‹ Causeries littérairesChapitre 23 sur 32 · LA BARONNE D’OBERKIRCH · texte numérisé non relu

LA BARONNE D’OBERKIRCH

cette reine, ces princesses, ces enfants ! Comme tout cela a été indignement défiguré ! C'est du miel et du stxrel » — Oui, c’est du miel et du sucre, et on y trouve plus de douceur, à mesure qu’on le compare au fiel et au brouet révolutionnaires. Cette surprise, qui s’exprimait en termes si sincères et si honorables, elle sera partagée par tous «^eux qui, sur la foi d’historiens passionnés ou systématiques, ne voyaient dans les quinze ans qui précédèrent la Révolution qu'une longue et orageuse humiliation du passé devant l’avenir, du pouvoir devant la liberté, de la défaite devant la victoire, de tout ce qui allait tomber devant tout ce qui allait prévaloir. Associons-nous à ce sentiment réparateur ; mais, pour le rendre plus complet et plus efficace, rivalisons de franchise avec nos adversaires d’autrefois, nos amis d’aujourd’bi. Oui, cette société et cette cour étaient charmantes; ce régime, tant calomnié, avait toutes las majestés et toutes les grâces. Et pourtant, lorsqu’on y revient à travers cet immense abîme creusé par nos révolutions, on conçoit que, lorsque les représentants de cette société, de ce régime et de cette cour, débris échappés au naufrage, se sont retrouvés en présence de la France nouvelle, d’énormes malentendus aient été possibles, de grandes méfiances inévitables, et que ces deux mondes, une dernière fois placés en face l’un de l’autre, n’aient pu ni se comprendre ni s’aimer ; « — Que voulez-vous? disait Charles X à M. de Chateaubriand, un an ou deux avant les journées de Juillet : le mari est vieux, la femme est jeune, et vous savez ce qui arrive en pareil cas. » — Aujourd'hui, hélas! la femme n’est plus jeune; elle a assez souffert pour avoir appris la sagesse à ses dépens; ces immenses séparations entre le passé et le présent se sont amoindries et effacées d’elles-mêmes : il n’y aurait plus lieu ni matière à ces incompatibilités d’âge, de tempérament et d’humeur,

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et, poar me résumer ou me répéter ea quelques mots, l’agrément de ces Mémoires de la baronne d'Obei'kirch est à la lois de nous faire connaître tout ce qu'il y avait de suave et d'enchanteur dans ce monde diffamé par tant de sophismes après avoir été brisé par tant de violences, de nous faire comprendre comment il a pu être en butte à des haines, à des injustices, et de nous faire remarquer que les prétextes de ces injustices et de ces haines n’existent plus.

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