CONCOURS D'EXPOSITION ET CONCODR& SUR PLACE
mention honorable, ce qui ne l'empêchera pas d'être votre maître, puisqu'il aura gagné quinze centimes à pratiquer une opération sur laquelle vous aurez perdu quatre francs cinquante. Voilà notre manière de voir, et c'est pour cela, précisément, que nous faisons très-peu de cas des expositions et beaucoup de cas des concours sur place.
Jusqu'ici, en vérité, nous ne voyons pas trop en quoi les primes sont favorables aux progrès de l'agriculture. Seraiton par hasard plus heureux en décernant des récompenses aux domestiques qui ont vécu de longues années chez le même maître? Nous ne le pensons pas. Cherchez bien parmi ces domestiques et vous n'en trouverez pour ainsi dire pas un seul qui soit disposé à accepter et à propager des améliorations agricoles. Ce sont, en général, les types de la routine, les partisans forcenés des anciennes méthodes. Ils sont rompus aux usages de la maison et ont tellement l'habitude de partir du pied gauche, que vous ne réussirez point à les faire partir du pied droit. Raisons, promesses, prières, tout échoue avec eux; ce sont les têtes de bois du métier. Nous tenons donc vos modèles pour des obstacles. Plus il y a de vieux selnriteurs dans une exploitation, moins les innovations ont de chances d'y pénétrer ; entre elles et eux, c'est comme entre chiens et chats, et c'est tout naturel ; on ne triomphe pas aisément des vieux plis et il en coûte trop à des hommes qui 6ont à moitié maîtres de redevenir apprentis.
En résumé, les primes servent à encourager certains cultivateurs qui n'ont pas plus besoin d'encouragements que de récompenses pécuniaires ; ou bien encore, elles servent à encourager la production de plantes de mauvaise qualité ; ou bien enfin elles sont la récompense des partisans les plus zélés des vieilles méthodes.
Les fraudes auxquelles les expositions donnent lieu, les petites mauvaises actions qu'elles font commettre à la vanité des gens, malgré la surveillance la plus achevée, devaient nécessairement en compromettre l'avenir. Ceux qui reçoi-
vent des récompenses imméritées, et s'en vont i^argés des applaudissements de la foule, ressentent un mouvement d'orgueil, mais ce mouvement ne dure pas. Dès qu'il n*y a plus de public^ bénévole, plus de bravos, plus de fièvre, plus rien de ce qui agite et aveugle, la conscience, si faible qu'on la suppose, se redresse et reprend ses droits, reproche au lauréat son manque de droiture et lui dit tout bas que la prime prét^MiœnKnt conquise, n'est, en définitive, qu'une prime volée.
Et de là cette conclusion tonte simple : « Si cette année j'ai été un fraudeur heureux, l'année prodiaine je trouverai peut-être mon maître ; donc je me garderai bien de courir les chances. D'ailleurs les expositions ne prouvent rî«i, jele sais par expérience. » — Ceux qui, de leur côté, n'ont rien obtenu, crient nécessairement à l'injustice, à tort ou à raison, et se promettent également de ne plus exposer à Tavenir. Aussi, à moins d'avoir un orgueil incurable et la manie de collectionner des médailles et des diplômes, les coureurs d'expositions se lassent vite, prennent leur retraite après deux ou trois campagnes et laissent aux néophytes ou aux habiles qui débutent, le soin de reprendre la suite de leurs exploits.
Et, cependant, les exhibitions ont leur bon côté; il y aurait maladresse à les sacrifier. Le mieux est de les maintenir uniquement comme moyen de contrôle des concours sur place et de ne pas leur attribuer de récompenses.
Dans une réunion du comice de Saint-Hubert, nous avons cherché le moyen de profiter des expositions et d'en écarter du même coup les inconvénients. 11 fut décidé que les concours auraient lieu sur place, que des commissaires choisis hors du canton, parmi des personnes d'une compétence et d'une sévérité bien établies, visiteraient à diverses reprises les grandes, moyennes et petites exploitations, que chacun de ces commissaires prendrait des notes, et que les concurrents prendraient rengagement d'apporter à Texposition des échantillons de leurs meilleurs produits»