‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 12 sur 64 · FERMES-ÉCOLES. — ÉCOLES RÉGIONALES · texte numérisé non relu

FERMES-ÉCOLES. — ÉCOLES RÉGIONALES

foi ! ça coûte plus que ça ne rapporte, c'est le gouvernement qui paye ; s'il nous payait l'engrais, est-ce que nos champs seraient en peine d'en revendre à ceux de l'établissement? — Si, au contraire, vos récoltes ont mauvaise mine, on rira aux éclats et on dira : — C'était bien la peine de faire tant de tapage pour aboutir ainsi; les voilà vos savants, vos hommes de progrès, ceux qui s'appellent nos maîtres ; regardez-les bien, ils n'auront qu'une demi-récolte quand nous aurons une récolte pleine, nous autres, les écrevisses du métier, pourtant. Réussissez, on ne vous tiendra pas compte du succès ; ne réussissez point, les sarcasmes tomberont sur vous comme grêle. Un voyageur passe; les journaux lui ont appris qu'il existait dans la contrée une école d'agriculture ; il demande donc, en passant, au premier cultivateur venu, si la chose vaut la peine d'être vue. On lui répond : Ne vous dérangez pas, c'est une mystification. Avec l'argent qu'on mange là<dedans, on devrait faire quelque chose de beau, tandis que l'on ne fait rien qui vaille. Si vous tenez à voir de belles récoltes, venez par ici, du côté où les savants ne sont pas ; n'allez point où ils sont. Ces gens-là peuvent être forts en théorie ; mais, en pratique, ne m'en parlez pas : si vous leur donniez le demi-quart de la besogne que nous avons, ils auraient des maux de reins avant la fin de la journée, et useraient toutes les semaines une paire de bottes vernies dans les terres labourées.

Ce sont des coups 4' épingles, des déchirures à n'en plus finir.

Nous savons très-bien que la plupart des écoles d'agriculture prêtent un peu le flanc à la critique ; mais elles ne le prêteraient pas, qu'il en serait toujours de même. Est-ce que l'histoire de Roville n'est pas là? est-ce que nous ne savons pas ce qu'on disait de H. de Dombasle et de son établissement? est-ce qu'il était possible, en 1825, par exemple, de prévoir qu'on lui élèverait, quelque jour, une statue de bronze sur la Grande- Place de Nancy? Si, quand l'école existait, vous eussiez de-

mandé conseil aux fermiers de la Lorraine, en vue d'y placei' votre fils, il y a gros à parier qu'ils vous auraient répondu : — Mon brave homme, si vous avez de Targent à jeter par les fenêtres et un mauvais service à rendre à votre garçon, Roville fera votre affaire.

Heureusement, M. de Dombasle publiait ses Annales^ et cette publication faisait contre-poids à la méchanceté. Une école d'agriculture sans son bulletin, sans son journal à elle, ou sans un journal qui l'appuie fortement, est un corps sans âme, une victime livrée aux bêtes.

Roville, Grignon, Grand-Jouan, ont produit des hommes d'un mérite.incontestable ; mais ils sont en petit nombre, et si Ton y regardait de près, on verrait peut-être que ceux-là avaient fait de solides études avant d'y entrer.

Les conditions d'admission nous paraissent trop faciles et ne permettent guère de former des hommes hors ligne ; voilà pourquoi nous attachons une importance capitale à la créa* tion d'une école supérieure ; voilà pourquoi nous regrettons si vivement l'Institut agronomique de Versailles, qui n'a pas eu le temps de tenir ses promesses, mais qui aurait fini tôt ou tard par nous relever de l'état infime où nous sommes et par jeter de l'éclat sur une industrie qui ne jouit pas, après tout, d'une considération sérieuse, hdi première des professions est juste au niveau de celle du boulanger, du boucher et du cuisinier; nous emplissons les sacs, nous fabriquons les veaux et les bœufs ; nous vidons nos hottes à la porte du restaurateur ; on nous paye,' nous sommes quittes, et voilà tout. En théorie, nous sommes des personnages assez considérables ; en pratique, nous avons notre place à la table de la cuisine ; et trèssouvent, c'est justice. Où sont nos titres? Nous ne brillons point par l'éducation ; quant à l'instruction, nous sommes presque toujours dans le dernier dessous. Il s'ensuit que, tout compte fait, on nous traite selon nos mérites; et voilà pourquoi, précisément, nous tenons fort et ferme à tout ce qui pourrait nous transformer et nous grandir. L'Institut agronomique

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