CONCOURS D'EXPOSITION ET CONCOURS SUR PUCE
et dont nous les remercions, sont les résultats de la perspective des primes d'encouragement. Pour notre part, nous ne le pensons pas. On n améliore pas le bétail ou les cultures d*une exploitation, en vue d'obtenir une médaille ou quelques pièces d'argent momiayé ; on améliore par goiût, par plaisir ou par intérêt bien compris ; puis, si des concours s'ouvrent, on en profite naturellement. C'est une occasion d'étaler ses produits, de les faire voir, de recueillir des paroles flatteuses et de satisfaire son orgueil. Mais les concours n'auraient pas lieu, que le progrès ne se produirait pas moins. Les primes ne signifient rien dans cette affaire ; elles n'ont pas d'avantages sensibles, elles ont au contraire des inconvénients. Les juges de concours ne sont pas infaillibles ; ils se trompent de temps en temps dans leurs appréciations ; et puis, ils sont hommes et subissent toutes sortes d'influences fâcheuses. Us ont des amis et des ennemis, des faveurs pour les uns, de la désobligeance pour les autres ; en sorte que, tout compte fait, les concours éveillent, à notre avis, beaucoup plus de mauvais sentiments que de bons.
Dans les expositions de bétail, que primez-vous? Les animaux de prix, et, à mérite égal, ceux des amis, de préférence à ceux des ennemis.
Dans les expositions de racines fourragères, que primezvous? Les plus grosses toujours, cela va sans dire, celles qui pèsent le plus. Or, que s'ensuit-il ? C'est que bien souvent vous récompensez un cultivateur que le hasard a gratifié d'un phénomène, d'un seul peut-être au Inilieu d'une récolte chétive, tandis qu'en bonne justice, on devrait juger sur lensemble, d'après le poids de la récolte totale et non d'après celui d'un échantillon choisi. Et la qualité donc! vous en faites bon marché à ce qu'il parait. Supposons que vous aye^ à vous prononcer entre les récoltes de deux hectares de navets, par exemple. L'un et l'autre ont fourni en poids une quantité égale de racines, mais celles du premier hectare sont de grosseur moyenne, tandis que celles dti second sont
prodigieuses. A laquelle des deux récoltes accordorez-vous la prime? Vous l'accorderez aux gros navets, c*est sûr. El pourtant ils auront coûté vraisemblablement plus d'engrais que les moyens, plus de peme, plus de frais, et ne les vaudront pas. Ceux-ci seront fermes et pleins, tandis que beaucoup, parmi les monstres, seront pourris au cœur ou cotonneux.
Voici des pommes de terre moyennes, voilà des ponmies de terre grosses comme la tête d'un enfant ; les premières sont délicieuses, les secondes ne valent rien, ou ne sont bonnes tout au plus que pour les bêtes. Cependant, ce sont les tubercules à pourceaux qui aurontla prime.
Voici des légumes de potager, légumes développés à grand renfort d'engrais et d'arrosements ; en voilà d'autres venus à la grâce de Dieu, naturellement, et qui sont plus savoureux, plus délicats que les premiers sous tous les rapports. Ceci ne vous empêchera pas de rebuter les bons et de récompenser les mauvais. Vous ne vous demanderez pas quel a été le prix de revient pour ceux-ci et pour ceux-là. Qu'en résulte-t-il? C'est que les jardiniers qui connaissent votre manière d'agir, ne manquent jamais de forcer plusieurs pieds de légumes, en vue d'une exposition et n'hésitent pas à sacrifier un franc pour récolter une plante de cinquante centimes, plante qui, peutêtre, obtiendra la prime ou la mention honorable et les indenmisera largement.
Nous savons quantité de gens capables de faire de beaux produits au moyen d'une culture qui n'est point à reconamander. Si vous dépensez cinq francs à fabriquer un superbe légume de cinquante centimes, vous remporterez peut-être la médaille de vermeil à une exposition quelconque ; mais vous n'en serez pas moins un maladroit cultivateur dans ce cas particulier, et ne sauriez être offert en exemple à la généralité des travailleurs du sol. Celui qui aura dépensé dix centimes pour produire une plante de vingt-cinq centimes, bien inférieure en beauté à la vôtre, n'obtiendra pas même une