SCENE 3ième
(La cour somptueuse du roi Pharaon.) (Musique et danses égyptienne.)
(Le roi à V échanson.)
J'eus des songes frappants, et je veux en connaître Les oracles divers. Où trouverai-je un maître? Un esprit clairvoyant, un subtil scrutateur Qui ferait son devoir, sans détour et sans peur? Bon nombre l'ont tenté, tous se disant habiles, Mais on n'a pu donner que paroles futiles.
(Ué chanson.)
Maître je sais caché dans une des prisons,
Un interprète dont les pronostics sont bons.
Jeune homme gracieux, il se dit la victime
De rapports mensongers ; c'est ma croyance intime.
(Pharaon.)
Allez, faites venir ce devin au plus tôt, Que je puisse éclaircir ces énigmes bientôt.
(Joseph arrive et /incline.)
(Pharaon.)
Jeune hommfc, dont l'esprit, à ce qu'on vient de dire, Est clairvoyant et droit, hâtez-vous de prédire Des songes singuliers, et fort intéressants, Oui doivent présager quelques faits importants. J'ai vu, sortant du Nil, sept belles vaches grasses ; Sept autres les mangeaient, maigres, laides, voraces. Puis je me réveillai. De nouveau je dormis. Et j'ai vu, pleins de grains, sept superbes épis, Sept autres desséchés les dévoraient avides ; Dites des vérités, des présages valides.
(Joseph.)
Que votre Majesté soit bientôt rassuré,
Car le Ciel prévoyant d'avance a mesuré:
Pour sept ans d'abondance, où tout croît et prospère,
Sept autres de famine et d'atroce misère.
Que les riches moissons emplissent vos greniers,
Pour sauver vos sujets, des premiers aux derniers,
Des affres de la faim au temps de la famine,
Et que sans grands malheurs, le danger se termine.
Un ministre, muni de pouvoirs absolus,
Pourrait faire accomplir vos ordres révolus.
(Pharaon.)
Joseph, votre sagesse est grande, et je vous place,
Sur la terre d'Egypte et sur l'entière race,
Le gouverneur, avec pouvoirs illimités.
De tous soyez le maître, et vos priorités,
Ne viendront s'arrêter que sous mon sceptre et moi,
Puisque sur le pays je règne et je suis roi.
(77 passe son anneau au doigt de Joseph.)
Je vous donne l'anneau du pouvoir, de la gloire
A vous tous mes sujets doivent crier: Victoire!
Mettez ce collier d'or, cette robe de lin ;
Sur un char en triomphe, allez votre chemin.
Le peuple devant vous, gratitude profonde,
Ploîra les genoux, vous nommant : Sauveur du monde.
(Joseph traverse le théâtre en triomphe sur un char. Un héraut le précède et cric:)
Il prévient les mortels de la faim, de l'horreur ! Gloire au sauveur du monde, à notre gouverneur !
(La foule répète une fois et sort du théâtre.) (Joseph seul.)
C'est pour moi ce tumulte, et ce peuple en délire? Dans un char ! En triomphe ! A mes pieds un empire ! Hier j'étais au fond d'une sombre prison, Aujourd'hui des transports, de la gloire, un blason.
(Souriant.)
A trente ans, je connais du monde l'ironie,
Et l'instabilité des choses de la vie.
Cependant je rends grâce à Dieu de ses bienfaits.
Et je sens que pour eux, nos faibles coeurs sont faits.
Puissé-je partager avec ma tendre mère, Et mes autres parents l'existence prospère ! Je berce cet espoir, au hasard, ici-bas, Rien n'est jeté, tout est régi jusqu'au trépas.
Fin du 2ième acte.
3ième ACTE.
(Jacob.)
Mes enfants, de nouveau, faites le grand voyage;
Sous le regard de Dieu, marchez avec courage.
L'achat de notre blé sera vite épuisé,
En Egypte toujours, retournons en puiser.
Pour vous, les plus âgés, je n'ai point de frayeur;
Mais mon cher Benjamin, quel jeune voyageur!
En vous le confiant, je sens couler mes larmes :
Le gouverneur l'exige; et je suis plein d'alarmes.
Pourvu que de Joseph, il n'ait le triste sort,
Et qu'exempt de malheurs, il nous arrive au port.
Allez à Pharaon, que sa large abondance
Vienne sur le pays, en couvrir l'indigence.
Rendez l'argent trouvé, qu'on nous sache loyaux,
Car de tous les trésors, le premier des joyaux,
C'est bien l'intégrité, cette vertu si belle,
Qui met au front de l'humble une grandeur réelle.
Allez, je vous bénis, ramenez Siméon,
Qu'en paix l'on puisse attendre une riche moisson.
(Juda.)
Père, nous le jurons, ayez foi, confiance; J'aurai pour Benjamin, ma vive vigilance. Nos sacs remplis de blé, nous reviendrons bientôt ; Encor nous braverons la famine ou l'impôt.