qu’il a dû côtoyer; et, après ces réserves nécessaires, à rendre un nouvel et infatigable hommage à ces qualités de pensée et de style qui, dans la critique comme dans l’histoire, dans la bio graphie comme dans l'exposition philosophique, font de M. Cousin l’exemple et le modèle des écrivains de son temps.
Quatre grands systèmes, on le sait, ont été tour à tour examinés, analysés et battus en brèche par l’illustre professeur : le sensualisme, l’idéalisme, le scepticisme et le * mysticisme. Historien de la philosophie plutôt que fondateur d’une philosophie nouvelle, il a démontré avec cette force et cette transparence qui n’appartiennent qu’à lui, à quels égarements et à quels abîmes ces quatre systèmes venaient aboutir. Seulement — et c’est là que commencent les points discutables — au lieu de faire de cette polémi-
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I‘iti CAUSERIES LITTÉRAIRES.
(juo victorieuse un motif pour proclamer le vide et le néant de toute doctrine philosophique qui ne s’appuie pas sur la Révélation et la Foi, il a pactisé, pour ainsi dire, avec ces ennemis qu'il venait de vaincre, il a affirmé la nécessité de leur passage dans le monde, non pas pour glorifier, par le spectacle de leur stérilité et de leur impuissance, les vérités immortelles, mais parce que, se combattant muiiiellement, chacun d’eux prouvant la fausseté des trois autres et renfermant en outre des parcelles de vérité relative, il en résultait une bonne philosophie formée des débris des mauvaises, une vérité philosophique, vivant de l’exclusion ou plutôt de l’équilibre des erreurs; si bien que pas une de ces erreurs, qui, prises en ellesmêmes, s’écroulaient sous le raisonnement le plus simple,, n’avait été inutile à l’ensemble et au progrès de la science, et qu’en supprimer une seule, c’était détruire tout l’édifice. Voilà ce qu’on a appelé l’éclectisme, et ce qui, en un temps d’opposition passionnée et de di.scussiou ardente, devait fatalement amener dans les idées spéculatives et métaphysiques le môme désordre que le libéralisme amenait dans les idées politiques et pratiques. Aujourd’hui M. Cousin proteste contre celte qualification d’éclectisme que le public s’obstine à attacher a sa méthode et à son nom. — « Nous le déclarons, nous dit-il, l’éclectisme nous est bien cher sans doute, car il est la lumière de l’histoire de la philosophie; mais le foyer de cette lumière est ailleurs. L’éclectisme est une des applications les plus importantes de la philosophie que nous professons, mais il n’on . est pas le principe. Notre vrai principe, notre vrai drapeau, est le spiritualisme... »
Oui, spiritualisme! M. Cousin a le droit d’inscrire ce noble mot en tète de son nouveau volume, et d’en couvrir, comme d’une égide, ce qui a pu paraître autrefois hasarde
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ou dangereux dans quelques>unes de scs conclusions. Le spirilualisme circule à pleines bouffdcs dans toutes ces pages, dissipant de son souffle pur et salubre les nuages et les brouillards. C’est assez pour qu’on accepte ce livre comme un terrain neutre où l’orthodoxie peut tondre la main au jihilosoplie et signer avec lui un traité do paix. C’est assez pour qu’elle se contente de rappeler rapidement, comme dans une de ces transactions qui terminent un long procès, ces deux points litigieux qui la séparaient de lui : l’erreur légitimée dans l’iiistoiro de la philosophie, participant à ses progrès, à sa grondeur, ù sa vie, et composant une vérité d’une collection de mensonges, et, ce qui est plus grave encore, la philosophie ayant une /Origine et une existence indépendantes de la religion, dispensée de s’appuyer, pourvu i]u’ello la respecte, traitant avec elle de puissance à puissance, et marquant, pour ainsi dire, le second Sge, l’àge viril de l’humanité, après l’ùge de minorité et de tutelle. M. Cousin, averti par l’expérience, éclairé par ce (lambeau du spiritualisme dont la flamme tend sans cesse à monter vers le ciel, a sincèrement modidé, nous le savons, ce qu’il y avait de blessant pour la Foi catholique dans ces deux aspects de sa doctrine, et, si nous les indiquons une fois encore, c’est pour pouvoir nous livrer, en toute sécurité de conscience, au plaisir de l’admirer et de le louer.
.\insi dégagé de tout souvenir importun et do toute fâcheuse équivoque, ce livre du Vrai, du Beau, du Bien, nous apparaît comme un magnifique fragment de philosophie platonicienne et cartésienne; mais d’un Platon illuminé par les clartés do l’Évangile, d’un Descartes o}'ant traversé deux siècles de contrôle et de lutte, et ajoutant aux perspectives naturelles de son génie les conquêtes de la critique moderne. C’est par Platon et Descartes, ses
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deux maîtres, que M. Cousin se lie si étroitement aux deux époques où l’idée du beau a le plus vivement saisi les intelligences humaines, et s’est le plus énergiquement révélée dans les œuvres d’art. Qu’on lise ses leçons sur le Beau dans l’esprit de l'homme ; le Beau dans les objets ; Y Art; les difféi'ents Arts, et surtout VArt français au dixseptième siècle ‘ ; il y a là tout un corps de doctrines qui échappe, Dieu merci ! aux obscurités, aux contradictions, aux écueils de la philosophie proprement dite, qui n’est que la gloriGcation de l’esprit aux dépens de la matière, et que tous les écrivains, tous les artistes contemporains devraient prendre pour catéchisme et pour code. A trente ans de distance, ces pages auront eu deux actualités bien diverses et également frappantes. Lorsqu’elles parurent pour la pre-v mière fois, elles concoururent à la réaction de l’art nouveau contre la littérature du dix-huitième siècle et celle de l’Empire, en même temps que les leçons purement philosophiques de M. Cousin réagissaient (ne l’oublions jamais !) contre le sensualisme expirant de Condillac, de Cabanis et de Destutt de Tracy : elles s’associèrent aux brillantes leçons de M. Villemain pour agrandir et assouplir le cadre un peu étroit de l'art français, et surtout pour faire du spiritualisme le mot d’ordre de celte jeune littérature qui ileurissait tout à coup sur les ruines de la glaciale ou sensuelle poésie de Thomas et d’Esménard, de Delille et de Parny. Quelles n’eussent pas été les magnificences et les grandeurs do cette littérature, si elle se fût tenue à ce point si élevé et si sage que lui indiquaient ces deux maîtres, et si elle eût considéré sa tâche, non pas comme une révolution à faire, mais comme une province nouvelle à conquérir et à féconder ! A quels hommages n’autait-elle
* Pages 141, 165, 184, 201 cl 202.
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pas droit aujourd’hui, si elle était restée fidèle à la pensée de ses précurseurs, à ces sources vives où ils l’avaient trempée, le premier jour, pour la rendre forte et saine, originale et hardie ! Hélas' vous savez ce qui est advenu, et à quels excès de fantaisie matérialiste et grossière est arrivée cette école dés la seconde génération. Ce qui, dans les leçons de M. Cousin, ressemblait à l’initiation, au préambule éloquent de cet art tout frémissant de promesses ei d’espérances, ressemble maintenant à une protestation douloureuse contre ses apostasies et ses déchéances, ei puise (in second à-propos dans ce triste contraste entre de splendides débuts et une honteuse fin. Cette doctrine si haute, cette prose si limpide et si belle, se levant brusquement au milieu des lecteurs de M. Eugène Sue, nous font l’effet d'un Condé ou d’un Turenne sortant de leurs tombes et apparaissant tout à coup aux combattants dégénérés d’Oudenarde et de Ramillies. ,
* Condé! Turenne ! Le beau moment du dix-septième siècle
dans la guerre et les lettres ! Je viens de nommer l’objet des prédilections constantes de M. Cousin. Qui n’a encore présente à l’esprit sa monographie passionnée de madame de Longueville? Son beau chapitre sur l’idrt français au dixseptième siècle esi le complément anticipé de cette magnifique élude historique ; l’auteur y passe en revue, avec une complaisance mêlée de regret, ce groupe immortel de prosateurs, de poêles et d’artistes, qui s’épanouirent comme une gerbe d’or pendant ces radieuses années ; il écrit, en se jouant, au sujet de leurs chefs-d’œuvre, un chef d’œuvre de critique, et cela à propos des peintres et des architectes comme des gens de lettres; à propos de Lesueur, de Poussin, de Claude Lorrain, de Philippe de Champagne, do Puget et de le Nôtre, comme de Corneille, de Molière, de la Fontaine et de Racine; tant il est vrai que l’intelligence,
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une fois à de certaines hauteurs, domine tout, et embrasse de ses serres puissantes tout ce (jui plane à sa portée ! Chez ces homnies si différents, dans ces œuvres si diverses, M. Cousin nous signale un même principe de vitalité et de vigueur, l’âme régnant en souveraine, le fond maîtrisant la forme, la conception primitive et originale se préférant, sans pourtant lui nuire, à l'execution matérielle. C’est à cette êchelk de proportion entre les ouvrages de l’esprit que M. Cousin mesure ses admirations et ses sympathies. Là où il trouva, la préoccupation littéraire trop visible, le sentiment de la perfection extérieure elnpiétant sur le foyer intérieur de l’inspiration et de la pensée, l’homme commençant à s’absorber dans le littérateur, il admire encore, mais avec moins de plénitude et d’abandon ; c’est pour cela que, dans cette glorieuse époque dont il est si noblement épris, il sacrilie un peu trop peut-être la seconde phase à la première, la phase de maturité à celle de création. Qu’il prenne garde 1 La destinée des maîtres est souvent d’être exagérés et compromis par leurs disciples. Le paradoxe Ingénieux, délicat, spécieux, qui, sous la plume des uns, n'est que le côté subtil ou mobile d’une vérité, devient sous la plume des autres un gros sophisme que les gens de bon sens sont tentés de prendre pour une gageure.
Au temps de ses imprudences philosophiques, M. Cousin eut des disciples qui renchérirent sur cette émancipation de la philosophie, succédant à la religion sans être tenue de s’y rattacher ou de s’y soumettre, et exposèrent l’ensemble de la dootrine à de justes anathèmes en écrivant le fameux article : « Comment les dogmes finissent. » Aujourd’hui M. Cousin déclare préférer l’époque de Descartes, de Pascal et de Corneille à celle de Racine, de Boileau et de Fénelon; et voici M. Eugène Despois qui,
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dans un article fort spirituel d'ailleurs ' , et sur lequel j’au rai occasion de revenir, nous prouve qu’il n'y a pas eu, sous le règne de Louis XIV, un seul écrivain de génie, et ne laisse pas à ce grand roi une pierre de son piédestal, un rayon de son auréole.
En opposant la philosophie spiritualiste au sensualisme, la littérature des idées à celle des sens, la morale du devoir à celle de l'intérêt, en plaçant sous cette invocation à la fois une et triple sa théorie du Vrai, du Beau et du Bien, en conviant la génération nouvelle à des études fortes, à de nobles ambitions, à une vie austère, à tout ce qui élève lame, M. Cousin voudrait évidemment que cette génération, encore incertaine de son avenir et de scs voies, fit un pas décisif en arriére, et renouât la grande tradition cartésienne qu’ont tour à tour brisée les frivolités du dernier siècle et les orages du nôtre. Infuser dans nos veines appauvries un peu de ce sang généreux qui coulait à Uocroy, montait au visage du vieil Horace et de la veuve de Pompée, échauffait de ses ardeurs héroïques le génie politique ou guerrier, philosophique ou littéraire de ce moment unique dans notre histoire, nous arracher à l’égoïsme et aux mollesses de la vie commode, aux énervantes langueurs de co bien-être matériel auquel notre siècle sacrifie trop et dont on retrouverait au besoin les suggestions perfides au fond de nos crises sociales, tel est le but auquel aspire M. Cousin, tel est l'enseignement suprême qu’il place au ronlispice de ses leçons, et qu’il résume dans ces paroles sacrées : Sursum cordai - Oui, élevons nos cœurs; mais, dans cet élan salutaire, ne faisons pas la part i op large aux forces purement humaines; n oublions pas qu • ii ’ffort du même genre, tenté, il y a trente ans, avec lo^le l'éner-
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* firtjue Deuas-Xlondes, 15 juin 1853, — Les Influences royales
gie et l’inexpérience de la jeunesse, n'a amené qu’avortement, chute et défaillance. Dans ce dix-septième siècle que M. Cousin regrette et dont il nous rend les souvenirs et la langue, Descartes, ce premier.émancipateur de la philosophie moderne, dominait les intelligences et les âmes. Mais à coté de lui, comme complément necessaire de sa métaphysique et de sa morale, il y avait la religion catholique dans toute sa puissance et sa certitude; il y avait la chaire chrétienne avec ses voix éloquentes et ses avertissements inflexibles; il y avait le couvent, refuge toujours ouvert aux consciences inquiètes, aux cœurs blessés, aux existences que le monde fatiguait de ses agitations ou effrayait de ses misères. Dès lors la philosophie de Descartes, dans ce qu’elle a peut-être de trop excitant pour l’esprit humain, était tempérée et contenue; il n’en restait que la grandeur et les nobles aspirations; le péril en disparaissait. La situation est-elle la même aujourd’hui? Si tant de gens appelés primitivement à des destinées meilleures se sont rejetés sur cette vie commode, sur ces intérêts matériels qui énervent et amoindrissent tout, et dont M. Cousin se plaint avec raison comme l’une des plaies de notre époque, c’est, je le crois, pour avoir visé trop haut d’abord, pour s’êlre trop confiés à leurs forces et à eux-mêmes, pour avoir trop dit à leur manière : Sursum corda! mais un Surstim corda terrestre, personnel, dégagé de tout lien avec cette foi qui seule a le privilège de faire des déceptions et des mécomptes un moyen de relever et de fortifier les âmes au lieu de les décourager. C’est ainsi que le spiritualisme, quand il n’est pas réglé, quand il ne confond pas son souffle avec, l’esprit chrétien, peut aboutir, à la longue, à des résultats qui semblent le démentir et le détruire; c’est ainsi qu’à une génération trop éprise des choses de l'esprit, trop passionnée pour l’idéal, trop portée vers les régions éle-
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vées, mais vagues ét décevantes, peut succéder une génération positive, égoïste, amoureuse du comfort et des aises de la vie. Voilà la difficulté; je la soumets humblement à M. Cousin, et il a d’ailleurs observé avec une attention trop pénétrante la marche et les tendances de son époque, pour n’avoir pas remarqué cette transformation fâcheuse, ache-' tant dans les palais de l’industrie et de l’agiotage les rêves commencés dans le palais des chimères. Pour que cette difficulté soit résolue, pour que ces lassitudes et ces déchéances ne soient plus possibles, il faut que le spiritualisme revienne au christianisme comme un oiseau blessé retourne à son nid. Ce retour définitif, cette alliance réparatrice, M. Cousin, quoi qu’on en ait dit, ne les a jamais combattus; la préface de son livre en proclame la nécessité, et, s’il restait quelque léger nuage, si quelque fugitive nuance nous séparait encore, soit en philosophie, soit en politique, je n’aurais plus le courage de les rappeler après avoir eu le bonheur de le dire.