‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 23 sur 64 · DE L'ASSISTANCE MUTUELLE ENTRE CULTIVATEURS · texte numérisé non relu

DE L'ASSISTANCE MUTUELLE ENTRE CULTIVATEURS

II serait encore du devoir des Sociétés d'agriculture de démontrer les avantages de la solidarité.

11 y a tant à faire pour améliorer la situation des cultivateurs, que souvent nous ne savons par quel bout nous y prendre pour entamer la besogne. Nous sommes en quelque sorte au milieu d'un buisson d'épines : à peine dégagé d'un côté, nous nous sentons accroché de l'autre. C'est à ne pas en sortir. Alors même que, dans nos campagnes, on aurait des engrais à profusion, un outillage parfait, des connaissances spéciales très-étendues, des terres en bon état, des étables bien montées, tout un bétail amélioré, n'allez pas croire que le problème serait résolu et qu'il n'y aurait plus qu'à se croiser les bras. Ce ne serait qu'une première enjambée vers le mieux, rien de plus. Au-dessus de la question matérielle, la plus facile à remuer et à conduire à bien, nous en avons une autre, la question morale, bien autrement importante que la première et bien autrement délicate.

Ce qui fait surtout notre faiblesse, notre impuissance dans les campagnes, c'est notre. isolement, c'est notre égoïsme, disons le mot. Chacun vit chez soi et pour soi, seul à seul, péniblement et tristement. Dans nos villages, les maisons se touchent quelquefois, s'appuient l'une sur l'autre, mais les hommes ne se sentent point les coudes et ne songent guère à s'entr'aider. Heureux encore, s'ils ne vivent pas entre eux comme chiens et chats, s'ils ne sont pas en procès de père en fils pour une raie de champ, un fossé, une haie, une borne déplacée, un partage après décès ou quelque petite méchanceté qu'on ne se pardonne point. Dans les villes, dans quel-

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