‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 13 sur 64 · INSTITUT. — CONFÉRENCES AGRICOLES · texte numérisé non relu

INSTITUT. — CONFÉRENCES AGRICOLES

nous donnait des espérances, et, à ce titre, encore une fois, nous le regrettons et souhaitons qu*une école largement organisée nous le fasse oublier. D'où que vienne l'initiative, quel que soit le pays qui donnera le signal, nous applaudirons. Les sacrifices seront considérables, sans doute, mais les résultats seront considérables aussi. En matière d'enseignement, nous ne voulons ni demi-positions ni demi-mesures ; nous voulons que les choses soient faites princièrement, passez-nous le mot, et que les hommes de valeur éprouvée n'en soient plus à jalouser un comédien de deuxième ou de troisième ordre, quant aux honoraires. Ce qui se donne coûte ordinairement trop cher. Il n'y a'pas à liarder ayec le premier des arts ; il s'agit tout bonnement de bien dépenser. N'eût-on produit, n'eût-on mis en évidence que deux hommes à l'Institut de Versailles, nous serions satisfait et nous passerions le sacrifice sous silence.

L'enseignement par les Conférences, sur lequel nous allons dire un mot, n'offre pas d'inconvénients sérieux, et il aura des résultats plus sûrs et plus rapides que l'enseignement dans une école spéciale. En voici la raison : Dans ce dernier cas, vous vous posez en maître et donnez rendez-vous, en votre logis, à des gens qui n'entendent point qu'on les abaisse au rôle d'écoliers, qui ne se déplacent pas volontiers, et n'iront pas discuter avec vous sous le manteau de votre cheminée. Dans le premier cas, c'est-à-dire avec le système des conférences, vous allez trouver vos hommes chez eux, sûr leur propre terrain, là où ils se sentent forts et fiers, et n'ôtent plus leur chapeau des deux mains. Charbonnier est maître chez lui, dit le proverbe; vous n'êtes plus que son hôte. Pour peu que vous connaissiez le cœur humain, vous ne lui dites pas en entrant : Je viens vous faire la leçon, vous sortir de la routine, vous dégager de l'ornière et vous enseigner les méthodes de culture. Si vous lui parliez ainsi, il vous prendrait par les épaules et vous jetterait dehors.

Vous lui dites : Vous vous occupez d'agriculture, moi aussi;

VOUS savez bien certainement là-dessus des choses que je ne sais pas; j'ai peut-être fait, de mon côté, des observations que vous n'avez pas faites du vôtre. Si c'était un effet de votre bonté de m*accorder une heure tous les mois, le dimanche, après vêpres, ou tous les quinze jours, comme il vous plaira, nous parlerions ensemble du métier; vous me donneriez vos avis, je vous donnerais les miens. Si des camarades de l'endroit voulaient se mettre de la compagnie, nous y gagnerions pour sûr, et ils y gagneraient probablement aussi : il y a toujours plus d'idées dans plusieurs tètes que dans une seule. Ceux-ci voient de plus près les'choses et les voient mieux; ceux-là réfléchissent davantage. Vous avef fait une remarque, le voisin a fait la sienne aussi ; vous vous les communiquez en causant, et, en fin de compte, en vous quittant, vous em-' portez chacun deux remarques qui peuvent vous être utiles, tandis qu'auparavant vous n'en aviez qu'une. Celui qui aura la langue bien pendue, ou celui qui aura le mieux observé, en dira plus que les autres. Naturellement les riches se mettront en frais plus que les pauvres. Aussi longtemps que nous y trouverons notre profit, nous laisserons aller la conversation sans la gêner ; mais du moment où les manières de voir ne s'accorderont plus, nous jetterons notre mot dans le courant, nous arrêterons le causeur et lui dirons : Un moment, s'il vous plaît : jusqu'à présent il n'y avait rien à reprendre dans vos dires ; mais à cette heure nous ne voyons plus les choses du même œil ; vous avez donné vos raisons, voici maintenant les nôtres. Et là-dessus chacun de jeter ses observations dans la mêlée.

Voilà les bases, voilà les principes d'une conférence agricole. On ne va pas faire la leçon aux praticiens de telle ou telle contrée ; on n'a pas la prétention de vouloir les redresser ; on les aborde, au contraire, avec modestie, on leur demande poliment la permission de s'asseoir à côté d'eux, au foyer de la famille, et de lier conversation sur les choses de l'agriculture. Il n'y a rien défroissant, de blessant dans cette

Page 1