SCENE 2ième
{Joseph en prison.)
Dieu ! Quel triste destin ! innocent, prisonnier , De mes nombreux malheurs, sera-ce le dernier?
Je croyais avoir bu le calice à la lie
Mais la chaîne des maux se déroule et me lie. Je m'aperçois pourtant, grande en est la douceur, Qu'où je passe l'on m'aime. Ici le Gouverneur Me comble de bienfaits ; en moi sa confiance, Va jusqu'à me donner l'entière surveillance De tous les prisonniers. Moins rude est la prison ; Et je lui saurai gré de son affection.
(Faire entendre dets plaintes dans les couloirs.)
Mais qu'entends-je? Une plainte, et des tons de tristesse?
Ce sont les officiers que la douleur affaisse.
Nouvellement ici, jetés par Pharaon,
Son premier pannetier et son grand échanson.
Après de hauts honneurs, de belles jouissances,
Ils ne peuvent porter le faix de leurs souffrances.
(Joseph se rend à eux.)
Au fond de vos cachots, on vous entend parler, On vous entend gémir. Puis- je vous consoler?
(U ê chanson.)
Nous avons fait un songe, et ne voyons personne Capable d'expliquer les énigmes qu'il donne.
(Joseph.)
Dieu seul a ce pouvoir; l'augure, triste ou bon, Ne vous sera connu que par Lui, qu'en son nom. S'il Lui plaît de m'aider, j'essaierai de faire, Puissé-je en cela vous soulager et vous plaire!
( L'échanso n.) ( s'ava n çan t )
J'ai vu trois ceps de vigne en fleurs, puis tout en fruits, Que je pressai bientôt; au roi je les offris.
(Joseph.)
Vous n'avez plus ici que trois jours de misère; Ensuite auprès du roi, vie heureuse et prospère. Alors pensez à moi. Dites-lui qu'innocent, Je subis le sort d'un criminel en tourment.
(Le pannetier.)
Sur la tête j'avais trois corbeille remplies De farine, et la plus haute en pâtisseries ; Des oiseaux voltigeaient et venaient en manger.
(Joseph.)
Triste en est le présage, et grand est le danger : Vous n'avez que trois jours sur cette terre à vivre, Le roi courroucé ne cesse de vous poursuivre. La tête tranchée et votre corps au gibet, Vous serez des oiseaux la pâture et le met.
(L'un s'en retourne heureux, l'autre accablé.)